Bien avant l’éclair aveuglant qui déchira le ciel d’Hiroshima le 6 août 1945, la bombe atomique avait commencé son histoire dans des laboratoires européens, au milieu d’expériences de physique nucléaire, de rivalités scientifiques et d’une inquiétude croissante face à la montée du nazisme. La France occupa une place longtemps sous-estimée dans cette aventure. De la Normandie aux laboratoires parisiens, de l’uranium conservé à l’abri des armées allemandes jusqu’à l’incroyable fuite de l’eau lourde norvégienne, une succession d’événements conduisit certains des secrets de la physique française jusqu’aux programmes nucléaires britanniques et américains. Derrière Hiroshima se dessine ainsi une histoire beaucoup plus européenne qu’on ne l’imagine.
Aux origines de l’arme nucléaire : la révolution de la fission
Une découverte qui bouleverse la physique
À la fin des années 1930, les physiciens comprennent que le noyau atomique n’est plus cette particule indivisible que son nom semblait promettre. Les travaux d’Ernest Rutherford, Niels Bohr, Enrico Fermi, Irène et Frédéric Joliot-Curie ont progressivement ouvert les portes d’un monde nouveau.
En décembre 1938, les chimistes allemands Otto Hahn et Fritz Strassmann constatent qu’en bombardant de l’uranium avec des neutrons, ils obtiennent du baryum, un élément beaucoup plus léger.
La physicienne Lise Meitner, réfugiée en Suède après avoir fui l’Allemagne nazie, comprend avec son neveu Otto Frisch ce qui vient de se produire : le noyau d’uranium s’est cassé en deux.
Le phénomène reçoit bientôt un nom : la fission nucléaire .
Cette rupture libère une quantité d’énergie extraordinaire. Mais surtout, elle peut libérer plusieurs neutrons capables de provoquer à leur tour de nouvelles fissions.
Une perspective vertigineuse apparaît alors : celle d’une réaction en chaîne .
Frédéric Joliot-Curie et l’avance française
À Paris, Frédéric Joliot-Curie et ses collaborateurs Hans von Halban et Lew Kowarski comprennent très rapidement les implications de la découverte.
Au Collège de France, leur équipe travaille sur les conditions permettant d’obtenir une réaction en chaîne contrôlée. Ils déposent dès 1939 plusieurs brevets concernant l’utilisation de l’énergie nucléaire.
L’un d’eux envisage même explicitement un dispositif explosif fondé sur les réactions nucléaires.
À cette époque, personne ne possède encore de bombe atomique. Mais le principe scientifique commence à émerger.
La France dispose donc, à la veille de la Seconde Guerre mondiale, d’une équipe de chercheurs remarquablement avancée dans la compréhension de la réaction en chaîne.
L’uranium, minerai stratégique devenu enjeu militaire
Le trésor du Congo belge
Pour provoquer une réaction nucléaire efficace, il faut disposer d’uranium en quantité importante.
Or l’un des minerais les plus riches du monde provient alors de la mine de Shinkolobwe , dans le Katanga, territoire appartenant au Congo belge.
Son minerai contient une proportion exceptionnellement élevée d’uranium.
Bien avant que le grand public ne mesure l’importance de cette ressource, scientifiques, industriels et gouvernements commencent donc à regarder l’uranium avec un intérêt stratégique.
Edgar Sengier, dirigeant de l’Union Minière du Haut-Katanga, jouera plus tard un rôle considérable dans l’approvisionnement américain en uranium destiné au projet Manhattan.
Une grande partie de l’histoire de la bombe atomique se joue ainsi très loin des laboratoires : dans les mines, les ports, les entrepôts et les réseaux commerciaux.
La France cherche à préserver ses recherches
Lorsque la guerre éclate en septembre 1939, les chercheurs français savent que leurs découvertes pourraient intéresser l’Allemagne.
La question devient rapidement militaire.
Que se passerait-il si les physiciens du Reich réussissaient à développer une réaction nucléaire avant les Alliés ?
