17 juillet 1453 : Fin de la guerre de Cent Ans, tournant décisif de l’histoire franco-anglaise

La date du 17 juillet 1453 marque un tournant fondamental dans l’histoire de la France et de l’Angleterre: la fin officielle de la guerre de Cent Ans, un…

🗓️ 17 juillet 2025 📁 Histoire et Civilisations | Les Grandes Guerres

La date du 17 juillet 1453 marque un tournant fondamental dans l’histoire de la France et de l’Angleterre : la fin officielle de la guerre de Cent Ans, un conflit interminable qui aura bouleversé l’Europe médiévale pendant plus d’un siècle La date du 17 juillet 1453 marque un tournant fondamental dans l’histoire de la France et de l’Angleterre : la fin…

17 juillet 1453 : Fin de la guerre de Cent Ans, tournant décisif de l’histoire franco-anglaise
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Le 17 juillet 1453 est traditionnellement considéré comme la date de la fin de la guerre de Cent Ans. Ce jour-là, les forces du roi de France Charles VII remportent une victoire décisive contre l’armée anglaise près de Castillon, dans l’actuel département de la Gironde.

La bataille ne donne pas lieu à une cérémonie de paix ni à la signature d’un grand traité. Elle détruit cependant la dernière armée capable de maintenir sérieusement la domination anglaise en Guyenne.

Le célèbre commandant anglais John Talbot, comte de Shrewsbury, est tué au cours des combats. Sa disparition symbolise l’effondrement d’une puissance militaire qui avait longtemps paru invincible sur le sol français.

Après Castillon, les Anglais ne conservent plus durablement que Calais, ainsi que les îles Anglo-Normandes, extérieures au royaume de France. Bordeaux capitule le 19 octobre 1453. La guerre de Cent Ans s’achève donc moins par un acte diplomatique précis que par l’impossibilité anglaise de poursuivre efficacement la guerre.

Pourquoi la France et l’Angleterre se sont-elles affrontées pendant plus d’un siècle ?

Une crise de succession à la couronne de France

La guerre de Cent Ans commence traditionnellement en 1337, mais ses origines remontent aux crises dynastiques du début du XIVe siècle.

En 1328, le roi de France Charles IV meurt sans héritier mâle direct. Édouard III d’Angleterre, petit-fils de Philippe IV le Bel par sa mère Isabelle de France, estime pouvoir faire valoir ses droits sur la couronne française.

Les grands seigneurs du royaume choisissent cependant Philippe de Valois, qui devient Philippe VI. Ils refusent qu’un souverain anglais règne sur la France en s’appuyant sur une transmission par les femmes.

Édouard III finit par revendiquer officiellement le titre de roi de France. Cette rivalité dynastique se combine à des intérêts économiques, féodaux et territoriaux, notamment en Guyenne.

La Guyenne, un territoire essentiel pour les Anglais

Depuis le mariage d’Aliénor d’Aquitaine avec Henri Plantagenêt au XIIe siècle, les rois d’Angleterre possèdent d’importants territoires dans le sud-ouest de la France.

Au XVe siècle, la Guyenne anglaise est devenue plus réduite, mais elle reste précieuse. Bordeaux entretient d’étroites relations commerciales avec l’Angleterre, notamment grâce au commerce du vin.

Une partie des élites bordelaises trouve avantage à la présence anglaise. Les négociants disposent d’un marché privilégié outre-Manche et redoutent les conséquences économiques d’un rattachement complet au royaume de France.

La guerre ne doit donc pas être comprise comme un simple affrontement entre deux populations uniformément opposées. Des intérêts locaux, des fidélités féodales et des alliances changeantes compliquent profondément le conflit.

Un conflit marqué par les grandes victoires anglaises

Crécy, Poitiers et la puissance de l’arc long

Durant la première partie de la guerre, les Anglais remportent plusieurs victoires spectaculaires.

À Crécy, en 1346, les archers anglais déciment une partie de la chevalerie française. À Poitiers, en 1356, le roi Jean II le Bon est capturé. À Azincourt, en 1415, Henri V d’Angleterre détruit une armée française pourtant supérieure en nombre.

Ces succès reposent notamment sur une meilleure coordination tactique. Les archers munis de l’arc long combattent derrière des positions défensives et perturbent les charges de la cavalerie française.

La noblesse du royaume de France subit de lourdes pertes. Les défaites militaires aggravent les crises politiques, les révoltes fiscales et les conflits entre grands princes.

Le traité de Troyes semble donner la victoire à l’Angleterre

En 1420, le traité de Troyes paraît consacrer le triomphe anglais. Le roi Charles VI reconnaît Henri V comme héritier de la couronne de France au détriment de son propre fils, le futur Charles VII.

