« Ils dormaient encore… Ascq, la nuit du 1er au 2 avril 1944 racontée à travers les témoignages »

Dans la nuit du 1er au 2 avril 1944, 86 habitants d’Ascq sont assassinés par les SS. Revivez ce drame à travers les témoignages et l’histoire.

🗓️ 7 novembre 2026 📁 Histoire et Civilisations | Les Grandes Guerres

Samedi 1er avril 1944. À Ascq, petit village du Nord de la France, les habitants s'apprêtent à passer une nuit ordinaire sous l'Occupation allemande. Mais vers 22 h 45, une explosion retentit près de la voie ferrée. Un train transportant des soldats SS vient de dérailler partiellement. Quelques instants plus tard, des portes sont forcées, des hommes arrachés à leurs familles et des coups de feu déchirent la nuit. Au matin du dimanche des Rameaux, 86 civils ont été assassinés par des soldats de la division Hitlerjugend. À travers les récits des survivants, les communications d'un employé de gare et les archives historiques, retour sur l'une des nuits les plus tragiques de l'Occupation dans le Nord.

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1er avril 1944 : la dernière soirée paisible d'Ascq

Ce samedi 1er avril 1944, rien ne laisse encore imaginer le drame qui va frapper Ascq. Dans ce village d'environ 3 500 habitants, situé à quelques kilomètres de Lille, la vie s'organise tant bien que mal malgré les privations et les inquiétudes de l'Occupation allemande. La journée touche à sa fin. Dans les maisons, les familles se préparent pour le lendemain, dimanche des Rameaux. Certains habitants doivent assister à la messe, d'autres travailler ou retrouver leurs proches. Depuis quatre ans, chacun a appris à vivre avec la présence des soldats allemands, les restrictions et les alertes. La voie ferrée qui traverse le village fait partie du paysage quotidien. Des trains y passent régulièrement, reliant Lille à la Belgique. En temps de guerre, cette ligne joue également un rôle important dans les déplacements de l'armée allemande. Au printemps 1944, la situation militaire évolue rapidement. Les Alliés préparent une offensive majeure en Europe occidentale. Pour empêcher l'occupant de déplacer librement ses troupes, les résistants multiplient les sabotages, notamment contre le réseau ferroviaire. À Ascq, plusieurs cheminots engagés dans la Résistance participent à cette lutte clandestine. Ils appartiennent au groupe local lié au mouvement Voix du Nord. Ce soir-là, leur objectif est de provoquer l'arrêt d'un train de marchandises allemand. Ils ignorent qu'un convoi militaire particulier va s'intercaler dans la circulation.

22 h 45 : une explosion dans la nuit

Vers 22 h 45, une détonation retentit à proximité de la gare. Un explosif placé sur la voie vient d'endommager un aiguillage. Le convoi touché transporte des éléments du bataillon blindé de reconnaissance de la 12e division SS « Hitlerjugend ». Il se dirige vers le nord de la France avant de rejoindre ses zones de déploiement. La locomotive et les premiers wagons déraillent partiellement. Les dégâts demeurent limités et aucun soldat SS n'est blessé. Pour les résistants, l'opération aurait dû se traduire par une interruption du trafic ferroviaire. Mais les militaires présents dans le train décident d'exercer des représailles contre la population. Leur chef, le lieutenant SS Walter Hauck, participe à l'organisation de la répression. En quelques minutes, le village bascule dans la terreur. Ancienne voie ferrée près du Tertre des Massacrés à Ascq où 86 civils furent assassinés en avril 1944 Source : Wikimedia Commons — Pierre André Leclercq Auteur : Pierre André Leclercq, 2016. Licence CC BY-SA 4.0. Attribution requise ; partage à l'identique en cas d'adaptation.

