En novembre 2018, dans un village allemand, un vieillard de 96 ans dédicace des photographies le représentant en uniforme SS. Devant lui, des admirateurs de l'idéologie nazie l'écoutent raconter son passé. Cet homme s'appelle Karl Münter. Soixante-neuf ans auparavant, un tribunal militaire français l'avait condamné à mort pour sa participation au massacre d'Ascq, où 86 civils furent assassinés dans la nuit du 1er au 2 avril 1944. Pourtant, il n'a jamais purgé sa peine. Devenu un membre respecté d'une association culturelle locale et une figure admirée dans certains cercles néonazis, il affirme à la télévision allemande ne rien regretter. Son histoire révèle l'un des épisodes les plus douloureux de la longue quête de justice menée par les familles des victimes.
2018, en Allemagne : un ancien SS accueilli comme un invité d'honneur
Nous sommes le 8 novembre 2018, à Fretterode, un petit village de Thuringe, dans le centre de l'Allemagne. Dans une propriété privée, près d'une centaine de militants d'extrême droite se sont réunis pour écouter un homme âgé de presque 96 ans. Certains sont venus de loin. D'autres souhaitent repartir avec une photographie dédicacée. Le vieil homme est Karl Münter, ancien sous-officier de la Waffen-SS. Il raconte son expérience militaire, montre des photographies de sa jeunesse et signe des autographes. Ses admirateurs lui ont préparé un album de souvenirs consacré à son passé dans les unités SS. La réunion se déroule chez Thorsten Heise, alors vice-président du parti néonazi allemand NPD, connu pour ses activités au sein des milieux d'extrême droite radicale. Pour les personnes présentes, Münter représente une figure historique qu'elles souhaitent honorer. Pourtant, cet homme a été condamné à mort par la justice française pour sa participation au massacre d'Ascq, dans le Nord, pendant la Seconde Guerre mondiale . En avril 1944, des soldats de son unité ont assassiné 86 civils après le sabotage d'une voie ferrée par la Résistance. Le condamné n'a jamais effectué sa peine. Soixante-quatorze ans après les événements, le contraste entre cette réception et le souvenir des victimes est saisissant. L'épisode est documenté par une enquête des journalistes allemands Robert Bongen, Julian Feldmann et Fabienne Hurst, diffusée le 29 novembre 2018 dans l'émission Panorama, sur la chaîne publique ARD.Des photographies dédicacées et des admirateurs
Au cours de la réunion, Karl Münter signe des photographies le représentant jeune, vêtu de son uniforme SS. Les organisateurs lui ont préparé un album contenant des images d'anciens responsables nazis et des dédicaces de sympathisants. Selon les journalistes de Panorama, l'ancien militaire reçoit ensuite régulièrement des lettres d'admirateurs réclamant une signature. Dans ces cercles extrémistes, son passé n'est pas considéré comme un motif de condamnation morale. Il contribue au contraire à la fascination exercée par le vieil homme. Cette admiration n'est toutefois pas représentative de la société allemande. Elle concerne des milieux néonazis qui cherchent à entretenir une mémoire favorable au national-socialisme. Pour les descendants des victimes d'Ascq, l'existence même de ces hommages est profondément choquante. Comment un homme condamné pour un crime de guerre peut-il être présenté comme un modèle ? Et comment a-t-il pu traverser les décennies sans jamais purger la peine prononcée contre lui ? Pour comprendre cette histoire, il faut revenir au lendemain de la guerre.1949 : Karl Münter est condamné à mort par un tribunal français
Le 2 août 1949, au palais de justice de Lille, s'ouvre le procès de dix-sept anciens membres de la 12e division blindée SS Hitlerjugend, accusés d'avoir participé au massacre d'Ascq. Le crime a été commis dans la nuit du 1er au 2 avril 1944. Après le déraillement partiel d'un train militaire, des soldats SS ont pénétré dans les maisons du village, arrêté des habitants puis assassiné 86 civils désarmés. Les événements, les noms des victimes et les témoignages des familles sont aujourd'hui largement documentés. Le procès de Lille représente un moment décisif pour les survivants. Cinq années ont passé depuis le massacre, et les familles attendent que les responsabilités soient établies. Karl Münter figure parmi les accusés. Mais il ne se présente pas devant le tribunal. Comme sept autres anciens SS recherchés, il est jugé par contumace, c'est-à-dire en son absence. Le 6 août 1949, le tribunal militaire de Lille le condamne à mort. Cette condamnation ne sera jamais exécutée.Une peine prononcée, mais jamais appliquée
