25 juin 1928 : Disparition du Franc Germinal

Le 25 juin 1928 marque la fin officielle du franc germinal, une monnaie emblématique qui a traversé plus d’un siècle d’histoire française, incarnant stabilité.

🗓️ 25 juin 2025 📁 Vie et Sociétés

Le 25 juin 1928 marque une date capitale dans l’histoire monétaire française : la fin officielle du franc germinal, cette monnaie née en 1803 sous le Consulat et longtemps considérée comme l’un des piliers de la stabilité économique française. Après plus d’un siècle d’existence, la Première Guerre mondiale, l’endettement, l’inflation et les crises budgétaires ont eu raison de l’ancien franc-or. Avec la stabilisation menée par Raymond Poincaré, la France ne supprime pas le franc, mais elle enterre définitivement sa valeur germinale.

25 juin 1928 : Disparition du Franc Germinal
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25 juin 1928 : la fin officielle du franc germinal

Une date qui clôt plus d’un siècle d’histoire monétaire

Le 25 juin 1928, la France adopte une loi de stabilisation monétaire qui fixe une nouvelle valeur du franc. Ce texte consacre la naissance de ce que l’on appelle couramment le franc Poincaré, du nom de Raymond Poincaré, alors président du Conseil et ministre des Finances. Cette réforme ne crée pas une monnaie entièrement nouvelle dans les usages quotidiens : les Français continuent de parler de francs, de payer en francs, de compter leurs salaires et leurs loyers en francs.

Pourtant, sur le plan historique et symbolique, le changement est immense. Le franc n’a plus la même valeur métallique que le franc germinal instauré sous Bonaparte. L’ancien franc, défini par un poids précis d’argent et indirectement d’or, avait été associé pendant des décennies à la solidité financière de la France. En 1928, cette référence appartient au passé.

La “disparition” du franc germinal doit donc être comprise comme une disparition de sa parité, de son étalon et de son prestige. La monnaie conserve son nom, mais elle ne repose plus sur la même promesse. C’est un peu comme si l’enveloppe était restée identique tandis que son contenu avait profondément changé.

Le franc germinal, une création du Consulat

Le franc germinal naît avec la loi du 7 germinal an XI, soit le 28 mars 1803, sous le Consulat de Napoléon Bonaparte. Cette loi donne à la monnaie française une base solide après les désordres financiers de la Révolution, les assignats et la méfiance envers le papier-monnaie.

Le système repose sur une définition métallique : le franc correspond à 5 grammes d’argent à 900 millièmes, soit 4,5 grammes d’argent fin. Le rapport entre l’or et l’argent est fixé autour de 15,5 pour 1. Cette organisation donne naissance à une monnaie réputée stable, lisible, crédible et acceptée.

Cette réforme monétaire s’inscrit dans la grande œuvre de réorganisation napoléonienne, aux côtés du Code civil, de la Banque de France, des lycées, des préfets et de la Légion d’honneur. Bonaparte veut remettre de l’ordre dans un pays marqué par les turbulences révolutionnaires. La monnaie devient un instrument de confiance publique.

À une époque où les échanges reposent encore largement sur les pièces métalliques, cette stabilité est essentielle. Le franc germinal permet de payer, d’épargner, de commercer et d’investir avec une référence relativement claire. Pendant une grande partie du XIXe siècle, il accompagne l’essor économique de la France.

Pourquoi le franc germinal est devenu une monnaie mythique

Une monnaie associée à la stabilité

Le franc germinal doit sa réputation à sa longévité. De 1803 à 1914, malgré les changements de régimes politiques, il traverse l’Empire, la Restauration, la Monarchie de Juillet, la Deuxième République, le Second Empire et la Troisième République. Peu de créations napoléoniennes ont connu une telle continuité.

Cette permanence donne au franc germinal une dimension presque sacrée. Les gouvernements passent, les rois tombent, les empereurs disparaissent, les républiques se succèdent, mais la monnaie reste. Elle donne aux Français l’impression d’une stabilité supérieure aux crises politiques.

Dans les campagnes, les pièces d’or et d’argent inspirent davantage confiance que les billets. Le fameux napoléon de 20 francs, pièce d’or emblématique, devient un symbole d’épargne familiale. On le conserve dans les armoires, les bas de laine ou les coffres. Il représente la sécurité, la prudence et la transmission.

Une formule souvent répétée en économie résume cette réalité : la monnaie est d’abord une affaire de confiance. Le franc germinal a précisément réussi à incarner cette confiance pendant plus d’un siècle.