La nuit des Rameaux : quand les soldats frappent aux portes

Dans les rues d'Ascq, des soldats SS descendent du train accidenté. Ils se répartissent en groupes et commencent à parcourir les habitations proches de la voie ferrée. Les coups frappés aux portes réveillent les familles. Certaines portes sont défoncées. Des militaires entrent dans les maisons et ordonnent aux hommes de sortir. Il n'est pas question de vérifier une éventuelle participation au sabotage. Les arrestations frappent indistinctement des ouvriers, des cheminots, des commerçants, des adolescents et des hommes âgés. Des habitants sont emmenés en vêtements de nuit. Certains n'ont pas le temps de mettre leurs chaussures. D'autres réussissent seulement à enfiler un manteau par-dessus leur pyjama. Les soldats frappent plusieurs de leurs prisonniers, les poussent dans les rues et les conduisent vers les abords de la voie ferrée. À l'intérieur des maisons, les femmes et les enfants attendent. Ils entendent les ordres, les pas précipités, puis des coups de feu. Ils ne savent pas où leurs proches ont été conduits ni ce qui se déroule au-delà des fenêtres.

Johanna Tréneul-Pattyn : une survivante raconte la peur

Parmi les personnes présentes cette nuit-là se trouve Johanna Pattyn, devenue plus tard Johanna Tréneul. Bien des années après les événements, elle a raconté ce qu'elle avait vécu dans un témoignage recueilli et présenté par la ville de Villeneuve-d'Ascq. Les soldats SS sont entrés deux fois dans sa maison. Lors de leur première intrusion, vers 23 h 30, ils cherchent à emmener Johanna et sa mère. Les deux femmes, d'origine flamande, pensent que les soldats souhaitent peut-être les utiliser comme interprètes. Un détail de son témoignage rappelle combien cette nuit a brutalement interrompu la vie quotidienne. Johanna avait préparé ses cheveux avec des bigoudis parce qu'elle devait retrouver son fiancé le lendemain. Quelques heures auparavant, elle pensait encore à ce rendez-vous. Désormais, des soldats armés se trouvent dans sa maison. Les SS tirent également sur les façades. Une balle perdue manque de l'atteindre à l'intérieur de son domicile. Johanna survit. Le lendemain, alors que des militaires allemands se trouvent encore dans le village, elle fait parvenir une lettre à son fiancé par l'intermédiaire de sa mère. Elle lui demande de ne pas venir à Ascq. Il appartient lui-même à la Résistance, et le danger demeure considérable. Ce témoignage ne décrit pas seulement une opération de représailles. Il montre comment la violence s'est introduite dans l'intimité des foyers, bouleversant en quelques instants les projets les plus simples. La vidéo de son témoignage est accessible sur le site officiel de Villeneuve-d'Ascq.

Dans la gare, Élie Derache tente d'alerter Lille

Pendant que les soldats parcourent le village, une autre scène se déroule dans les locaux de la gare. Élie Derache, employé des chemins de fer, tente de maintenir les communications avec ses collègues de Lille. À 23 h 05, il signale l'explosion, l'endommagement de la voie et le déraillement de plusieurs wagons. Mais la situation se dégrade très rapidement. Vers 23 h 30, il annonce que le chef de gare et lui-même ont été frappés par des militaires. Son supérieur, M. Carré, a été blessé par balle à la cuisse. Dans l'une des communications conservées, il décrit la situation : « Ne pouvons sortir -gare cernée- entendons des détonations. » Cette phrase, consignée par son correspondant à Lille, donne une idée de ce qui se passe alors. Derrière les murs de la gare, l'employé entend les tirs sans pouvoir mesurer immédiatement l'étendue des exécutions. Élie Derache continue pourtant de téléphoner pour demander des secours. Ses échanges avec Lille se prolongent pendant la nuit. Ils constituent aujourd'hui un témoignage historique essentiel, conservé et présenté au Mémorial Ascq 1944.

86 habitants assassinés : les heures les plus sombres d'Ascq

Les soldats SS conduisent leurs prisonniers vers plusieurs lieux d'exécution. Une partie des hommes est abattue dans les rues et aux abords des habitations. D'autres sont regroupés près de la voie ferrée, notamment dans le secteur du Quennelet. Là, les prisonniers sont fusillés par groupes successifs. Les rafales se succèdent. Certains blessés sont achevés d'une balle dans la tête. Aucun élément ne permet d'établir que ces hommes ont participé au sabotage. La répression vise des habitants pris arbitrairement, sans jugement ni recherche individuelle de responsabilité. Le massacre n'est pas une bataille. Il ne s'agit pas davantage d'un affrontement entre résistants et soldats allemands. Ce sont des civils désarmés que l'on assassine.