Henri V épouse Catherine de Valois, fille de Charles VI. L’objectif est d’unir les deux couronnes sous l’autorité de la dynastie anglaise des Lancastre.

Mais Henri V et Charles VI meurent tous deux en 1422. Le fils d’Henri V, Henri VI, n’est encore qu’un nourrisson. Il est proclamé roi de France et d’Angleterre par ses partisans, tandis que Charles VII maintient ses droits au sud de la Loire.

Le royaume de France se trouve alors divisé entre les territoires contrôlés par les Anglais, ceux de leurs alliés bourguignons et les terres fidèles à Charles VII.

Jeanne d’Arc amorce le retournement français

La délivrance d’Orléans

En 1429, Jeanne d’Arc rejoint Charles VII à Chinon. Elle affirme avoir reçu la mission de faire lever le siège d’Orléans et de conduire le souverain à Reims pour son sacre.

La délivrance d’Orléans, en mai 1429, transforme la dynamique du conflit. Elle redonne confiance aux partisans de Charles VII et brise l’image d’invincibilité des armées anglaises.

Quelques semaines plus tard, les Français remportent la bataille de Patay. Charles VII peut ensuite être sacré à Reims le 17 juillet 1429, exactement vingt-quatre ans avant la bataille de Castillon.

Cette coïncidence de dates donne au 17 juillet une place particulière dans le règne de Charles VII : en 1429, son sacre renforce sa légitimité ; en 1453, Castillon consacre sa victoire militaire.

Une victoire qui dépasse le destin de Jeanne d’Arc

Jeanne d’Arc est capturée en 1430, livrée aux Anglais et condamnée à mort à Rouen en 1431. Son exécution ne stoppe pourtant pas la reconquête française.

Elle a contribué à restaurer la confiance autour de Charles VII et à donner au combat une nouvelle dimension politique et symbolique.

Le roi poursuit ensuite une stratégie plus lente. Il négocie, réforme son armée, améliore ses finances et cherche à isoler diplomatiquement les Anglais.

L’héroïsme de Jeanne d’Arc joue donc un rôle majeur, mais la victoire finale résulte également d’une transformation durable de l’État royal.

Charles VII reconstruit l’armée du royaume

Une armée permanente mieux organisée

Pendant une grande partie du Moyen Âge, les rois convoquent leurs vassaux et recrutent des combattants pour une campagne limitée. Une fois les opérations terminées, des mercenaires sans emploi peuvent former des bandes qui pillent les campagnes.

Charles VII cherche à mettre fin à cette instabilité. Par les ordonnances de 1445, il organise les compagnies d’ordonnance, souvent considérées comme le noyau d’une armée permanente française.

Le souverain crée également les francs-archers, recrutés dans les paroisses et dispensés de certains impôts en échange d’un service militaire.

Ces réformes permettent de disposer de troupes mieux encadrées, plus régulières et directement liées au pouvoir royal.

L’impôt permanent finance la guerre

La réorganisation militaire dépend d’une autre transformation essentielle : la consolidation de la fiscalité royale.

La taille devient un impôt régulier permettant de financer l’armée. Le roi dépend moins des contributions exceptionnelles négociées avec les assemblées ou les grands seigneurs.

À long terme, cette évolution renforce considérablement la monarchie française. Le pouvoir royal acquiert les ressources nécessaires pour entretenir des soldats, des officiers et une artillerie moderne.

La victoire de 1453 ne repose donc pas seulement sur le courage des combattants. Elle est aussi le résultat d’une administration plus efficace et d’une centralisation progressive de l’État.

L’artillerie française change le visage de la guerre

Les frères Bureau, maîtres des canons royaux

Jean Bureau et Gaspard Bureau jouent un rôle déterminant dans les succès militaires de Charles VII.

Spécialistes de l’artillerie, ils améliorent l’organisation des canons, le transport des pièces, l’approvisionnement en poudre et la coordination des tirs.

Les bombardes et les canons existaient déjà depuis plusieurs décennies, mais les Français les utilisent désormais de manière plus systématique. Les fortifications, autrefois capables de résister longtemps à un siège, deviennent plus vulnérables.

Lors de la reconquête de la Normandie et de la Guyenne, l’artillerie royale accélère la chute des villes et des châteaux.

Castillon annonce la guerre moderne

La bataille de Castillon est parfois présentée comme la première grande bataille européenne remportée principalement grâce à une artillerie de campagne organisée.

