Toutânkhamon : le 4 novembre 1922, une marche change l’histoire

Du premier escalier découvert le 4 novembre 1922 au regard de Carter dans l’antichambre, revivez la découverte exceptionnelle de la tombe de Toutânkhamon.

🗓️ 4 novembre 2026 📁 Histoire et Civilisations | L Egypte des Pharaons

Le 4 novembre 1922, dans la Vallée des Rois, l’équipe dirigée par Howard Carter met au jour une marche taillée dans la roche. Elle conduit à la tombe de Toutânkhamon. Mais les trésors ne se dévoilent pas immédiatement : trois semaines séparent cette découverte du premier regard dans l’antichambre. Derrière l’image célèbre de l’archéologue à la bougie se cache une aventure collective, patiente et bien plus complexe que sa légende.

⏳ 8 min

4 novembre 1922 : une marche sous les déblais de la Vallée des Rois

Les grandes découvertes archéologiques ne commencent pas toujours par un objet spectaculaire. Celle de la tombe de Toutânkhamon débute par une simple marche. Le 4 novembre 1922, près de l’entrée du tombeau de Ramsès VI, les fouilleurs travaillant sous la direction de Howard Carter repèrent le commencement d’un escalier creusé dans le rocher. Le secteur conserve les vestiges de cabanes d’ouvriers de l’Antiquité. En poursuivant les recherches sous ces installations, l’équipe atteint un accès oublié. Ce qui apparaît progressivement n’est encore ni une salle remplie d’or ni un sarcophage : c’est une descente dont il faut dégager les marches pour comprendre où elle conduit.

Une porte prometteuse, mais encore bien des questions

Le 5 novembre, le dégagement révèle la partie supérieure d’une porte murée et scellée. Pour Carter, les indices sont suffisamment encourageants pour prévenir Lord Carnarvon, le mécène britannique qui finance ses recherches. L’accès est ensuite protégé dans l’attente de son arrivée. Il faut se garder de raconter cette journée comme si tous les mystères avaient été résolus immédiatement. À ce stade, Carter ne dispose pas encore de l’ensemble des éléments permettant d’identifier avec certitude le propriétaire du tombeau. L’archéologie avance ici par étapes : observer une structure, dégager un passage, examiner des empreintes de sceaux, confronter les hypothèses. Howard Carter, Lord Carnarvon et Lady Evelyn Herbert près de la tombe de Toutânkhamon en novembre 1922 Source : Wikimedia Commons — photographie de Harry Burton, archives du Griffith Institute, domaine public.

Du premier escalier au seuil de l’antichambre

Carnarvon arrive à Louxor le 23 novembre. Les opérations reprennent autour de l’entrée, dont les seize marches sont finalement dégagées. Les empreintes portant le nom de Toutânkhamon deviennent lisibles sur la première porte. Le rapprochement avec le jeune souverain de la XVIIIe dynastie prend alors une tout autre consistance. Le 25 novembre, cette première fermeture est ouverte. Elle ne donne pas directement sur les trésors : derrière elle se trouve un passage encombré de pierres et de gravats. Il faut encore travailler pour atteindre une seconde porte.

26 novembre : le premier regard dans l’obscurité

Le lendemain, Carter pratique une petite ouverture dans cette nouvelle fermeture. À la lumière d’une bougie, il regarde au-delà. Ses yeux doivent s’habituer à la pénombre avant que les formes deviennent reconnaissables. La pièce est l’antichambre. Elle contient un ensemble extraordinaire de meubles, de coffres et d’objets funéraires. Des lits dorés aux formes animales, des éléments de chars et des statues composent un spectacle dont l’abondance rend la compréhension immédiate difficile. Carter n’aperçoit donc pas ce jour-là le célèbre masque d’or posé sur la momie. Cette image appartient à une autre étape des recherches. En novembre 1922, il se trouve encore dans les espaces précédant la chambre funéraire. Cette distinction change notre manière d’imaginer la découverte. La tombe ne se révèle pas en un instant : elle oppose plusieurs seuils, plusieurs fermetures et de nouvelles interrogations à chaque avancée.

Une tombe exceptionnellement préservée, mais déjà visitée

L’expression « tombe intacte » accompagne souvent le récit de cette aventure. Elle demande pourtant une précision. La sépulture avait subi des intrusions et des pillages dans l’Antiquité, avant d’être refermée. Les traces de passages et de réparations observées par les fouilleurs en témoignent. Son caractère exceptionnel tient à la quantité et à la diversité du mobilier qui subsiste. Alors que tant de sépultures royales ont perdu l’essentiel de leur contenu, celle de Toutânkhamon conserve un ensemble permettant d’étudier les équipements destinés à accompagner un pharaon dans l’au-delà.

