Dans la nuit du 4 au 5 novembre 1605, Guy Fawkes est découvert auprès d’une réserve de poudre dissimulée sous la Chambre des lords. Quelques heures plus tard, les conjurés comptaient faire exploser le Parlement anglais et tuer Jacques Ier. Ce projet avorté, organisé par Robert Catesby, allait devenir l’un des épisodes les plus célèbres de l’histoire britannique.
5 novembre 1605 : le Parlement anglais échappe à un attentat
À
Londres, l’ouverture solennelle du Parlement doit réunir le roi Jacques Ier et les représentants du pouvoir anglais. Pour les conspirateurs, cette cérémonie offre une occasion exceptionnelle : frapper en un même lieu le souverain, les lords et les membres des Communes présents. Leur projet consiste à provoquer une explosion sous la Chambre des lords, au cœur du palais de Westminster.
L’attentat n’aura pas lieu. Dans la nuit du 4 au 5
novembre 1605, les recherches entreprises dans les locaux du Parlement conduisent à la découverte de Guy Fawkes et de trente-six tonneaux de poudre. Dissimulée sous du bois, cette réserve constitue la pièce centrale d’une opération préparée depuis des mois.
L’épisode entre dans l’histoire sous le nom de Conspiration des poudres, ou Gunpowder Plot. Mais son souvenir simplifie souvent les responsabilités : Guy Fawkes en devient le visage, tandis que Robert Catesby, véritable organisateur du complot, reste beaucoup moins connu.
Une Angleterre divisée par les conflits religieux
Pour comprendre le projet des conjurés, il faut revenir aux tensions qui traversent l’Angleterre depuis la Réforme. La rupture avec
Rome, puis les changements religieux des règnes suivants, ont profondément transformé les rapports entre foi et autorité politique. Sous Élisabeth Ire, puis sous Jacques Ier, les catholiques subissent des restrictions et des sanctions.
Dans ce contexte, la pratique religieuse peut devenir une question de loyauté envers la Couronne. Les autorités redoutent les entreprises soutenues par des puissances catholiques étrangères ; les catholiques anglais vivent, quant à eux, dans une société où leur fidélité politique est régulièrement suspectée.
Les espoirs déçus du début du règne de Jacques Ier
Lorsque Jacques Ier succède à Élisabeth en 1603, certains catholiques espèrent un assouplissement de leur situation. Ces attentes sont déçues. Un petit groupe choisit alors de répondre à la répression par une violence destinée à renverser le pouvoir.
Cette décision ne doit pas être attribuée à l’ensemble des catholiques anglais. Le complot est l’entreprise d’un cercle de conspirateurs. Le dossier
historique du Parlement britannique rappelle d’ailleurs que certains prêtres informés de leurs discussions tentent de les décourager. Expliquer le contexte des persécutions ne revient donc ni à justifier l’attentat, ni à présenter une communauté entière comme complice.
Robert Catesby, l’organisateur derrière le nom de Guy Fawkes
Robert Catesby appartient à la petite noblesse catholique du Warwickshire. Il possède des relations familiales et personnelles qui facilitent le recrutement de ses compagnons. Déjà impliqué dans la rébellion du comte d’Essex en 1601, il est connu des autorités avant même la préparation de la Conspiration des poudres.
En 1604, Catesby expose son projet à plusieurs proches. Le réseau s’élargit progressivement. Thomas Wintour, Thomas Percy et les
frères Wright comptent parmi les acteurs de cette entreprise, qui associe convictions religieuses, liens de confiance et volonté d’action politique.
Pourquoi recruter Guy Fawkes ?
Né à York en 1570, Guy Fawkes s’est converti au catholicisme et a servi comme soldat sur le continent dans les forces espagnoles. Cette expérience militaire le distingue des autres conjurés. Il possède une connaissance des explosifs qui explique son rôle dans la préparation de l’attentat.
Également connu sous le prénom de Guido, Fawkes n’est donc pas le concepteur principal de l’opération. Il est l’homme chargé de surveiller la poudre et de provoquer l’explosion au moment prévu. Sa capture sur place explique largement pourquoi la
mémoire collective a retenu son nom plutôt que celui de Catesby.

Source :
Wikimedia Commons — Guy Fawkes et Robert Catesby transportant la poudre. George Cruikshank, vers 1840. Domaine public selon la fiche du fichier. Illustration rétrospective liée à une œuvre romanesque, et non témoignage visuel de 1605.
Trente-six tonneaux sous la Chambre des lords
Les conspirateurs parviennent, en
mars 1605, à louer un local situé directement sous la Chambre des lords. Cet espace, souvent décrit comme une cave, devient le lieu de stockage des explosifs. Il se trouve sous la salle où doit se dérouler la cérémonie visée.
Après plusieurs reports, l’ouverture du Parlement est fixée au 5 novembre. La préparation matérielle doit ainsi s’accorder avec le calendrier politique. L’efficacité espérée de l’attaque dépend de la présence simultanée des personnes que les conjurés veulent éliminer.
Une explosion pour déclencher un changement de régime
Le projet ne se limite pas à la destruction d’un bâtiment. Après l’attentat, les conspirateurs espèrent soulever des soutiens dans les Midlands et s’emparer de la princesse Élisabeth, fille du roi, afin de l’utiliser dans leur projet de remplacement du pouvoir.
Le Parlement britannique souligne cependant que la suite n’a jamais été véritablement organisée dans le détail. Cette faiblesse est révélatrice : les conjurés disposent d’un objectif immédiat spectaculaire, mais leur scénario de prise de pouvoir demeure incertain. La destruction du gouvernement devait ouvrir une possibilité politique qu’ils étaient loin de maîtriser.
La lettre anonyme qui précipite la découverte
À la fin du mois d’octobre, lord Monteagle reçoit une lettre anonyme l’avertissant du danger lié à la prochaine réunion du Parlement. Le message parvient aux autorités et devient un élément essentiel dans la découverte du complot.
L’identité de son auteur ne doit pas être présentée comme certaine. Les soupçons se portent notamment sur Francis Tresham, l’un des conspirateurs, mais une hypothèse n’équivaut pas à une preuve. Le document est
célèbre précisément parce qu’il éclaire le déroulement de l’affaire tout en conservant une part de mystère.
Une arrestation dans la nuit du 4 au 5 novembre
Les conjurés apprennent l’existence de l’avertissement. Ils discutent de l’opportunité d’abandonner, puis décident de poursuivre. Les recherches menées à Westminster conduisent finalement à Fawkes, qui utilise le nom de John Johnson.
Les récits institutionnels situent la découverte autour de minuit, certains parlant de la fin du 4 novembre, d’autres des premières heures du 5. Pour éviter une précision trompeuse, la formulation la plus solide reste celle de la nuit du 4 au 5 novembre 1605. Le lendemain devait être le jour de l’explosion ; il devient celui de la découverte publique du danger évité.