Cette crainte n’a rien d’abstrait. Plusieurs scientifiques allemands de premier plan travaillent sur l’uranium. Werner Heisenberg, l’un des fondateurs de la mécanique quantique, participe notamment au programme nucléaire allemand connu sous le nom d’« Uranverein », le club de l’uranium.
L’Europe scientifique entre alors dans une étrange période où les équations, les minerais et les laboratoires deviennent des secrets de guerre.
L’eau lourde : quelques dizaines de litres au cœur d’une bataille secrète
Pourquoi l’eau lourde était-elle si importante ?
Pour obtenir une réaction en chaîne, il faut ralentir les neutrons produits par la fission.
Les physiciens appellent la substance utilisée à cette fin un modérateur .
Plusieurs matériaux peuvent jouer ce rôle. Parmi eux figure l’eau lourde, chimiquement proche de l’eau ordinaire mais dans laquelle l’hydrogène est remplacé par son isotope lourd, le deutérium.
Dans les années 1930, l’une des seules installations capables d’en fabriquer en quantité significative se trouve en Norvège : l’usine de Vemork , exploitée par Norsk Hydro.
Au début de 1940, l’eau lourde devient donc une substance stratégique d’une valeur scientifique considérable.
Jacques Allier et l’opération norvégienne
Le gouvernement français décide d’empêcher les Allemands de mettre la main sur le stock norvégien.
L’ingénieur et officier de renseignement Jacques Allier est chargé d’une mission aussi discrète qu’extraordinaire : convaincre les responsables de Norsk Hydro de remettre leur réserve d’eau lourde à la France.
La mission réussit.
Environ 185 kilogrammes d’eau lourde sont transportés clandestinement vers la France.
L’épisode ressemble à un roman d’espionnage : faux-semblants, valises précieuses, voyages à travers une Europe menacée par l’invasion et course contre les services allemands.
À quelques semaines de l’offensive de mai 1940, une partie de l’avenir du nucléaire occidental voyage donc discrètement à travers le continent.
Rouen et les routes de l’exode scientifique
La débâcle française bouleverse les plans
Le 10 mai 1940, l’armée allemande lance son offensive à l’Ouest.
En quelques semaines, les Pays-Bas et la Belgique sont envahis, tandis que les forces françaises sont débordées.
La situation scientifique devient elle aussi critique.
Il faut évacuer les hommes, les documents et surtout les matières stratégiques.
Les itinéraires empruntés par les chercheurs et les cargaisons traversent une France en plein effondrement, où les routes sont encombrées par des millions de civils fuyant l’avancée allemande.
Rouen et la vallée de la Seine appartiennent à ce vaste théâtre de l’exode et des mouvements logistiques provoqués par la bataille de France. La Normandie se retrouve alors au cœur des itinéraires reliant Paris, les ports de la Manche et de l’Atlantique.
Mais le véritable enjeu n’est pas une ville isolée : c’est la sauvegarde d’un patrimoine scientifique capable de tomber entre les mains du Reich.
De la France vers l’Angleterre
Frédéric Joliot-Curie choisit de rester en France.
Ses collaborateurs Hans von Halban et Lew Kowarski prennent une autre direction.
Ils réussissent à quitter le pays en emportant avec eux l’eau lourde et une partie des connaissances accumulées par l’équipe française.
Après un trajet mouvementé, ils gagnent finalement la Grande-Bretagne.
Cette évacuation est l’un des épisodes les plus importants et les moins connus de la préhistoire du projet Manhattan.
La France occupée perd ses moyens de poursuivre librement ses recherches, mais une partie de son savoir nucléaire a échappé aux Allemands.
Londres reprend le flambeau nucléaire
Les scientifiques réfugiés deviennent indispensables
La Grande-Bretagne accueille de nombreux chercheurs qui ont fui les régimes fascistes ou les territoires occupés.
Cette concentration exceptionnelle de talents accélère considérablement les recherches nucléaires.
Parmi eux figurent des scientifiques originaires d’Allemagne, d’Autriche, de Hongrie, de France ou d’Europe centrale.