Après la guerre, Karl Münter se trouve en Allemagne. La justice française ne parvient pas à obtenir sa remise aux autorités françaises. Il échappe ainsi à l'exécution de la peine prononcée contre lui. Pendant les décennies qui suivent, il poursuit son existence en Basse-Saxe, dans le nord de l'Allemagne. Installé à Nordstemmen, près de Hildesheim et de Hanovre, il travaille notamment comme peintre en bâtiment. Il participe aussi à la vie locale, en particulier à des activités consacrées au patrimoine régional et à la culture du nord de l'Allemagne. L'ancien militaire vit donc une existence relativement ordinaire dans une petite commune. Pendant ce temps, à Ascq, des enfants grandissent sans leur père. Des veuves vieillissent avec le souvenir de cette nuit d'avril 1944. La condamnation de Karl Münter demeure inscrite dans les archives judiciaires françaises, mais lui-même n'est pas incarcéré pour le massacre. Le 6 août 1969, vingt ans après son jugement, sa peine est considérée comme prescrite en droit français, selon les règles alors applicables. Le temps a produit une situation paradoxale : la condamnation existe, mais sa sanction n'a pas été exécutée.
Source : Wikimedia Commons — Funérailles des massacrés d'Ascq, 5 avril 1944
Photographie historique. Auteur non identifié. Fichier présenté comme relevant du domaine public dans l'Union européenne selon sa notice Wikimedia Commons, sous réserve du maintien de l'anonymat de l'auteur.
Un ancien SS dont le rôle exact intéresse encore les historiens
Karl Münter avait 21 ans au moment du massacre d'Ascq. Il appartenait à la 12e division SS Hitlerjugend, formation militaire constituée notamment de jeunes recrues issues des Jeunesses hitlériennes et encadrée par des militaires expérimentés de la Waffen-SS. L'unité avait été créée en 1943 dans le contexte de la préparation des combats qui allaient bientôt se dérouler en Europe occidentale. Karl Münter avait déjà connu la guerre avant son passage à Ascq. Dans les documents militaires et judiciaires, son identité apparaît parfois sous différentes formes, notamment Heinz Münter ou Karl Heinz Münter. La presse contemporaine le désigne généralement sous le nom de Karl Münter.Que faisait-il exactement pendant le massacre ?
La question a longtemps occupé les enquêteurs et les historiens. Les archives de la justice militaire française, étudiées notamment par l'historienne Jacqueline Duhem, permettent d'établir que Münter n'était pas un simple soldat sans responsabilité dans son unité. Lors d'un interrogatoire réalisé le 12 février 1948, l'officier SS Hauck indique qu'une section était placée sous les ordres de Münter. Au procès de Lille, en août 1949, un autre ancien SS apporte un élément supplémentaire. Il raconte avoir remis son pistolet à Münter, à la demande de ce dernier, avant d'être envoyé chercher une autre arme. Ce témoignage est important, mais il possède aussi ses limites. Il ne permet pas, à lui seul, de démontrer que Münter a personnellement tiré sur les civils assassinés. D'autres documents attestent sa présence dans le village et sa participation à des opérations menées pendant la nuit, notamment dans le secteur de la gare. Il faut donc distinguer plusieurs faits : son appartenance à l'unité responsable du massacre, sa présence sur les lieux, les actes évoqués par les témoins et la question précise de sa participation personnelle aux fusillades. Cette dernière n'a pas pu être entièrement éclaircie par un nouveau procès. En 2018, interrogé par des journalistes allemands, Münter reconnaîtra sa présence à Ascq et affirmera avoir surveillé des habitants arrêtés. En revanche, il soutiendra n'avoir abattu personne. Ses déclarations tardives ne constituent pas une preuve suffisante pour effacer les éléments recueillis par les enquêteurs. Elles montrent surtout que, plusieurs décennies après les faits, l'ancien SS persiste à présenter sa conduite comme légitime.2013-2018 : les familles d'Ascq tentent de rouvrir le dossier
