6 novembre 1860 : comment Lincoln a été élu avec moins de 40 % des voix

Le 6 novembre 1860, Abraham Lincoln remporte la présidence avec moins de 40 % des voix. Comment le collège électoral et la crise de l’esclavage ont pesé.

🗓️ 6 novembre 2026 📁 Histoire et Civilisations | Les Événements qui ont Changé le Monde

Le 6 novembre 1860, Abraham Lincoln arrive en tête d’une élection présidentielle américaine à quatre candidats. Il recueille environ 39,8 % des suffrages populaires, mais obtient 180 des 303 voix du collège électoral. Sa victoire révèle la fracture politique autour de l’esclavage. Avant même son entrée à la Maison-Blanche, sept États du Sud ont décidé de quitter l’Union.

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Le 6 novembre 1860, deux chiffres racontent l’élection de Lincoln

Abraham Lincoln n’a pas besoin de recueillir la moitié des suffrages exprimés dans le pays pour devenir président. En 1860, comme aujourd’hui, la présidence américaine se joue au collège électoral. L’essentiel se décide donc État par État. Dans la plupart des États, les électeurs désignent les grands électeurs chargés de voter pour le président et le vice-président. La Caroline du Sud fait alors exception : sa législature choisit directement ses grands électeurs. Lincoln réunit environ 39,8 % des suffrages populaires recensés, ce qui le place en tête des quatre principaux candidats. Au collège électoral, sa victoire est plus nette. Avec 180 voix sur 303, il dépasse le seuil de 152 nécessaire pour l’emporter. Le républicain et son colistier Hannibal Hamlin s’appuient sur leurs victoires dans les États du Nord, notamment dans des États très peuplés qui disposent de nombreux grands électeurs. La Californie et l’Oregon leur apportent aussi leurs voix. Au New Jersey, les sept voix se répartissent entre Lincoln, qui en obtient quatre, et Stephen Douglas, qui en reçoit trois. Portrait d’Abraham Lincoln, encore imberbe, photographié par Mathew Brady en février 1860 Source : Portrait d’Abraham Lincoln par Mathew Brady, 27 février 1860 — Wikimedia Commons, domaine public.

Quatre candidats et un désaccord sur l’extension de l’esclavage

Pourquoi les démocrates se présentent divisés

La campagne se déroule sur fond de conflit autour des territoires de l’Ouest. Les terres administrées par le gouvernement fédéral peuvent devenir de nouveaux États. Autoriser ou interdire l’esclavage dans ces territoires engage le sort des personnes réduites en esclavage et peut modifier durablement l’équilibre du pouvoir au Congrès. Chaque nouvel État dispose en effet de deux sénateurs, quelle que soit sa population. L’avenir de l’esclavage à l’Ouest concerne donc aussi le poids politique des États où il existe déjà. Le Parti démocrate se divise sur la réponse à donner. Le sénateur Stephen A. Douglas défend le principe de la souveraineté populaire, selon lequel les habitants d’un territoire doivent trancher la question de l’esclavage. Les démocrates du Sud qui refusent cette position se rallient à John C. Breckinridge, vice-président sortant. Leur camp réclame une protection fédérale de l’esclavage dans les territoires. Le quatrième candidat, John Bell, se présente au nom du Parti de l’Union constitutionnelle. Il mise sur la défense de l’Union et de la Constitution en évitant de faire de l’extension de l’esclavage le centre de son programme.

Ce que proposent Lincoln et les républicains

Les républicains veulent empêcher l’extension de l’esclavage aux territoires fédéraux. En 1860, leur programme ne prévoit pas son abolition immédiate dans les États où il est déjà légal. Pour les responsables sudistes qui défendent l’institution, le blocage de son expansion représente toutefois une menace à long terme. L’élection pourrait montrer qu’un parti opposé à cette expansion peut conquérir la présidence sans remporter les États esclavagistes. Bouton de campagne de 1860 portant un petit portrait d’Abraham Lincoln dans un cadre métallique décoré Source : Bouton de campagne de Lincoln et Hamlin, face Lincoln — portrait attribué à Mathew Brady, collection de la Library of Congress, domaine public selon la fiche.