La bombe atomique est donc paradoxalement l’un des résultats de l’exil provoqué par Hitler.
En persécutant des scientifiques juifs ou opposants politiques, le régime nazi pousse une partie des meilleurs physiciens européens vers les pays qui deviendront ses adversaires.
Albert Einstein avait résumé cette nouvelle époque dès 1939 dans la célèbre lettre adressée au président Franklin D. Roosevelt avec l’aide du physicien Leo Szilard.
Cette lettre avertissait que la fission de l’uranium pouvait permettre la fabrication de bombes « extrêmement puissantes d’un nouveau type ».
Le rapport MAUD change l’échelle du projet
En Grande-Bretagne, les recherches prennent une dimension décisive avec le comité MAUD .
En 1941, ses conclusions sont particulièrement frappantes : une bombe à uranium enrichi semble non seulement possible, mais potentiellement réalisable pendant la guerre.
Ce constat influence profondément les responsables américains.
Jusque-là, les États-Unis mènent plusieurs recherches dispersées sur le nucléaire.
À partir de 1942, ils vont mobiliser des moyens industriels et financiers sans précédent.
Le projet Manhattan est né.
Le projet Manhattan : quand la science devient une industrie
Une mobilisation gigantesque
Le projet Manhattan est placé sous la direction militaire du général Leslie Groves.
La direction scientifique du laboratoire de Los Alamos est confiée au physicien J. Robert Oppenheimer .
Mais parler d’un simple laboratoire serait trompeur.
Le projet mobilise plus de cent mille personnes et engloutit environ deux milliards de dollars de l’époque.
Des villes entières sont créées ou transformées dans le plus grand secret.
À Oak Ridge , dans le Tennessee, d’immenses installations enrichissent l’uranium.
À Hanford , dans l’État de Washington, des réacteurs produisent du plutonium.
À Los Alamos , au Nouveau-Mexique, les physiciens et ingénieurs conçoivent les bombes elles-mêmes.
La physique théorique née dans les universités européennes devient ainsi une gigantesque entreprise industrielle.
Uranium 235 et plutonium 239
Deux voies sont explorées.
La première utilise l’uranium 235, isotope rare de l’uranium naturel. Il faut donc séparer d’immenses quantités de matière pour obtenir suffisamment d’uranium fissile.
La seconde repose sur le plutonium 239, produit artificiellement dans des réacteurs nucléaires.
Les ingénieurs développent alors deux modèles de bombes.
Little Boy , destinée à Hiroshima, utilise de l’uranium 235.
Fat Man , larguée trois jours plus tard sur Nagasaki, utilise du plutonium et un système d’implosion beaucoup plus complexe.
Trinity : l’instant où l’humanité entre dans l’ère atomique
16 juillet 1945
Dans le désert du Nouveau-Mexique, les scientifiques du projet Manhattan préparent le premier essai d’une arme nucléaire.
Le test porte le nom de code Trinity .
Le 16 juillet 1945 à 5 h 29 du matin, une bombe au plutonium explose au sommet d’une tour.
En quelques fractions de seconde, le désert s’illumine d’une lumière plus brillante que le soleil.
Une boule de feu monte dans le ciel.
L’onde de choc se propage sur des kilomètres.
Pour la première fois dans l’histoire, l’être humain vient de provoquer une explosion nucléaire.
Oppenheimer racontera plus tard qu’un passage de la Bhagavad-Gita lui revint alors à l’esprit :
« Maintenant, je suis devenu la Mort, le destructeur des mondes. »
La formule deviendra l’une des citations les plus célèbres du XXe siècle.
Hiroshima, 6 août 1945
Le vol de l’Enola Gay
Au matin du 6 août 1945, un bombardier B-29 américain baptisé Enola Gay décolle de l’île de Tinian, dans l’archipel des Mariannes.
À son bord se trouve Little Boy.
La cible principale est Hiroshima, importante ville militaire et industrielle japonaise qui compte alors plusieurs centaines de milliers d’habitants.
