Des eaux exceptionnellement chaudes dans le Pacifique équatorial, des prévisions d’intensification et des risques accrus de sécheresses ou de fortes pluies : l’épisode El Niño de 2026 mobilise les climatologues. Mais comment quelques degrés supplémentaires dans l’océan peuvent-ils modifier les conditions météorologiques à des milliers de kilomètres ? Pour comprendre cet événement, il faut suivre les échanges entre l’eau, les vents et les nuages, tout en distinguant les observations des prévisions.
El Niño 2026 : un épisode intense, un pic encore attendu
Au début de novembre 2026, les organismes météorologiques décrivent un épisode El Niño particulièrement marqué dans le Pacifique équatorial. L’océan et l’atmosphère présentent les signes d’un phénomène installé, dont l’intensification pourrait se poursuivre jusqu’à la fin de l’année.
L’Organisation météorologique mondiale, dans ses perspectives publiées le 21 octobre, prévoit une anomalie moyenne de température de surface d’environ +3,8 °C dans la région Niño 3.4 pour la période novembre 2026-janvier 2027. Le maximum est attendu autour de décembre.
Cette valeur est une projection issue de modèles. Elle ne signifie pas qu’une moyenne saisonnière de +3,8 °C a déjà été mesurée. La différence paraît technique, mais elle détermine la manière correcte de raconter l’événement.
Que signifie l’expression « super El Niño » ?
L’expression est souvent employée pour désigner un épisode exceptionnellement puissant. Elle ne suffit toutefois pas à définir précisément ce qui est mesuré. Les climatologues examinent des indices océaniques, leur persistance et la réponse de l’atmosphère.
Le bulletin de la NOAA du 8 octobre évoque ainsi un épisode fort à très fort susceptible de se prolonger pendant l’hiver boréal. Il indique aussi que des effets caractéristiques d’El Niño deviennent plus probables lorsque le phénomène est intense, sans être garantis partout.
Un intitulé spectaculaire peut attirer l’attention. Pour comprendre le risque, il faut ensuite regarder la région étudiée, la période de calcul et les probabilités annoncées.
Le Pacifique fonctionne comme un immense échangeur de chaleur
En situation habituelle, les alizés soufflent d’est en ouest près de l’équateur. Ils favorisent l’accumulation d’eaux chaudes vers l’ouest du Pacifique, du côté de l’Asie et de l’Océanie.
À l’est, près de l’Amérique du Sud, des eaux plus froides remontent depuis les
profondeurs pour remplacer une partie des eaux de surface déplacées. Ce mécanisme, appelé remontée d’eau ou upwelling, apporte également des nutriments essentiels à la vie marine.
Quand les vents faiblissent, les eaux chaudes se redistribuent
Pendant El Niño, les alizés s’affaiblissent. Les eaux chaudes s’étendent davantage vers le centre et l’est du Pacifique équatorial. Les remontées d’eaux froides peuvent diminuer, ce qui renforce les anomalies de température en surface.
L’atmosphère réagit à cette redistribution. Au-dessus des eaux chaudes, les échanges de chaleur et d’humidité favorisent la formation de nuages et de pluies. Leur déplacement modifie à son tour les vents.
El Niño est donc un phénomène couplé : l’océan agit sur l’atmosphère, qui agit en retour sur l’océan. Une température élevée, isolée de cette réponse atmosphérique, ne raconte pas toute l’histoire.
Comment une anomalie du Pacifique influence-t-elle des régions éloignées ?
Le Pacifique équatorial représente une immense surface d’échanges entre l’océan et l’air. Déplacer les principales zones de pluies tropicales revient à modifier l’organisation d’une partie de la circulation atmosphérique.
Les changements peuvent ensuite se propager vers d’autres régions et influencer les courants-jets, les trajectoires des perturbations ou les conditions favorables aux précipitations. Les scientifiques parlent de téléconnexions.
Des tendances régionales, pas une météo identique partout
Dans certaines régions, les épisodes El Niño augmentent la probabilité de conditions sèches. Ailleurs, ils favorisent des saisons plus humides. Ces effets varient avec la période de l’année et avec les caractéristiques propres à chaque épisode.
Le sud des États-Unis connaît souvent des conditions hivernales plus humides pendant El Niño. À l’inverse, certaines régions d’Indonésie ou d’Australie peuvent subir un déficit de pluie.
Ces relations statistiques ne constituent pas un calendrier des catastrophes. Elles indiquent que les chances de certaines situations changent, sans déterminer le temps de chaque journée.

Source :
NOAA National Ocean Service — fonctionnement et effets habituels d’El Niño. Illustration pédagogique officielle ; ce schéma présente des tendances générales et non une prévision détaillée pour l’hiver 2026-2027.
Pourquoi les anomalies de température doivent être comparées avec précaution
Une anomalie de température représente un écart par rapport à une référence climatologique. Elle dépend donc de la zone choisie, de la période de référence et de la durée sur laquelle les observations sont moyennées.
Une mesure quotidienne peut dépasser une moyenne mensuelle. Une petite région peut aussi présenter une anomalie plus forte qu’une zone océanique plus étendue. Ces différences ne sont pas nécessairement contradictoires.
Niño 3.4, moyenne saisonnière et indice relatif
La région Niño 3.4, située dans le Pacifique équatorial central, sert de référence importante pour suivre ENSO, l’oscillation qui comprend El Niño et La Niña.