Pendant longtemps, l'affaire Karl Münter semble définitivement refermée. Mais en 2013, Alexandre Delezenne, arrière-petit-fils de Pierre Briet, l'une des victimes du massacre, décide de relancer les recherches. Son arrière-grand-père avait 74 ans lorsqu'il fut assassiné. Dans la famille, le souvenir de sa disparition s'est transmis d'une génération à l'autre. Alexandre Delezenne apprend que la justice allemande poursuit encore d'anciens membres du régime nazi, plusieurs décennies après la fin de la guerre. Pourquoi ne serait-il pas possible de rechercher les soldats de la division Hitlerjugend présents à Ascq ? Il contacte les services allemands spécialisés dans la recherche des crimes nazis. Sa démarche déclenche une nouvelle série d'investigations.Une enquête allemande menée jusque dans les rues d'Ascq
À partir de 2014, des enquêteurs allemands se rendent à Villeneuve-d'Ascq. Ils consultent les archives, recueillent les témoignages, photographient les lieux du massacre et cherchent à identifier les anciens soldats encore vivants. En janvier 2016, des perquisitions sont réalisées chez trois anciens membres de la division Hitlerjugend. L'un d'eux reconnaît avoir été présent lors des événements. Il s'agit de Karl Münter. Les enquêteurs découvrent qu'il vit toujours en Basse-Saxe. À l'automne 2017, une nouvelle procédure est engagée contre lui. Plusieurs descendants des victimes envisagent alors de participer au procès. Treize enfants de personnes assassinées se constituent parties civiles selon les documents historiques publiés par la ville de Villeneuve-d'Ascq. Pour les familles, l'enjeu dépasse la seule sanction pénale. Un procès permettrait d'entendre officiellement les explications d'un ancien membre de l'unité, de confronter ses déclarations aux archives et d'établir publiquement ses responsabilités. Mais cette perspective va disparaître.27 mars 2018 : la justice allemande abandonne les poursuites
Le 27 mars 2018, le parquet général de Celle, en Basse-Saxe, annonce l'arrêt de la procédure contre Münter pour les faits commis en 1944. La décision repose notamment sur le principe selon lequel une personne ne peut pas être poursuivie deux fois pour les mêmes faits. Ce principe, connu sous l'expression latine ne bis in idem, est notamment repris dans l'article 54 de la convention d'application de l'accord de Schengen. Or Karl Münter a déjà été jugé en France en 1949, même s'il était absent et n'a jamais purgé sa peine. Les autorités françaises consultées dans le cadre de l'entraide judiciaire considèrent également que les faits avaient été poursuivis comme crimes de guerre et que la prescription applicable faisait obstacle à une nouvelle procédure. Le parquet allemand renonce donc à le traduire devant une juridiction pour le massacre d'Ascq. Cette décision ne signifie pas que Münter a été innocenté. Elle constitue un obstacle juridique à un nouveau procès pour les mêmes faits. Pour les descendants des victimes, la déception est immense. Après plusieurs années de démarches, l'espoir d'obtenir enfin des explications devant la justice s'évanouit.Un condamné à mort honoré pour son engagement culturel
L'histoire connaît alors un épisode particulièrement déroutant. En 2018, Karl Münter est honoré dans sa commune allemande de Nordstemmen pour ses activités au sein d'associations consacrées à la culture et au patrimoine régional. Il est notamment investi dans un cercle d'histoire locale et dans des activités liées au dialecte bas allemand. Cette reconnaissance pourrait sembler banale si elle concernait un autre habitant. Mais Münter a été condamné pour sa participation à un massacre de civils. L'enquête diffusée en janvier 2019 par la télévision allemande NDR révèle que des membres de l'association culturelle connaissaient l'existence de cette condamnation. Ils avaient néanmoins choisi de le distinguer pour ses contributions associatives.Une distinction pour le patrimoine, malgré un passé connu
Les responsables de l'association interrogés par les journalistes expliquent que leur distinction récompensait le travail accompli par Münter pour la vie culturelle locale. L'hommage ne visait pas à célébrer son passé militaire nazi. Cette distinction est essentielle pour comprendre les faits : il ne s'agissait pas d'une cérémonie nazie organisée par la municipalité ou par l'association culturelle. Cependant, les journalistes révèlent que certains membres savaient que leur camarade avait été condamné pour crime de guerre. La fin des poursuites en Allemagne avait pu être interprétée, à tort, comme une forme de disculpation. La question soulevée par cette affaire est donc celle de la place accordée au passé criminel d'une personne dans les hommages publics qui lui sont rendus. Peut-on distinguer entièrement les services rendus à une association de la responsabilité historique d'un ancien membre de la Waffen-SS ? À Nordstemmen, cette interrogation devient un sujet de débat après la diffusion du reportage de Panorama. Les habitants découvrent ou redécouvrent une histoire qui dépasse largement les frontières de leur commune.29 novembre 2018 : Karl Münter affirme ne rien regretter à la télévision