Source :
Wikimedia Commons — Reproduction ancienne de la lanterne attribuée à Guy Fawkes. Image publiée en 1904 dans un ouvrage de Philip Sidney ; domaine public selon la fiche du fichier. L’objet conservé à l’Ashmolean Museum est traditionnellement associé à l’arrestation de Fawkes.
Interrogatoires, fuite et répression
Après son arrestation, Fawkes est interrogé puis emprisonné à la tour de Londres. Le recours à la torture est autorisé par Jacques Ier. Cet aspect de l’enquête impose de lire les déclarations obtenues en tenant compte des conditions dans lesquelles elles ont été produites.
Pendant ce temps, plusieurs conspirateurs fuient vers les Midlands. Catesby essaie encore de rassembler des soutiens pour une insurrection, mais la mobilisation espérée ne se produit pas. Le 8 novembre, les autorités les rejoignent à Holbeach House, dans le Staffordshire.
Un affrontement armé met fin à la fuite de plusieurs meneurs. Catesby, Thomas Percy et les frères Wright sont tués. D’autres sont capturés et conduits à Londres. Fawkes est finalement exécuté le 31 janvier 1606, après sa condamnation pour haute trahison.

Source :
Wikimedia Commons — Guy Fawkes interrogé par Jacques Ier. George Cruikshank, vers 1840 ; domaine public selon la fiche du fichier. Cette scène appartient à une représentation littéraire du
XIXe siècle et ne constitue pas un compte rendu contemporain.
Bonfire Night : comment un attentat manqué devient une tradition
Dès le 5 novembre 1605, les Londoniens sont encouragés à allumer des feux pour célébrer le salut du roi et du Parlement. Une loi adoptée en janvier 1606 organise ensuite la commémoration annuelle de l’événement.
À l’origine, cette célébration exprime la reconnaissance pour la survie du souverain. Elle possède également une forte dimension religieuse et politique. La National Portrait Gallery rappelle que des images du complot ont été utilisées pour attiser l’hostilité envers les catholiques.
Le sens d’une fête se transforme avec le temps
Les feux de joie, puis les feux d’artifice et les effigies brûlées, donnent progressivement à la commémoration ses formes les plus connues. La loi qui imposait l’observance de la date reste en vigueur jusqu’en 1859, mais sa
disparition ne met pas fin aux célébrations.
Le nom de Guy Fawkes finit ainsi par désigner une tradition dont la signification dépasse largement son rôle personnel. La formule « Remember, remember » rappelle cette volonté de transmettre le souvenir du 5 novembre. Pourtant, se souvenir d’une date ne signifie pas toujours connaître les motivations et les conséquences de l’événement qu’elle commémore.
Derrière la légende de Guy Fawkes, retrouver l’histoire
La Conspiration des poudres fascine parce qu’elle réunit les ingrédients d’un récit dramatique : une cérémonie royale, un local dissimulé, une lettre anonyme et une découverte nocturne. Ces éléments ne doivent pas faire oublier les réalités politiques qui les entourent.
Fawkes n’était pas le chef du complot. Les conspirateurs ne représentaient pas tous les catholiques anglais. Leur objectif n’était pas davantage la défense d’une
démocratie moderne : ils voulaient abattre un pouvoir et lui substituer un autre ordre politique et religieux.
Quatre cent vingt et un ans après les faits, l’intérêt de cette histoire réside aussi dans la fabrication de sa mémoire. Un homme chargé de la poudre est devenu plus célèbre que l’organisateur ; l’échec d’un attentat s’est transformé en fête annuelle. Revenir aux documents permet de comprendre à la fois ce qui s’est passé à Westminster et la manière dont une société choisit de s’en souvenir.
Sources et lectures complémentaires
Parlement britannique, préparation de l’attentat :
Comprendre le projet des conspirateurs et le choix du 5 novembre 1605.
Parlement britannique, découverte et fuite :
Lire le récit de l’arrestation de Fawkes et de la fuite des conjurés.
Parlement britannique, Robert Catesby :
Découvrir le parcours de l’organisateur de la Conspiration des poudres.
Historic Royal Palaces :
Explorer la vie de Guy Fawkes, son emprisonnement et la commémoration du complot.
London Museum :
Comprendre les origines historiques de Bonfire Night.
National Portrait Gallery :
Consulter la présentation de l’exposition sur les images et la mémoire du complot.
Pour approfondir en français :
Lire l’article Wikipédia consacré à la Conspiration des poudres.