Des adolescents, des pères de famille et deux prêtres

Parmi les victimes se trouvent plusieurs adolescents de quinze ans. Le plus âgé des habitants assassinés, Pierre Briet, a soixante-quinze ans. Certains hommes travaillent dans les ateliers ferroviaires d'Hellemmes, d'autres dans les commerces, les usines ou les exploitations agricoles des environs. Deux membres du clergé sont également victimes de la violence des SS. L'abbé Gilleron, curé de la paroisse, est assassiné au presbytère avec plusieurs personnes qu'il hébergeait. L'abbé Maurice Cousin, le vicaire, tente d'intervenir pour protéger un voisin. Il est violemment battu par les soldats et succombe à leurs coups. Ces deux morts illustrent la brutalité des opérations menées cette nuit-là. Même les tentatives d'interposition pour protéger des habitants sont réprimées. À mesure que les heures passent, les groupes de prisonniers se succèdent près des lieux d'exécution. Vers 1 h 15 du matin, le dimanche 2 avril, l'intervention de la Feldgendarmerie allemande venue de Lille contribue enfin à interrompre le massacre. Quarante-cinq hommes, appartenant au dernier groupe de prisonniers, échappent ainsi à la mort. Mais le bilan est déjà terrible : 86 habitants ont été assassinés. Onze autres personnes sont blessées. Le massacre laisse derrière lui 75 veuves et 127 orphelins. Ces chiffres ne permettent pourtant pas de mesurer entièrement l'ampleur de la tragédie. Dans un village de quelques milliers d'habitants, presque chaque famille connaît une victime, un blessé ou un proche endeuillé. Tertre des Massacrés à Ascq et lieu de commémoration des 86 victimes du massacre du 2 avril 1944 Source : Wikimedia Commons — Pierre André Leclercq Auteur : Pierre André Leclercq, 2016. Licence CC BY-SA 4.0. Attribution requise et respect du partage à l'identique.

2 avril 1944 : au matin, les familles découvrent l'horreur

Le jour se lève sur Ascq. C'est le dimanche des Rameaux, une fête importante du calendrier chrétien. Mais dans le village, personne ne songe aux célébrations habituelles. Les coups de feu ont cessé. Pourtant, de nombreuses familles n'ont toujours aucune nouvelle des hommes emmenés au cours de la nuit. Peu à peu, des habitants sortent et découvrent les corps. Certains reposent dans les rues. D'autres se trouvent près de la voie ferrée ou dans les terrains où les fusillades ont eu lieu. Les proches recherchent leurs maris, leurs fils, leurs frères et leurs pères. Pour plusieurs familles, l'attente se transforme en certitude tragique. Des hommes qui, quelques heures auparavant, dormaient encore auprès de leurs proches ne reviendront jamais.

Reconnaître les corps et prévenir les familles

Il faut maintenant organiser la relève et l'identification des victimes. Des habitants participent au transport des dépouilles. Les locaux de l'école communale sont utilisés pour les accueillir. Le directeur de l'établissement, Fernand Debruyne, contribue aux opérations. Les moyens disponibles sont rudimentaires et les circonstances particulièrement éprouvantes. L'école devient provisoirement un lieu de recueillement. Pour les familles, il faut identifier les corps, prévenir les parents absents et commencer à organiser les obsèques. Certains enfants découvrent qu'ils viennent de perdre leur père. Plusieurs femmes apprennent que leur mari, leur fils ou d'autres membres de leur famille figurent parmi les morts. À cette douleur s'ajoute l'incertitude : le village est toujours sous occupation allemande, et personne ne sait si de nouvelles arrestations vont suivre. La nouvelle du massacre se propage cependant rapidement dans l'agglomération lilloise.