Quelques semaines après les événements de Fretterode, la chaîne publique allemande ARD diffuse un entretien avec Karl Münter. L'ancien SS apparaît à visage découvert devant les caméras de l'émission Panorama. Il a désormais 96 ans. Interrogé sur le massacre d'Ascq, il affirme n'avoir aucun regret. À la question portant sur d'éventuels remords, il répond, selon la traduction publiée par la presse française : « Pourquoi devrais-je avoir des regrets ? » Cette phrase résume l'attitude qu'il adopte pendant l'entretien. Münter reconnaît avoir été présent à Ascq et surveillé des habitants arrêtés. Il affirme pourtant n'avoir personnellement tué personne. Il justifie également les tirs par la possibilité supposée que des prisonniers aient tenté de s'enfuir. Cette explication reprend un argument avancé par des membres de l'unité SS après le massacre. Les enquêtes historiques montrent cependant que les victimes étaient des civils arrêtés arbitrairement et abattus lors d'une opération de représailles. La justification donnée par Münter ne correspond donc pas aux faits établis.Des propos négationnistes sur les crimes nazis
L'entretien ne se limite pas au massacre d'Ascq. Karl Münter tient également des propos contestant la réalité et l'ampleur des crimes commis par le régime nazi. Il met notamment en doute le nombre de Juifs assassinés pendant la Shoah. Ces déclarations relèvent du négationnisme et contredisent les connaissances historiques établies sur le génocide des Juifs d'Europe. Le nombre d'environ six millions de Juifs assassinés pendant la Shoah repose sur un ensemble considérable d'archives, de recherches démographiques, de documents administratifs nazis et de témoignages. Les propos de Münter suscitent une vive indignation en France, notamment à Villeneuve-d'Ascq. Le maire Gérard Caudron réagit publiquement et dénonce ses déclarations. Il annonce vouloir interpeller les responsables français et allemands. L'historienne Jacqueline Duhem, spécialiste du massacre d'Ascq, exprime également sa consternation devant les propos de l'ancien SS et l'admiration dont il bénéficie dans certains cercles néonazis. L'interview provoque un nouveau choc chez les familles. Après avoir espéré pendant des années un procès, elles découvrent qu'un ancien membre de l'unité responsable du massacre continue à justifier les violences.La voix de Rolande Bonte : le père qui n'est jamais revenu
Face aux déclarations de Karl Münter, les journalistes allemands donnent également la parole aux familles des victimes. Parmi elles figure Rolande Bonte, née Couque. En avril 1944, elle n'avait que dix ans. Elle vivait à Ascq, dans une maison située près de la gare et des voies ferrées. Son père, Clovis Couque, était cheminot. Il avait 31 ans. Pendant la nuit du massacre, des soldats allemands sont entrés dans la maison et l'ont emmené. Rolande ne l'a jamais revu. Des décennies plus tard, elle habite toujours la maison familiale lorsqu'elle reçoit les journalistes de Panorama. Elle raconte les bruits entendus pendant la nuit, l'arrivée des militaires et le départ de son père. Son témoignage contraste avec celui de Karl Münter. D'un côté, un ancien SS qui ne manifeste aucun remords. De l'autre, une femme qui a grandi sans son père et continue de porter le souvenir de cette nuit. Rolande Bonte explique aux journalistes ne pas comprendre comment certaines personnes peuvent encore admirer ou défendre les anciens auteurs de crimes nazis. Elle insiste sur l'importance de ne pas laisser leurs idées se transmettre aux nouvelles générations. Le reportage donne ainsi une place essentielle à la parole des victimes et de leurs descendants. Il rappelle que le massacre d'Ascq ne se résume pas à une affaire judiciaire vieille de plusieurs décennies. Ses conséquences se sont prolongées dans les familles, parfois durant toute une vie.