Un petit tombeau pour un immense ensemble d’objets

Désignée par le numéro KV62, la tombe est relativement modeste lorsqu’on la compare à d’autres sépultures royales de la Vallée des Rois. Elle comprend quatre pièces principales, auxquelles s’ajoutent l’escalier et le corridor d’accès. Seule la chambre funéraire possède des parois décorées. Environ 5 000 objets y ont été retrouvés. Leur intérêt dépasse largement leur valeur matérielle : vêtements, récipients, sièges, bijoux, armes et chars renseignent sur les techniques, les usages et les représentations de la royauté égyptienne. L’or attire le regard, mais un coffre, une sandale ou un meuble peuvent apporter des informations tout aussi précieuses. Le mobilier associe les besoins supposés du défunt dans l’autre monde à des éléments de la vie du palais. C’est cette combinaison qui fait du tombeau une source historique d’une richesse rare. Peintures de la chambre funéraire de Toutânkhamon dans la tombe KV62 Source : Wikimedia Commons — photographie de ولاء, 2025, sous licence Creative Commons Attribution — Partage dans les mêmes conditions 4.0. Vue contemporaine de la chambre funéraire.

Après l’émerveillement, un chantier de longue haleine

Découvrir une tombe et l’étudier sont deux opérations très différentes. Face à des milliers d’objets serrés les uns contre les autres, parfois fragilisés par le temps, la difficulté consiste à enregistrer les informations avant tout déplacement. La position d’un objet, sa relation avec les pièces voisines et son état de conservation font partie de la découverte. Une fois l’ensemble retiré, cette disposition ne peut plus être observée directement. Dessins, photographies, fiches et notes deviennent donc indispensables.

Harry Burton, la mémoire photographique des fouilles

Le Metropolitan Museum of Art apporte son concours à l’entreprise et met notamment à disposition le photographe Harry Burton. Ses images enregistrent les objets dans la tombe, les étapes du dégagement et les opérations réalisées par les équipes. Elles constituent davantage qu’un souvenir spectaculaire. Elles permettent de revenir sur des situations disparues au cours de la fouille et de comprendre comment les chercheurs ont progressé. Leur précision documentaire s’accompagne d’un remarquable travail de lumière, qui explique aussi leur force visuelle. L’étude et le dégagement du tombeau occupent plusieurs années. Le premier regard de novembre 1922 marque ainsi le commencement d’un travail scientifique considérable, dont les archives restent essentielles aux recherches.

Février 1923 : une nouvelle étape vers la sépulture royale

Le 16 février 1923, la porte séparant l’antichambre de la chambre funéraire est ouverte devant des responsables et des invités. Les grandes chapelles funéraires qui protègent le sarcophage apparaissent. Là encore, une ouverture ne signifie pas que tout devient immédiatement accessible. Les protections entourant le souverain imposent de nouvelles opérations. Le masque funéraire et l’examen de la momie appartiennent aux travaux de 1925, bien après la découverte de l’escalier.

Retrouver l’équipe derrière la légende de Howard Carter

Le nom de Carter demeure indissociable du tombeau. Il serait pourtant trompeur d’imaginer un homme seul devant une découverte surgie du sable. Les ouvriers égyptiens, les contremaîtres, les spécialistes de la conservation, les dessinateurs et les photographes ont rendu cette entreprise possible. Les documents permettent aussi d’examiner la manière dont cette histoire a été racontée. Les Bodleian Libraries soulignent que Carter a produit plusieurs versions du premier regard dans l’antichambre. Le récit publié en 1923 développe l’effet dramatique et ne rend pas la présence des contremaîtres égyptiens aussi visible que son journal. La célèbre formule anglaise « wonderful things », souvent traduite par « des merveilles », appartient à cette mémoire littéraire de la découverte. Elle transmet l’émerveillement, mais ne doit pas faire oublier les différences entre les témoignages et leurs réécritures. Lire les archives enrichit donc l’aventure au lieu de la diminuer. À la scène devenue légendaire s’ajoutent les gestes du chantier, les hésitations des chercheurs et les contributions longtemps restées au second plan.

Une marche qui continue d’ouvrir des portes sur l’Égypte ancienne

Le 4 novembre 1922 mérite sa place dans l’histoire parce qu’il marque le retour au jour d’un accès oublié. Le 26 novembre lui donne son image la plus célèbre : un regard dans l’obscurité, face à une accumulation d’objets extraordinaires. Mais la portée de cette découverte dépasse ces deux journées. Les archives associent les objets à leur contexte, révèlent les méthodes employées et permettent de relire les récits transmis au public. Elles rappellent qu’un trésor archéologique se compose aussi d’informations fragiles, qu’il faut conserver aussi soigneusement que les œuvres. Toutânkhamon doit une grande part de sa célébrité à cette rencontre entre une sépulture exceptionnellement préservée et un chantier abondamment documenté. Derrière l’éclat de l’or demeure une invitation : regarder les traces, vérifier les dates et retrouver les femmes et les hommes qui ont contribué à écrire cette histoire.

Sources et références

Articles similaires

Abou Simbel, le trésor sauvé des eaux

Histoire et Civilisations • L Egypte des Pharaons

Découvrez l’histoire fascinante d’Abou Simbel, le temple monumental de Ramsès II sauvé des eaux du Nil lors du chantier du barrage d’Assouan.

La momification des pharaons

Histoire et Civilisations • L Egypte des Pharaons

Découvrez les étapes, les croyances et techniques de la momification en Égypte antique, un rituel pour garantir l’immortalité des pharaons dans l’au-delà.