À 8 h 15, la bombe est larguée.
Elle explose environ 600 mètres au-dessus de la ville.
En une fraction de seconde, une chaleur gigantesque se dégage.
Des bâtiments s’effondrent.
Des incendies se déclenchent sur une vaste zone.
Des dizaines de milliers de personnes meurent immédiatement ou dans les heures suivantes.
À la fin de l’année 1945, les estimations couramment citées font état d’environ 140 000 morts à Hiroshima , en tenant compte des décès ultérieurs provoqués par les brûlures, les blessures et les radiations.
Trois jours plus tard, le 9 août, une seconde bombe atomique frappe Nagasaki.
Le Japon annonce son acceptation de la capitulation le 15 août 1945.
Une bombe américaine aux racines profondément européennes
Une histoire plus complexe que le seul projet Manhattan
Hiroshima est souvent racontée comme le résultat presque exclusif du projet Manhattan américain.
La réalité est beaucoup plus internationale.
Sans la découverte de Hahn et Strassmann en Allemagne, l’interprétation de Meitner et Frisch, les travaux de Fermi, Szilard, Bohr, Joliot-Curie, Halban, Kowarski et de dizaines d’autres chercheurs européens, la trajectoire aurait été très différente.
Les Britanniques jouèrent eux aussi un rôle essentiel.
Leurs travaux sur la faisabilité d’une bombe nucléaire contribuèrent à convaincre Washington que l’arme pouvait être réalisée suffisamment rapidement pour influencer le cours de la guerre.
À partir de 1943, l’accord de Québec renforça la coopération entre Britanniques et Américains.
Une partie des chercheurs ayant travaillé au Royaume-Uni rejoignit alors directement l’effort nucléaire américain.
Le paradoxe de la science française
La France constitue un cas particulièrement frappant.
Elle figurait parmi les pays les plus avancés dans l’étude de la réaction en chaîne en 1939.
Mais sa défaite militaire de 1940 interrompit brutalement cette dynamique.
Le savoir ne disparut pas pour autant.
Des chercheurs et des informations traversèrent la Manche.
Après la guerre, la France reconstruisit rapidement un programme nucléaire national.
En 1945 fut créé le Commissariat à l’énergie atomique , avec Frédéric Joliot-Curie comme premier haut-commissaire.
Le pays développa ensuite des réacteurs civils puis une force nucléaire militaire.
La première bombe atomique française explosa le 13 février 1960 à Reggane, dans le Sahara algérien, lors de l’essai Gerboise Bleue .
L’autre bataille de l’eau lourde
Vemork revient au centre de l’histoire
L’eau lourde norvégienne ne disparaît pas de l’histoire après son transfert vers la France.
Après l’occupation de la Norvège par l’Allemagne, les installations de Norsk Hydro deviennent de nouveau un enjeu stratégique.
Les Alliés craignent que les Allemands utilisent leur production d’eau lourde dans le cadre de leur programme nucléaire.
Plusieurs opérations sont donc menées pour ralentir ou interrompre cette production.
La plus célèbre se déroule en février 1943.
Des résistants norvégiens parviennent à pénétrer dans l’usine de Vemork et à détruire une partie des installations de production.
L’opération est devenue l’un des exploits les plus célèbres de la résistance norvégienne.
En 1944, un ferry transportant notamment de l’eau lourde destinée à l’Allemagne est également saboté sur le lac Tinn.
Ces opérations nourriront pendant des décennies l’imaginaire de la « bataille de l’eau lourde ».
Les savants face à leur propre création
Le doute apparaît avant même Hiroshima
Tous les scientifiques ayant contribué au projet Manhattan ne souhaitaient pas nécessairement que la bombe soit utilisée directement contre une ville.
Lorsque la défaite de l’Allemagne devient certaine au printemps 1945, la justification initiale du programme change profondément.
La crainte principale avait longtemps été que Hitler obtienne l’arme atomique en premier.
Or l’Allemagne capitule le 8 mai 1945.
Le Japon continue cependant la guerre.