Un instrument de puissance économique

Le franc germinal ne sert pas seulement à acheter du pain, du vin ou des terres. Il devient aussi un outil de puissance internationale. Au XIXe siècle, la stabilité monétaire favorise les emprunts, les investissements, le commerce et l’expansion financière française.

La France participe notamment à l’Union latine, créée en 1865, avec des pays comme la Belgique, la Suisse et l’Italie. L’objectif est d’harmoniser les monnaies autour de références métalliques communes. Cette expérience montre l’influence du modèle français, même si elle finira par être fragilisée par les tensions entre l’or, l’argent et les politiques nationales.

Le franc germinal appartient donc à une époque où la valeur monétaire semble pouvoir être garantie par le métal. Dans l’imaginaire collectif, l’or et l’argent paraissent plus solides que les promesses des gouvernements. Cette vision sera profondément ébranlée par le XXe siècle.

La Première Guerre mondiale, le choc qui brise l’ancien équilibre

1914 : la fin de la stabilité réelle

Le véritable tournant intervient en 1914. Lorsque la Première Guerre mondiale éclate, l’État français doit financer un effort militaire gigantesque. Les dépenses explosent. Il faut payer les soldats, produire des armes, soutenir les familles, reconstruire les régions détruites et emprunter massivement.

Dans ce contexte, la convertibilité réelle du franc en métal devient impossible à maintenir. L’État recourt davantage à l’emprunt et à la création monétaire. Les billets circulent plus largement. L’inflation progresse. Le franc germinal, même s’il demeure une référence officielle, perd progressivement sa substance.

Cette situation n’est pas propre à la France. La guerre bouleverse toutes les économies européennes. L’Allemagne, l’Autriche, la Russie ou le Royaume-Uni connaissent aussi de profondes tensions monétaires. Le conflit marque la fin d’un monde : celui de la stabilité de la Belle Époque, des monnaies-or et de la confiance dans un ordre économique durable.

L’après-guerre : dettes, inflation et franc affaibli

Après 1918, la France sort victorieuse mais épuisée. Des régions entières du Nord et de l’Est sont dévastées. Les finances publiques sont fragiles. L’État compte sur les réparations allemandes, mais celles-ci arrivent difficilement et ne suffisent pas à résoudre les problèmes budgétaires.

Le franc se déprécie sur les marchés. Les prix augmentent. Les épargnants s’inquiètent. La monnaie qui avait symbolisé la stabilité pendant plus d’un siècle devient un sujet d’angoisse nationale. Les Français voient la valeur de leurs économies diminuer. Les rentiers, très nombreux dans la société française d’avant 1914, sont particulièrement touchés.

Cette crise monétaire a aussi une dimension morale. Pour beaucoup, toucher au franc germinal revient à rompre un pacte ancien. La monnaie n’est pas seulement un outil économique : elle est un repère social. Lorsqu’elle perd sa valeur, c’est tout un ordre de confiance qui se fissure.

Raymond Poincaré et la stabilisation de 1928

Le retour d’un homme de rigueur

Raymond Poincaré revient au pouvoir en 1926 dans un contexte de crise financière aiguë. Le franc est attaqué, la confiance s’effondre, les capitaux s’inquiètent. Poincaré incarne alors la rigueur, le sérieux budgétaire et le patriotisme financier.

Son gouvernement mène une politique destinée à restaurer la confiance : réduction des déficits, hausse de certaines recettes, stabilisation monétaire et volonté de rassurer les marchés. Cette politique n’est pas sans sacrifices. Elle implique d’accepter que le franc ne retrouvera pas sa valeur d’avant-guerre.

C’est là que se joue le drame symbolique du 25 juin 1928. Poincaré sauve le franc, mais pas le franc germinal. Il stabilise la monnaie à une valeur bien inférieure à celle de 1914. Le franc Poincaré représente environ un cinquième de l’ancien franc-or. Autrement dit, la France choisit la stabilité au prix d’une forte dévaluation.

Une réforme réaliste mais douloureuse

La loi du 25 juin 1928 met fin aux illusions. Elle reconnaît que le retour pur et simple au franc germinal serait trop coûteux pour l’économie française. Réévaluer le franc à son ancienne valeur aurait provoqué une déflation brutale, pesé sur les salaires, les prix, les dettes et l’activité.

La stabilisation Poincaré est donc un compromis. Elle restaure une forme de confiance, mais elle officialise la perte subie depuis la guerre. Les épargnants qui avaient conservé des francs papier voient confirmée la diminution de leur pouvoir d’achat. Les détenteurs d’or, en revanche, ont mieux protégé leur richesse.