5 avril 1944 : 20 000 personnes rendent hommage aux victimes

Le mercredi 5 avril, les funérailles des victimes sont célébrées à Ascq. Une foule estimée à 20 000 personnes se rassemble pour leur rendre hommage, malgré la guerre et la surveillance de l'occupant. Les cercueils sont disposés pour une cérémonie collective. Les familles, les habitants et de nombreux représentants du monde ouvrier se retrouvent dans le deuil. L'émotion dépasse les limites du village. Dans les entreprises de la région, des travailleurs observent une minute de silence, interrompent leur activité ou consacrent une partie de leur salaire au soutien des familles. D'après les archives policières citées par la Fondation de la Résistance, plus de 7 000 salariés de 38 usines de l'agglomération lilloise cessent le travail pendant une partie de la cérémonie. Cette mobilisation montre que le massacre d'Ascq est immédiatement perçu comme un drame touchant l'ensemble de la région. Il devient aussi un symbole de la résistance morale de la population face aux violences de l'Occupation.

La division SS Hitlerjugend : une jeunesse formée à la guerre et à l'idéologie nazie

Les soldats responsables du massacre appartiennent à la 12e division blindée SS « Hitlerjugend », créée en 1943. Cette formation militaire recrute notamment de jeunes Allemands issus des Jeunesses hitlériennes, organisation qui a joué un rôle central dans l'endoctrinement de la jeunesse sous le régime nazi. Les nouvelles recrues, dont beaucoup ont dix-sept ou dix-huit ans, sont encadrées par des officiers et sous-officiers expérimentés de la Waffen-SS. L'unité est préparée à participer aux combats qui s'annoncent sur le front occidental. Mais son histoire ne se résume pas à ses engagements militaires.

Une violence qui se poursuivra après le Débarquement

Le massacre d'Ascq précède de seulement deux mois le Débarquement allié du 6 juin 1944 en Normandie. Quelques semaines après avoir traversé Ascq, la division Hitlerjugend participe aux combats contre les forces alliées. Des soldats de cette division commettent également des crimes contre des prisonniers de guerre, notamment des militaires canadiens capturés en Normandie. Ces exactions font l'objet d'enquêtes et de procédures judiciaires après la guerre. Le parcours de la division illustre les conséquences de l'endoctrinement idéologique, de la brutalisation des combattants et du mépris des lois de la guerre. Il faut toutefois distinguer les responsabilités individuelles, les ordres donnés et les crimes effectivement établis par les enquêtes. Ascq montre en particulier comment une unité militaire peut transformer un acte de sabotage en prétexte à des représailles meurtrières contre une population civile.

Le sort tragique des résistants d'Ascq

Les résistants à l'origine du sabotage ne sont pas retrouvés pendant le massacre. Leur objectif initial était d'endommager les communications militaires allemandes, non de provoquer une attaque contre les habitants du village. Mais plusieurs membres du groupe sont arrêtés dans les semaines qui suivent. Le 7 juin 1944, des résistants d'Ascq sont exécutés au fort de Seclin, près de Lille, après avoir été condamnés par un tribunal allemand. Leur sort rappelle la violence de la répression menée contre la Résistance française. Il rappelle aussi la distinction fondamentale entre l'action de sabotage dirigée contre une infrastructure utilisée par l'occupant et les représailles collectives commises contre des habitants innocents. D'autres massacres frapperont les populations civiles françaises au cours de l'année 1944. Le plus connu demeure celui d'Oradour-sur-Glane, le 10 juin 1944, perpétré par des hommes de la division SS Das Reich. Les deux tragédies possèdent leurs circonstances propres, mais elles témoignent de la violence des crimes commis contre les populations civiles dans la France occupée.

1949 : les responsables du massacre d'Ascq devant la justice

La Libération ne met pas fin à la souffrance des familles. Après la guerre, une nouvelle bataille commence : celle de l'identification des responsables et de leur jugement. Il faut retrouver les anciens membres de l'unité, recueillir les témoignages des survivants et établir le rôle de chaque accusé. En 1949, neuf anciens soldats allemands sont traduits devant le tribunal militaire de Lille. Parmi eux figure Walter Hauck, l'officier SS dont les hommes ont participé aux représailles. Le procès constitue un événement majeur pour les familles d'Ascq, qui attendent depuis cinq ans que les responsabilités soient reconnues.