Plusieurs scientifiques commencent alors à débattre des conséquences morales et politiques de l’utilisation de la bombe.
Le rapport Franck , rédigé en juin 1945 par un groupe de chercheurs dirigé par James Franck, recommande notamment d’envisager une démonstration de la bombe plutôt qu’une attaque surprise contre une ville.
Leo Szilard organise également une pétition demandant au président américain de réfléchir aux conséquences de l’emploi de l’arme.
Ces démarches ne modifient pas la décision finale.
Une controverse historique toujours vive
Depuis 1945, les historiens débattent des raisons ayant conduit les États-Unis à utiliser les bombes atomiques.
Une interprétation souligne que l’objectif était d’obtenir rapidement la capitulation japonaise et d’éviter une invasion des îles principales du Japon, qui aurait pu provoquer des pertes immenses.
D’autres historiens insistent davantage sur le contexte diplomatique, notamment l’entrée imminente de l’Union soviétique dans la guerre contre le Japon et la volonté américaine d’affirmer sa puissance dans le monde d’après-guerre.
Ces explications ne sont pas nécessairement exclusives.
Comme beaucoup de décisions stratégiques majeures, celle d’utiliser l’arme atomique est probablement issue d’une combinaison de considérations militaires, politiques et diplomatiques.
Hiroshima ouvre un nouvel âge de l’humanité
De l’arme unique à la course aux armements
En août 1945, les États-Unis sont le seul pays à posséder des armes atomiques opérationnelles.
Cette situation ne dure que quatre ans.
Le 29 août 1949, l’Union soviétique réalise son premier essai nucléaire.
La course aux armements commence.
Dans les années 1950 apparaissent les bombes thermonucléaires, ou bombes H, beaucoup plus puissantes que celles d’Hiroshima et de Nagasaki.
Les États-Unis, l’Union soviétique, le Royaume-Uni, la France et la Chine deviennent successivement des puissances nucléaires.
Au plus fort de la guerre froide, les arsenaux mondiaux comptent des dizaines de milliers d’ogives.
Le principe scientifique découvert dans les laboratoires européens des années 1930 est devenu capable de menacer l’existence même de grandes parties de la civilisation humaine.
Le nucléaire civil, autre héritage de la fission
L’histoire ne se limite pourtant pas aux armes.
La réaction en chaîne devient aussi une source d’énergie.
Des réacteurs nucléaires sont développés pour produire de l’électricité, alimenter des sous-marins et fabriquer des isotopes utilisés en médecine ou dans l’industrie.
Le nucléaire porte donc dès l’origine une double identité.
Il peut produire de l’énergie sans combustion de charbon ou de gaz, mais il peut également fabriquer les matériaux nécessaires à des armes d’une puissance exceptionnelle.
Cette ambiguïté accompagne toujours la technologie nucléaire au XXIe siècle.
De quelques laboratoires européens à une tragédie mondiale
Le chemin menant à Hiroshima n’est pas une ligne droite partant d’un unique laboratoire américain. Il traverse les universités allemandes, les laboratoires français, les mines du Congo belge, les installations industrielles de Norvège, les services secrets européens, les centres de recherche britanniques et les gigantesques complexes industriels américains.
La France y occupe une place singulière. Avant même l’occupation allemande, Joliot-Curie, Halban et Kowarski avaient compris la possibilité d’une réaction nucléaire en chaîne. L’évacuation de chercheurs, de documents et de matières stratégiques permit à une partie de cet héritage scientifique de poursuivre sa route hors de France.
De Rouen et des routes encombrées de l’exode jusqu’au désert du Nouveau-Mexique, puis au ciel d’Hiroshima, quelques années seulement séparent les premières intuitions scientifiques de la destruction d’une ville entière.
Cette accélération constitue peut-être la leçon la plus saisissante de l’histoire atomique : une découverte réalisée sur une paillasse de laboratoire peut, en quelques années, devenir un enjeu industriel, militaire et géopolitique capable de transformer durablement le destin du monde.