Cette affirmation doit être nuancée, car les armes à feu avaient déjà joué un rôle dans plusieurs conflits. Castillon reste néanmoins un moment décisif dans l’histoire militaire.

Les canons ne servent plus seulement à abattre des murailles. Ils sont installés dans un camp fortifié et utilisés contre une armée attaquant à découvert.

Le chevalier lourdement armé, longtemps au centre de la guerre médiévale, doit désormais affronter une puissance de feu capable de briser les charges et de désorganiser les formations.

La reconquête française avant Castillon

La Normandie reprise en quelques mois

Après une trêve conclue en 1444, la guerre reprend en 1449. Charles VII lance une vaste offensive contre les possessions anglaises.

La Normandie est reconquise avec une rapidité remarquable. Rouen tombe en 1449. Le 15 avril 1450, la bataille de Formigny se termine par une victoire française décisive.

Caen et Cherbourg capitulent à leur tour. En quelques mois, les Anglais perdent une province conquise au prix de campagnes longues et coûteuses.

La réussite française confirme l’efficacité des réformes militaires et de l’artillerie royale.

La première reconquête de Bordeaux

Les troupes françaises se tournent ensuite vers la Guyenne. Bordeaux capitule une première fois en juin 1451.

Mais l’intégration au royaume de France suscite des résistances. Certains habitants et négociants bordelais regrettent les liens commerciaux privilégiés avec l’Angleterre.

Des représentants locaux demandent l’intervention du roi Henri VI. Londres organise alors une expédition conduite par John Talbot, l’un des chefs militaires anglais les plus expérimentés.

En octobre 1452, Talbot débarque en Guyenne. Bordeaux lui ouvre ses portes et plusieurs villes de la région reviennent sous domination anglaise.

Pour Charles VII, cette reconquête anglaise représente une menace sérieuse. Une nouvelle campagne est organisée au printemps 1453.

John Talbot, dernier grand capitaine anglais de la guerre

Un vétéran redouté par les Français

John Talbot est âgé d’environ soixante-dix ans lors de la campagne de 1453, un âge exceptionnel pour un commandant encore actif sur le champ de bataille.

Il a participé à de nombreuses opérations en France et s’est forgé une réputation de combattant audacieux. Les Français le considèrent comme l’un de leurs adversaires les plus dangereux.

Talbot a connu les victoires, les défaites et la captivité. Il a notamment été fait prisonnier après la bataille de Patay en 1429 avant d’être libéré contre rançon et échange.

Son retour en Guyenne redonne espoir aux partisans de l’Angleterre. Mais les forces dont il dispose restent insuffisantes face à une monarchie française désormais mieux organisée.

Une armée anglaise fragilisée

L’Angleterre des années 1450 n’est plus celle d’Henri V.

Henri VI est un souverain fragile, entouré de rivalités politiques. Les finances royales sont en mauvais état et le soutien à la guerre diminue.

Les conflits entre nobles anglais annoncent déjà les guerres des Deux-Roses, qui éclateront officiellement en 1455.

La France, au contraire, bénéficie d’une autorité royale restaurée, d’une fiscalité plus stable et d’une armée permanente. Le rapport de force a profondément changé.

Le camp français de Castillon

Une position solidement fortifiée

En juillet 1453, l’armée française assiège Castillon, une place située sur la Dordogne, près de Bordeaux.

Les Français établissent un vaste camp fortifié sous la direction de Jean Bureau. Il est protégé par des fossés, des talus, des palissades et probablement plusieurs centaines de pièces d’artillerie de dimensions variées.

Les canons sont disposés de manière à croiser leurs tirs devant les positions françaises. Les servants disposent de réserves de poudre et de projectiles.

Cette organisation transforme le camp en véritable forteresse de campagne.

Talbot s’approche avec ses troupes afin de secourir la ville. Il doit agir rapidement, car la chute de Castillon ouvrirait la route vers Bordeaux.

Une fausse nouvelle précipite l’attaque anglaise

Le matin du 17 juillet, les Anglais attaquent un détachement français et obtiennent un premier succès.

Talbot reçoit ensuite des informations selon lesquelles les Français seraient en train de battre en retraite. Un important nuage de poussière visible au loin semble confirmer le mouvement.

Il s’agirait en réalité du déplacement de personnes non combattantes ou de convois quittant le camp, et non d’une fuite générale de l’armée.

Persuadé de pouvoir surprendre un ennemi désorganisé, Talbot décide d’attaquer sans attendre l’arrivée de toutes ses forces ni de son artillerie.

Cette décision va se révéler fatale.

Le déroulement de la bataille du 17 juillet 1453

Les Anglais chargent le camp français

Les soldats de Talbot se lancent contre les fortifications françaises. Ils découvrent trop tard une position solidement défendue.