En 2026, la NOAA utilise également de manière opérationnelle le Relative Oceanic Niño Index, ou RONI. Cet indice tient compte du réchauffement moyen des océans tropicaux pour mieux caractériser le contraste propre au phénomène.
Il ne faut donc pas comparer sans explication une anomalie classique de température de surface avec un indice relatif. Ils apportent des informations complémentaires, mais ne mesurent pas exactement la même chose.
Cette distinction compte lorsqu’on annonce un record. La conclusion peut varier selon que l’on parle de la température observée, de son écart à une référence ou du signal relatif d’El Niño dans un océan globalement plus chaud.
Sécheresses, pluies et agriculture : quels risques pour les prochains mois ?
Dans son point du 26 octobre, l’OMM souligne plusieurs préoccupations régionales. Des conditions plus humides deviennent plus probables dans certaines parties de l’Afrique de l’Est, avec des risques de fortes pluies et d’
inondations.
En Afrique australe, des conditions plus sèches pourraient affecter les cultures, l’eau disponible et les moyens de subsistance. En Asie du Sud-Est, chaleur et déficit de précipitations peuvent accroître les difficultés agricoles ainsi que les risques d’incendies et de fumées.
Un même phénomène, des conséquences différentes selon les territoires
Le risque humain dépend de l’exposition des populations et de leur capacité à faire face. Un déficit de pluie ne produit pas les mêmes conséquences selon les réserves d’eau, les cultures, les infrastructures et l’accès aux secours.
De même, une saison plus humide peut reconstituer des ressources en eau tout en augmentant le risque d’inondation dans certains secteurs. L’effet d’El Niño ne peut donc pas se résumer à une liste universelle de dommages.
Les perspectives saisonnières servent à anticiper. Elles doivent être complétées par les prévisions régionales et nationales pour savoir où et quand agir.
La Niña est-elle simplement l’inverse d’El Niño ?
La Niña correspond à la phase froide d’ENSO. Les alizés tendent alors à se renforcer et les remontées d’eaux froides deviennent plus importantes dans le Pacifique équatorial oriental.
Les zones de pluies et certains régimes de circulation se déplacent autrement. En Amérique du Nord, plusieurs tendances hivernales sont ainsi différentes de celles généralement associées à El Niño.
Deux phases d’un système irrégulier
ENSO comprend aussi une phase neutre. Les épisodes ne se succèdent pas comme les mouvements réguliers d’un pendule : leur durée, leur intensité et leur évolution varient.
La Niña ne constitue pas davantage une garantie de conditions favorables. Elle peut elle aussi augmenter les risques de sécheresse ou de fortes pluies, selon les régions.

Source :
NOAA National Ocean Service — fonctionnement et effets habituels de La Niña. Illustration pédagogique officielle, à comparer au schéma El Niño ; elle ne décrit pas les conditions prévues pour 2026.
Faut-il s’attendre à un hiver bouleversé en France ?
L’influence d’El Niño sur l’Europe est plus indirecte que dans les régions proches du Pacifique tropical. Elle interagit avec d’autres mécanismes, notamment la circulation au-dessus de l’
Atlantique Nord.
Météo-France indique qu’un signal moyen peut être identifié lorsqu’on étudie de nombreux hivers associés à El Niño. En début d’hiver, il peut correspondre à des conditions un peu plus douces et humides en Europe occidentale.
Mais ces effets ne sont ni systématiques ni directement proportionnels à l’intensité de l’épisode. Un très fort El Niño ne permet donc pas, à lui seul, d’annoncer un hiver précis pour Paris, Lille ou Marseille.
Les territoires ultramarins sont aussi concernés
Limiter la question française à l’Hexagone serait réducteur. Les territoires situés dans les régions tropicales et subtropicales peuvent connaître une influence plus marquée d’ENSO.
Pour connaître les risques locaux, il faut consulter les informations des services météorologiques compétents. Une prévision mondiale explique le contexte ; elle ne remplace pas une analyse territoriale.
El Niño et changement climatique : deux mécanismes qui se combinent
El Niño appartient à la variabilité
naturelle du
climat. Le réchauffement
climatique correspond à une évolution durable, principalement provoquée par les activités humaines. Les deux phénomènes se superposent.
Un épisode El Niño peut contribuer à élever temporairement la température moyenne mondiale. Il intervient désormais dans un système climatique déjà réchauffé, ce qui modifie le contexte dans lequel se produisent les événements extrêmes.
Cela ne permet pas d’attribuer automatiquement chaque sécheresse, chaque incendie ou chaque inondation à El Niño. L’analyse d’un événement particulier nécessite de prendre en compte plusieurs facteurs et, lorsque cela est possible, des études d’attribution.
Comprendre les probabilités pour mieux anticiper
L’épisode de 2026 rappelle qu’une variation océanique peut avoir des conséquences bien au-delà du Pacifique. Il montre aussi pourquoi la précision des mots et des chiffres est indispensable.
Une observation décrit ce qui a été mesuré. Une prévision estime une évolution possible. Une relation statistique indique une probabilité accrue, sans garantir un événement local.
Les scientifiques disposent d’observations par satellites, de bouées et de modèles pour suivre ENSO. Leur objectif n’est pas seulement de qualifier son intensité, mais d’aider les sociétés à anticiper ses effets. Face à un épisode potentiellement exceptionnel, cette capacité de préparation compte autant que le record lui-même.
Sources et références