Des condamnations à mort, puis des libérations

Le 6 août 1949, le tribunal condamne huit accusés à mort et un neuvième à quinze ans de travaux forcés. Le jugement s'appuie notamment sur la loi du 15 septembre 1948, appelée loi « Ascq-Oradour », qui avait introduit un mécanisme particulier de responsabilité collective pour certains crimes de guerre. Cette disposition est abrogée le 30 janvier 1953. Les condamnations prononcées dans l'affaire d'Ascq connaissent ensuite plusieurs révisions et commutations de peine. En juillet 1955, six des neuf condamnés sont remis en liberté après des réductions de peine successives. Walter Hauck, dont la condamnation à mort a été transformée en travaux forcés à perpétuité, demeure alors emprisonné. Il est finalement libéré en 1957. Pour une partie des familles, ces décisions constituent une profonde déception. Le contraste entre les 86 vies perdues et les peines finalement exécutées nourrit un sentiment d'injustice durable. Dans le contexte de l'après-guerre et du rapprochement franco-allemand, la question de la sanction des anciens criminels nazis demeure particulièrement sensible. L'affaire d'Ascq rappelle ainsi que la justice d'après-guerre ne se limite pas au prononcé des condamnations : elle concerne aussi leur application, la reconnaissance des victimes et la transmission de la vérité historique.

Villeneuve-d'Ascq : une ville qui a choisi de préserver le souvenir

Au fil des années, Ascq se reconstruit. Les maisons retrouvent leurs habitants, les activités reprennent et de nouvelles générations grandissent dans le village. Mais la nuit du 1er au 2 avril 1944 demeure présente dans la mémoire locale. Les noms des victimes sont gravés sur des monuments. Les familles transmettent leurs souvenirs. Chaque année, les commémorations rappellent ce qui s'est produit pendant la nuit des Rameaux. L'un des principaux lieux de mémoire est le Tertre des Massacrés, aménagé près des lieux d'exécution. Ce site permet aujourd'hui de mesurer la proximité entre le village, la voie ferrée et les endroits où les habitants furent assassinés. Bâtiment du Mémorial Ascq 1944 consacré aux victimes de la répression nazie à Villeneuve-d'Ascq Source : Wikimedia Commons — Jiel Beaumadier Auteur : Jiel Beaumadier, 2006. Licence CC BY-SA 3.0. Attribution obligatoire et partage à l'identique des adaptations.

1970 : le nom d'Ascq entre dans celui de la nouvelle ville

Le 25 février 1970, les communes d'Ascq, d'Annappes et de Flers-lez-Lille fusionnent. La nouvelle commune prend le nom de Villeneuve-d'Ascq. Ce choix permet notamment de conserver la mémoire du village martyr dans l'identité de la nouvelle ville. Il constitue un hommage durable aux habitants assassinés en 1944. Alors que d'autres noms avaient été envisagés, la référence à Ascq rappelle désormais cette histoire à chaque évocation de la commune.

Un mémorial qui fait entendre les voix du passé

Le Mémorial Ascq 1944, dans sa forme muséale actuelle inaugurée en 2005, accueille les visiteurs à proximité du Tertre des Massacrés. Il présente des documents d'archives, des témoignages, des photographies et des objets permettant de comprendre le déroulement des événements. L'un des dispositifs les plus marquants permet d'écouter une reconstitution sonore des communications d'Élie Derache avec Lille. Le dialogue est interprété par des comédiens à partir des échanges téléphoniques consignés pendant la nuit. En entendant ces messages, le visiteur découvre progressivement comment la situation s'est aggravée et comment les employés de la gare ont tenté d'obtenir des secours. Le musée conserve également une place importante pour la mémoire des familles. En 2019, à l'occasion du 75e anniversaire du massacre, la ville de Villeneuve-d'Ascq a recueilli et diffusé des témoignages d'enfants de victimes. Ces récits offrent une autre perspective sur le drame : celle des enfants qui ont grandi avec l'absence d'un père, et parfois avec les souvenirs précis de cette nuit. En 2025, le documentaire « Ascq 44, les martyrs du Nord », réalisé par Germain et Robin Aguesse, a également donné la parole à plusieurs témoins qui étaient enfants au moment des faits. Ces initiatives contribuent à préserver une mémoire dont les derniers témoins directs deviennent de plus en plus rares. Entrée du Mémorial Ascq 1944 à Villeneuve-d'Ascq lieu de mémoire et de transmission du massacre des 86 habitants Source : Wikimedia Commons — Pierre André Leclercq Auteur : Pierre André Leclercq, 2021. Licence CC BY-SA 4.0. Attribution requise et partage à l'identique des adaptations.