L’artillerie ouvre le feu à courte distance. Les boulets et les projectiles frappent les rangs anglais, brisent les formations et rendent l’approche extrêmement meurtrière.

Malgré les pertes, les assaillants tentent de franchir les fossés et les palissades. Le combat devient confus et violent.

Les renforts anglais arrivent progressivement, mais ils sont engagés au fur et à mesure, sans pouvoir former une masse suffisamment organisée.

Les Français, protégés par leurs retranchements, maintiennent leurs tirs.

L’arrivée de la cavalerie bretonne

La bataille bascule définitivement avec l’intervention de cavaliers bretons alliés au roi de France.

Ils frappent le flanc des Anglais, déjà épuisés par les tirs d’artillerie et les assauts contre le camp.

L’armée de Talbot commence à se désorganiser. Le repli se transforme en déroute. De nombreux soldats cherchent à fuir vers la Dordogne ou les passages voisins.

La victoire française est totale. Les dernières forces anglaises capables de défendre efficacement la Guyenne sont détruites.

La mort de John Talbot devient une scène légendaire

John Talbot est tué pendant la bataille avec son fils, John Talbot, vicomte de Lisle.

Les circonstances exactes de sa mort restent entourées de récits différents. Selon une tradition souvent rapportée, son cheval aurait été atteint par un projectile d’artillerie. Immobilisé sous l’animal, Talbot aurait ensuite été tué par un soldat français.

Le vieux capitaine ne portait peut-être pas toutes ses armes habituelles. Après une précédente captivité, il aurait promis de ne plus prendre personnellement les armes contre le roi de France, tout en continuant à commander ses troupes.

Cette anecdote, difficile à vérifier dans tous ses détails, a contribué à construire l’image d’un chef vieillissant allant au-devant de sa dernière bataille.

Dans la pièce Henri VI de William Shakespeare, écrite plus d’un siècle plus tard, Talbot devient une figure héroïque de la mémoire anglaise. Sa mort avec son fils y prend la dimension d’une tragédie familiale et nationale.

Bordeaux capitule trois mois plus tard

Après la victoire de Castillon, les Français poursuivent la reconquête de la Guyenne.

Bordeaux se retrouve isolée. La ville ne peut plus espérer l’arrivée rapide d’une armée anglaise capable de renverser la situation.

Le 19 octobre 1453, elle capitule devant les forces de Charles VII. Le roi impose des conditions sévères et fait construire des forteresses destinées à surveiller la ville, notamment le château Trompette.

Des habitants compromis dans le retour des Anglais sont condamnés à l’exil ou sanctionnés. La monarchie entend empêcher toute nouvelle révolte.

La perte de Bordeaux constitue un choc économique et politique pour l’Angleterre. Elle met fin à près de trois siècles de domination anglaise en Aquitaine.

La guerre de Cent Ans se termine-t-elle réellement le 17 juillet 1453 ?

Une fin militaire plutôt qu’un traité de paix

Le 17 juillet 1453 est une date conventionnelle. Castillon est le dernier grand affrontement de la guerre de Cent Ans, mais Bordeaux ne tombe qu’en octobre.

De plus, les souverains anglais continuent longtemps à revendiquer le titre de roi de France. Aucun traité général signé en 1453 ne règle définitivement la rivalité dynastique.

Les tensions franco-anglaises ne disparaissent pas. En 1475, Édouard IV d’Angleterre débarque encore en France avec une armée, avant de conclure avec Louis XI le traité de Picquigny.

Le titre de roi de France demeure dans la titulature des souverains britanniques jusqu’au début du XIXe siècle.

Parler de « fin de la guerre de Cent Ans » reste néanmoins justifié, car l’Angleterre ne mène plus après 1453 de véritable campagne durable pour reconquérir ses anciens territoires français.

Calais reste anglaise jusqu’en 1558

Après la perte de la Guyenne, Calais demeure la principale possession anglaise sur le continent.

La ville, conquise par Édouard III en 1347, reste sous domination anglaise pendant plus de deux siècles. Elle n’est reprise par la France qu’en janvier 1558, sous le règne d’Henri II.

La présence anglaise à Calais rappelle que Castillon n’efface pas instantanément tous les héritages du conflit. La victoire de Charles VII met fin à la grande domination territoriale anglaise, sans éliminer toute implantation ni toute revendication.

Les conséquences pour la monarchie française

Charles VII devient le « Victorieux »

Au début de son règne, Charles VII ne contrôle qu’une partie du royaume et ses adversaires le surnomment parfois avec mépris le « roi de Bourges ».