Source : Wikimedia Commons — Luc Beaumadier
Photographie de 2009. Licence Creative Commons CC BY-SA 3.0. Attribution de l'auteur, mention de la licence et partage à l'identique pour les adaptations.
2019 : une dernière procédure judiciaire contre Karl Münter
Les déclarations de Karl Münter produisent un effet que l'ancien SS n'avait peut-être pas anticipé. Si les faits de 1944 ne peuvent plus donner lieu à un nouveau procès, ses déclarations publiques de 2018 peuvent être examinées séparément par la justice allemande. Des descendants des victimes déposent de nouvelles plaintes. Cette fois, la procédure ne porte plus directement sur sa participation aux exécutions d'Ascq. Elle concerne les propos tenus à la télévision, notamment la justification du massacre et les affirmations négationnistes sur la Shoah. Le 24 juillet 2019, le parquet d'Hildesheim, en Basse-Saxe, décide de mettre Karl Münter en accusation. Les qualifications annoncées concernent l'incitation à la haine et l'atteinte à la mémoire des morts. L'ancien SS encourt alors une peine pouvant atteindre cinq années de prison.Un procès devenu possible, mais toujours incertain
Karl Münter est alors très âgé. Pour qu'un nouveau procès puisse avoir lieu, la justice doit déterminer si son état de santé permet une comparution. La procédure représente cependant une étape importante pour les familles. Alexandre Delezenne, dont les démarches ont contribué à relancer l'enquête sur le massacre, voit dans cette mise en accusation une reconnaissance de leur combat. Pour les descendants des victimes, obtenir un jugement sur les déclarations de l'ancien SS aurait permis de rappeler publiquement la gravité des faits et l'interdiction de leur négation. Mais la justice n'aura pas le temps d'aller jusqu'au procès.20 septembre 2019 : Karl Münter meurt à 96 ans
Le vendredi 20 septembre 2019, Karl Münter meurt à Nordstemmen, en Allemagne, à l'âge de 96 ans. Sa disparition est rendue publique le 22 septembre par le parquet d'Hildesheim. Les poursuites engagées contre lui pour ses déclarations de 2018 s'éteignent avec son décès. L'ancien SS ne sera jamais jugé dans le cadre de cette dernière procédure. Il est mort sans avoir purgé de peine de prison pour le massacre d'Ascq. Son cas illustre les difficultés rencontrées par la justice lorsqu'elle cherche à poursuivre les responsables de crimes anciens : disparition des témoins, vieillissement des accusés, complexité des procédures internationales et effets de la prescription. Il pose également une question plus profonde. Une condamnation peut-elle être considérée comme une réponse judiciaire suffisante lorsque la peine n'a jamais été exécutée ? Pour les familles, l'histoire de Karl Münter laisse cette interrogation ouverte.Ascq et Nordstemmen : deux mémoires d'un même passé
La trajectoire de Karl Münter met en lumière deux manières très différentes de se confronter au passé. À Nordstemmen, il avait repris une vie ordinaire, exercé un métier et participé à des associations culturelles. À Ascq, son nom demeurait lié aux archives du massacre et au long combat judiciaire des descendants des victimes. La diffusion des reportages allemands en 2018 et 2019 a fait se rencontrer ces deux histoires. Elle a également provoqué un débat parmi les habitants de Nordstemmen sur la manière de considérer un voisin connu depuis des années, mais condamné pour un crime de guerre. Il serait inexact d'assimiler l'ensemble de sa commune aux groupes néonazis qui lui ont rendu hommage. Les journalistes ont au contraire montré l'existence de désaccords, de critiques et de questionnements au sein de la population allemande. L'enquête a permis d'interroger le silence entourant le passé de certains anciens membres du régime nazi après 1945. Elle a aussi rappelé que la mémoire de la Seconde Guerre mondiale ne concerne pas uniquement les grandes décisions militaires et politiques. Elle se retrouve parfois dans le parcours d'un habitant, dans les archives d'une association locale ou dans une histoire familiale longtemps ignorée.Pourquoi cette affaire reste importante aujourd'hui
