Le site dédié aux passionnés de culture !

Oskar Schindler : l’industriel nazi qui sauva 1200 Juifs pendant la Shoah

🗓️ 26/11/2025 · 👁️‍🗨️ 11 vues

Oskar Schindler, industriel allemand membre du parti nazi, est aujourd’hui reconnu comme l’un des Justes parmi les nations pour avoir sauvé la vie de plus de 1200 Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale. Son parcours, entre intérêt personnel et réveil moral, incarne l’un des paradoxes les plus bouleversants du XXe siècle. Comment un homme ayant profité du système nazi a-t-il risqué sa vie pour sauver ceux que le régime voulait exterminer ? Retour sur un destin hors du commun, rendu célèbre par le film La Liste de Schindler.

L’ascension d’un opportuniste

Oskar Schindler naît en 1908 à Zwittau, en Moravie (actuelle République tchèque), au sein d’une famille d’industriels allemands. Homme d’affaires charismatique, bon vivant, amateur de fêtes, il rejoint le parti nazi en 1939, plus par opportunisme que par idéologie.

L’arrivée en Pologne

Lorsque l’Allemagne envahit la Pologne, Schindler se rend à Cracovie, où il reprend une usine d’émaillage confisquée à un Juif. Baptisée Deutsche Emailwarenfabrik (Emalia), elle produit des ustensiles de cuisine pour l’armée allemande.

Il y emploie alors de la main-d’œuvre juive, issue du ghetto de Cracovie, profitant de leur faible coût. À cette époque, Schindler est vu comme un profiteur de guerre.

Mais la réalité du régime nazi va progressivement le transformer.

La Shoah en Pologne : de l’exploitation à l’extermination

En 1942, la politique nazie passe de la discrimination à l’extermination systématique. Les ghettos sont liquidés, les Juifs déportés vers des camps de la mort comme Auschwitz ou Belzec.

La liquidation du ghetto de Cracovie

Schindler assiste, horrifié, à la brutale évacuation du ghetto orchestrée par Amon Göth, commandant du camp de Plaszów, connu pour ses actes de cruauté. Des centaines de Juifs sont abattus dans les rues, d’autres envoyés vers une mort certaine.

Un survivant témoignera :
"Il n’a plus regardé les Juifs comme des ouvriers. Il les a vus comme des hommes."

Le basculement : sauver plutôt que profiter

Face à cette barbarie, Schindler décide de protéger ses ouvriers à tout prix. Il les déclare "essentiels à l’effort de guerre", afin de les soustraire aux déportations.

Corruption et ruse

Il soudoye les officiers SS, offre des cigares, du cognac, des cadeaux de luxe. Il monte une véritable entreprise de sauvetage, masquée sous les apparences d’une usine militaire. Chaque travailleur sauvé coûte une fortune en pots-de-vin, mais il continue.

La liste de Schindler

En 1944, alors que l’avancée soviétique pousse les nazis à fermer les camps, Schindler reçoit l’ordre de transférer son usine vers le Protectorat de Bohême-Moravie (actuelle Tchéquie).

Il dresse alors, avec l’aide de son comptable juif Itzhak Stern, une liste de 1200 noms : hommes, femmes, enfants. Cette liste deviendra célèbre : la Liste de Schindler.

Les personnes figurant sur cette liste sont envoyées vers Brünnlitz, où Schindler installe une fausse usine d’armement, qui ne produit pratiquement rien, mais protège ses "ouvriers" jusqu’à la fin de la guerre.

Après la guerre : oubli, ruine, reconnaissance tardive

En mai 1945, à la chute du Troisième Reich, Schindler fuit avec sa femme Emilie en Autriche, puis en Argentine. Il a tout perdu. Sans revenus, il vivra de petits métiers, dépendant de l’aide de ceux qu’il a sauvés.

Les "Schindlerjuden" ne l’oublient pas

Les survivants, surnommés les Schindlerjuden, ne cesseront de témoigner en sa faveur. En 1963, il est reconnu Juste parmi les Nations par le mémorial Yad Vashem à Jérusalem.

Il est l’un des rares Allemands nazis à être honoré de cette manière.

À sa mort en 1974, Oskar Schindler est enterré à Jérusalem, au cimetière catholique du Mont Sion, selon sa volonté :
"Ma vie appartient à ceux que j’ai sauvés."

Un destin immortalisé par le cinéma

En 1993, le réalisateur Steven Spielberg adapte l’histoire dans un film bouleversant, La Liste de Schindler, inspiré du roman de Thomas Keneally.

Un choc mondial

Le film, tourné en noir et blanc, avec Liam Neeson dans le rôle de Schindler, reçoit 7 Oscars, dont meilleur film et meilleur réalisateur. Il fait découvrir à des millions de spectateurs le visage humain de la résistance morale au cœur de la barbarie nazie.

Une scène est restée gravée dans les mémoires : Schindler, effondré, réalisant qu’il aurait pu sauver davantage de vies :
"Cette bague… j’aurais pu sauver un homme de plus."

Oskar Schindler : un Juste complexe

Le cas de Schindler interroge. Peut-on être à la fois nazi et sauveur ? Son parcours montre que l’homme n’est jamais figé, que la morale peut surgir même dans les circonstances les plus corrompues.

Schindler n’a jamais prétendu être un héros. Il était faillible, parfois égoïste, mais il a agi, quand tant d'autres ont regardé ailleurs.

Comme le résume un ancien ouvrier :
"Il nous a donné notre vie. Et dans cette vie, il a inscrit son nom pour toujours."

Un message universel de courage

Oskar Schindler ne fut pas un résistant au sens militaire. Il ne portait pas d’arme. Son combat fut celui de la conscience, du courage civil. Il a compris que chaque vie compte, et qu’on peut faire la différence, même dans l’enfer.

Son histoire reste un modèle moral : celui d’un homme qui a fait le bien, dans un monde où régnaient l’inhumanité et la terreur.