Ascq, 82 ans après : derrière les 86 noms, des vies et des familles

Aujourd'hui, lorsque l'on évoque le massacre d'Ascq, un chiffre revient immédiatement : 86. Quatre-vingt-six victimes. Quatre-vingt-six hommes assassinés dans la nuit du 1er au 2 avril 1944. Mais derrière ce chiffre se trouvent des existences qui auraient dû se poursuivre. Un adolescent qui aurait pu grandir, fonder une famille et vieillir dans son village. Un cheminot qui aurait repris le travail le lundi suivant. Un père dont les enfants ont attendu le retour pendant des heures. Un prêtre qui a voulu protéger son prochain. Et, dans les maisons, des femmes qui ont dû apprendre à vivre avec une absence définitive. Les témoignages permettent de retrouver cette dimension humaine que les statistiques historiques ne peuvent pas entièrement restituer. Celui de Johanna Tréneul-Pattyn nous rappelle que quelques heures avant le massacre, de jeunes habitants d'Ascq pensaient encore à leurs rendez-vous, à leurs projets et à leur avenir. Celui d'Élie Derache nous fait entendre l'urgence d'une nuit pendant laquelle des hommes ont cherché à prévenir les autorités et à obtenir des secours. Les souvenirs recueillis auprès des enfants de victimes montrent enfin que le massacre n'a pas pris fin avec les derniers coups de feu. Il s'est prolongé dans la vie des familles, dans les années d'absence, dans les souvenirs et dans les interrogations laissées par la justice d'après-guerre. Plus de huit décennies ont passé. Les maisons ont changé, les rues ont été transformées et Ascq fait désormais partie d'une grande ville. Pourtant, à proximité de l'ancienne voie ferrée, les monuments et le mémorial continuent de rappeler les événements de cette nuit. Le massacre d'Ascq n'est pas seulement une page douloureuse de l'histoire du Nord. C'est un crime de guerre dont le souvenir appartient à l'histoire nationale, à celle des violences de l'Occupation et à celle des populations civiles frappées par la terreur nazie. Préserver cette mémoire, ce n'est pas seulement rappeler les faits. C'est aussi redonner une place à celles et ceux dont l'existence a été brutalement interrompue, et transmettre aux générations futures les conséquences humaines de la guerre. À Ascq, chaque 2 avril, le souvenir des victimes rappelle une vérité essentielle : derrière les grandes dates de l'Histoire, il y a toujours des hommes, des femmes et des enfants qui l'ont vécue.

Sources et références historiques

  • Fondation de la Résistance : Musée de la Résistance en ligne — Le massacre d'Ascq, contexte et déroulement
  • Ville de Villeneuve-d'Ascq : Témoignage de Johanna Tréneul-Pattyn
  • Ville de Villeneuve-d'Ascq : Communications téléphoniques d'Élie Derache dans la nuit du massacre
  • Ville de Villeneuve-d'Ascq : Brochure historique du 75e anniversaire du massacre d'Ascq, 2019
  • Fondation de la Résistance : Archives des funérailles du 5 avril 1944
  • Presse historique : Le Monde, 28 juillet 1955 — Libération de six condamnés du massacre d'Ascq
  • Ressources audiovisuelles : Mémorial Ascq 1944 — Témoignages filmés et documentation
  • Mémoire des victimes : Geneanet — Les victimes et les archives du massacre d'Ascq
  • Ouvrage historique : Jacqueline Duhem, Ascq 1944. Un massacre dans le Nord. Une affaire franco-allemande, Les Lumières de Lille, 2014.
  • Encyclopédie : Wikipédia — Massacre d'Ascq
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