L'histoire de Karl Münter mérite d'être étudiée pour plusieurs raisons. Elle montre d'abord les limites d'une justice qui, malgré une condamnation à mort prononcée en 1949, n'a jamais pu obtenir l'exécution de la peine. Elle révèle ensuite que les enquêtes sur les crimes nazis ont continué bien après la guerre, jusque dans les années 2010. Elle souligne également l'importance du travail des descendants des victimes. Sans les démarches d'Alexandre Delezenne et d'autres familles, l'affaire Münter serait peut-être restée enfermée dans les archives judiciaires. Enfin, elle montre comment certains milieux extrémistes utilisent les témoignages d'anciens nazis pour entretenir une vision falsifiée du passé. Les enquêtes journalistiques de la télévision allemande ont précisément contribué à rendre visibles ces pratiques et à les confronter aux faits historiques.Condamné, libre et sans remords : ce que l'affaire Münter nous enseigne
Karl Münter est mort en 2019. Son histoire judiciaire s'est achevée sans qu'il ait dû répondre personnellement devant un nouveau tribunal des événements d'Ascq. Sa condamnation de 1949 n'a jamais été exécutée. Ses déclarations de 2018 ont montré qu'il continuait à justifier les actes commis par son unité, tout en contestant certains crimes du régime nazi. Quelques mois auparavant, il avait reçu une reconnaissance pour ses activités culturelles dans sa commune et bénéficié d'une réception admirative dans un milieu néonazi. Ces faits composent un parcours singulier et difficile à comprendre pour les descendants des victimes. Mais l'histoire de Karl Münter ne doit pas faire oublier celle des 86 habitants assassinés. C'est à eux que les monuments d'Ascq rendent hommage. Leurs noms sont inscrits sur les stèles, conservés dans les archives et transmis lors des commémorations. Sur les lieux du massacre, le Mémorial Ascq 1944 permet de découvrir le déroulement des événements, les témoignages des survivants et les conséquences humaines de cette nuit. La mémoire des victimes ne repose pas sur la condamnation d'un seul homme, mais sur l'établissement des faits, la conservation des preuves et la transmission de leur histoire. En 2018, une petite réunion néonazie avait fait de Karl Münter un invité admiré. À Ascq, depuis plus de huit décennies, les familles et les habitants continuent d'honorer ceux que son unité a assassinés. C'est ce contraste qui donne à l'affaire Münter toute sa portée historique. Il rappelle qu'une décision de justice ne suffit pas toujours à réparer les conséquences d'un crime, et que la vérité historique doit continuer d'être défendue même lorsque les derniers responsables ont disparu.Précision documentaire :
Il n'existe pas de preuve établissant avec certitude que Karl Münter a personnellement tiré sur une victime d'Ascq. En revanche, sa condamnation par contumace, sa présence dans l'unité et ses déclarations de 2018 sont documentées. Cette distinction est conservée dans l'article. : https://www.lemonde.fr/europe/article/2018/04/10/le-bourreau-d-ascq-court-toujours_5283129_3214.html
Sources et références documentaires
Encyclopédie : Wikipédia — Karl Münter