En 1453, la situation est totalement transformée. Il a reconquis Paris, la Normandie et la Guyenne. L’autorité royale s’impose de nouveau sur la plus grande partie du territoire.

Charles VII reçoit le surnom de « Victorieux » ou de « Bien Servi ». Son succès doit beaucoup à ses conseillers, à ses capitaines, à ses réformes militaires et à la restauration des finances royales.

La fin de la guerre renforce la dynastie des Valois et permet à la monarchie française de poursuivre son œuvre de centralisation.

La naissance d’un État plus puissant

Les conséquences à long terme dépassent largement la victoire militaire.

Le roi dispose désormais d’une armée permanente et d’un impôt régulier. Ces instruments renforcent son indépendance à l’égard des grands princes féodaux.

L’État royal développe également son administration, sa justice et ses réseaux d’officiers. La guerre a été destructrice, mais elle a accéléré la construction d’une monarchie plus centralisée.

Sous Louis XI, fils de Charles VII, cette évolution se poursuit. Le pouvoir royal cherche à réduire l’autonomie des grands seigneurs et à mieux contrôler le territoire.

Les conséquences pour l’Angleterre

Une défaite qui aggrave la crise politique

La perte des territoires français fragilise le prestige d’Henri VI.

Les nobles anglais se reprochent mutuellement les défaites et la mauvaise gestion de la guerre. Les rivalités entre les maisons de Lancastre et d’York deviennent de plus en plus violentes.

En 1455, deux ans seulement après Castillon, la première bataille de Saint-Albans marque le début traditionnel des guerres des Deux-Roses.

L’Angleterre se détourne alors des conquêtes continentales pour entrer dans une longue période de guerre civile.

La fin de la guerre de Cent Ans contribue ainsi indirectement à la crise de la monarchie anglaise.

Une identité politique davantage insulaire

Pendant plusieurs siècles, les souverains anglais ont possédé de vastes territoires en France et une partie de la noblesse a entretenu une culture franco-anglaise.

La perte de la Normandie et de la Guyenne réduit fortement cette dimension continentale.

À long terme, l’Angleterre développe une orientation plus insulaire et maritime, même si ses souverains continuent d’intervenir dans les affaires européennes.

La langue anglaise s’impose également davantage dans l’administration et la culture politique, au détriment du français autrefois très utilisé par les élites.

Castillon, charnière entre le Moyen Âge et la guerre moderne

La bataille de Castillon est souvent décrite comme l’un des derniers grands combats du Moyen Âge.

Cette formule repose sur plusieurs symboles : la mort d’un vieux chevalier, John Talbot, face à une armée royale appuyée par des canons ; le recul des charges traditionnelles ; l’efficacité d’une organisation financée par un État centralisé.

La comparaison avec la chute de Constantinople, survenue le 29 mai 1453, renforce cette impression de basculement historique. La même année, les Ottomans s’emparent de la capitale byzantine grâce, eux aussi, à une puissante artillerie.

Il serait excessif d’affirmer que le Moyen Âge prend fin en quelques semaines. Les structures féodales, les chevaliers et les forteresses demeurent longtemps. Mais l’année 1453 symbolise indéniablement un monde en transformation.

Les armes à feu prennent une place croissante, les États monarchiques se renforcent et les équilibres géopolitiques européens changent profondément.

Castillon referme un siècle de guerre et ouvre la France moderne

Le 17 juillet 1453, la victoire française de Castillon met un terme aux ambitions territoriales anglaises en Guyenne. Trois mois plus tard, la capitulation de Bordeaux confirme l’effondrement de la domination anglaise dans le sud-ouest du royaume.

La guerre de Cent Ans ne s’achève pas par une paix solennelle. Elle s’éteint parce que l’Angleterre ne possède plus les moyens militaires, financiers et politiques de poursuivre la conquête.

La victoire de Charles VII repose sur une transformation profonde de la monarchie française : armée permanente, fiscalité régulière, artillerie organisée et autorité royale renforcée. Castillon représente ainsi bien davantage qu’un succès sur un champ de bataille.

Pour la France, l’événement annonce la consolidation d’un État centralisé. Pour l’Angleterre, il ouvre une période de crise intérieure qui conduira aux guerres des Deux-Roses. Pour l’histoire militaire, il confirme le rôle décisif des canons et le déclin progressif des anciennes méthodes de combat.

Le 17 juillet 1453 demeure donc un tournant majeur de l’histoire franco-anglaise : le jour où une guerre commencée pour une couronne s’achève par la victoire d’un royaume devenu plus uni, plus organisé et mieux armé.

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