Cette réforme montre une vérité essentielle : une monnaie peut garder son nom tout en changeant profondément de nature. Le franc de 1928 n’est plus celui de 1803. Il appartient à un monde nouveau, marqué par les banques centrales, les marchés internationaux, les changes, les dettes publiques et les politiques économiques modernes.

Les conséquences à long terme de la disparition du franc germinal

La fin d’une illusion monétaire

La disparition du franc germinal marque la fin d’une croyance : celle d’une monnaie presque immuable, garantie par le métal et protégée des secousses de l’histoire. Le XXe siècle démontre que la guerre, les déficits et les choix politiques peuvent transformer radicalement la valeur d’une devise.

Cette leçon reste actuelle. Les monnaies modernes ne reposent plus sur un poids d’or ou d’argent, mais sur la confiance dans les États, les banques centrales et la stabilité économique. Le franc germinal appartient à l’ancien monde métallique ; le franc Poincaré annonce déjà l’ère des monnaies administrées.

Cette évolution ne signifie pas que la monnaie moderne soit forcément plus fragile. Elle signifie qu’elle repose sur d’autres fondements : la crédibilité budgétaire, la politique monétaire, la croissance, la stabilité institutionnelle et la confiance collective.

Un traumatisme pour les épargnants français

La dévaluation de 1928 laisse une trace profonde dans la mémoire économique française. Elle nourrit une méfiance durable envers l’inflation et les manipulations monétaires. Dans de nombreuses familles, l’or reste longtemps perçu comme une valeur refuge. Le napoléon de 20 francs conserve une aura particulière, bien au-delà de sa valeur numismatique.

Cette mémoire explique en partie l’attachement français à la monnaie forte au XXe siècle. Le traumatisme du franc germinal affaibli, puis les dévaluations successives du franc au cours du XXe siècle, alimentent une culture de prudence monétaire. Lorsque le nouveau franc est créé en 1960, puis lorsque l’euro remplace le franc en 2002, ces souvenirs anciens continuent d’habiter les débats.

L’histoire du franc germinal n’est donc pas une simple affaire de spécialistes. Elle touche à la vie quotidienne : salaires, économies, héritages, loyers, prix du pain, dettes et confiance dans l’avenir.

Une disparition plus symbolique que visible

Les Français ne changent pas brutalement de monnaie

Le 25 juin 1928, les Français ne se réveillent pas avec une nouvelle monnaie dans leur porte-monnaie. Il n’y a pas de rupture spectaculaire comme lors du passage du franc à l’euro. Le changement est plus discret, mais plus profond.

Dans les commerces, les prix restent exprimés en francs. Les billets et les pièces continuent de circuler. La vie quotidienne ne bascule pas du jour au lendemain. Pourtant, dans les textes, dans les réserves, dans les marchés financiers et dans la mémoire économique, une page est tournée.

C’est ce qui rend cette date si intéressante : elle montre qu’un événement monétaire majeur peut être presque invisible pour une partie de la population. La monnaie change d’âme avant de changer d’apparence.

Le franc germinal comme mythe national

Après 1928, le franc germinal devient peu à peu un mythe. Il représente la monnaie saine, le temps de la stabilité, l’âge d’or supposé de l’épargne et de la discipline financière. Comme tous les mythes, cette image simplifie la réalité. Le XIXe siècle a lui aussi connu des crises, des inégalités et des tensions économiques.

Mais le mythe a sa force. Il permet de comprendre ce que les sociétés attendent d’une monnaie : non seulement un moyen de paiement, mais aussi une promesse de durée. Le franc germinal a incarné cette promesse pendant plus de cent ans. Sa disparition officielle en 1928 marque donc bien plus qu’une opération technique : elle symbolise l’entrée de la France dans une modernité monétaire plus instable, plus politique et plus internationale.

Le franc germinal, une monnaie morte mais une leçon toujours vivante

La disparition du franc germinal le 25 juin 1928 n’est pas seulement une date d’histoire économique. Elle raconte le passage d’un monde à un autre : du franc métallique né sous Bonaparte au franc stabilisé par Poincaré, du XIXe siècle de l’or et de l’argent au XXe siècle des dettes, des crises et des banques centrales.

Cette réforme fut à la fois un renoncement et un sauvetage. Elle enterra l’ancien franc, mais permit de rétablir une confiance minimale dans la monnaie française. Elle rappela surtout qu’une devise n’est jamais seulement une pièce, un billet ou un chiffre : elle est un contrat fragile entre l’État, l’économie et les citoyens.

Le franc germinal a disparu, mais la question qu’il pose demeure actuelle : que vaut une monnaie lorsque la confiance vacille ?

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