La carte électorale explique mieux la victoire que le total national

Stephen Douglas obtient environ 29,4 % des suffrages populaires recensés et se classe deuxième à l’échelle du pays. Il ne recueille pourtant que 12 voix au collège électoral, celles du Missouri et trois du New Jersey. Ses soutiens sont répartis dans de nombreux États où il arrive derrière un autre candidat. À l’inverse, Breckinridge, troisième au vote populaire, remporte 72 voix électorales en s’imposant surtout dans le Sud. John Bell en obtient 39 en remportant la Virginie, le Kentucky et le Tennessee. La division des adversaires de Lincoln compte dans la campagne, mais additionner leurs voix nationales ne permet pas de rejouer le scrutin. Le résultat dépend des coalitions possibles et de la répartition des suffrages dans chaque État. Dans plusieurs grands États du Nord, le candidat républicain a une avance qui lui donne accès à un bloc décisif de grands électeurs. Cette concentration régionale explique comment Lincoln a pu remporter près de 60 % des voix électorales avec moins de 40 % des suffrages recensés dans le pays. Carte du collège électoral en 1860 montrant les victoires de Lincoln surtout au Nord et celles de Breckinridge surtout au Sud Source : Carte des résultats du collège électoral en 1860 — Tilden76, mise dans le domaine public par son auteur.

De la victoire de Lincoln aux premiers tirs de Fort Sumter

Le 20 décembre 1860, la Caroline du Sud devient le premier État à déclarer sa sécession. Le Mississippi, la Floride, l’Alabama, la Géorgie, la Louisiane et le Texas la suivent avant l’investiture de Lincoln, le 4 mars 1861. Les États sécessionnistes commencent à constituer un gouvernement confédéré alors que James Buchanan est encore président. Pendant ces mois de transition, la question de la propriété des forts, des arsenaux et d’autres installations fédérales devient un enjeu immédiat. Les textes des sécessionnistes éclairent les motifs de la rupture. La déclaration du Mississippi lie explicitement sa décision à la défense de l’esclavage et au rôle du travail forcé dans son économie. Le conflit sur les pouvoirs des États et ceux du gouvernement fédéral prend ici un sens concret : il s’agit de savoir qui peut protéger, étendre ou limiter un système dont dépendent des intérêts économiques et politiques puissants. L’élection rend la crise urgente pour les partisans de la sécession. Leurs revendications, elles, sont antérieures au scrutin. La rupture politique devient militaire à Charleston. Fort Sumter, dans la baie, reste aux mains d’une garnison fédérale dont les vivres s’épuisent. Lincoln décide de la ravitailler. Les autorités confédérées exigent la reddition du fort, puis ouvrent le feu le 12 avril 1861. Après le bombardement, la garnison accepte d’évacuer. Lincoln appelle des volontaires pour réprimer l’insurrection et quatre autres États rejoignent ensuite la Confédération.

Ce que le vote de 1860 révèle d’une Union déjà fracturée

Le collège électoral explique comment Abraham Lincoln est devenu président. Les déclarations de sécession expliquent pourquoi des dirigeants sudistes ont choisi de rompre avec l’Union après sa victoire. Lues ensemble, la carte du scrutin et les déclarations montrent qu’une coalition électorale concentrée dans une partie du pays pouvait conquérir la présidence et priver les défenseurs de l’extension de l’esclavage de leur influence à la Maison-Blanche. Entre le 6 novembre 1860 et le 12 avril 1861, cette perte de pouvoir, la décision de faire sécession et la confrontation autour d’un fort fédéral se succèdent jusqu’à l’ouverture de la guerre de Sécession.

Sources et références

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