BathyBot : une fenêtre ouverte sur les profondeurs de la Méditerranée
Il possède une silhouette compacte, une couleur jaune et des caméras qui lui donnent presque une expression. Pourtant, BathyBot n’est pas un jouet : c’est un instrument conçu pour observer un environnement où chaque intervention humaine exige une organisation considérable. Installé à environ 2 400 mètres de profondeur au large de Toulon, ce robot participe à une autre manière d’explorer la mer : rester sur place pour comprendre ce qui change.
Le reportage « BathyBot : le robot des profondeurs », produit par CNRS Images et publié en mai 2023, suit cette aventure
scientifique et technique. En sept minutes et vingt secondes, il montre les préparatifs, la descente et les difficultés rencontrées pour rendre opérationnel un équipement aussi loin sous la surface.
L’intérêt du projet dépasse les premières images spectaculaires. Une plongée permet de découvrir un lieu à un instant donné. Un observatoire installé durablement cherche à en saisir les variations, les passages d’animaux et les transformations. Cette différence est essentielle pour étudier un milieu dont les rythmes restent difficiles à observer.
Une installation qui mobilise bien plus qu’un robot
Un navire et un sous-marin pour atteindre le fond
Le déploiement de BathyBot s’inscrit dans une mission menée en février 2022 avec le Pourquoi pas ?, navire de la Flotte océanographique française opérée par l’Ifremer. Le sous-marin habité Nautile intervient également pour les opérations au fond. Derrière le petit engin se trouvent ainsi des marins, des
scientifiques et des spécialistes de l’instrumentation.
Le reportage donne une place importante à cette dimension collective. Christian Tamburini, chercheur à l’Institut méditerranéen d’océanologie, et Carl Gojak, de la Division technique de l’Institut national des
sciences de l’Univers du CNRS, incarnent deux composantes complémentaires du projet : les questions scientifiques et les solutions nécessaires pour les étudier.
Une fois le matériel descendu, il faut encore contrôler son installation et ses connexions. À cette profondeur, un câble mal positionné devient un problème qui exige des moyens exceptionnels. Le film montre notamment les boucles formées par la liaison du robot pendant sa descente, puis la nécessité d’intervenir avec le Nautile.
Des premières images malgré les difficultés
La chronologie mérite d’être précisée : la mise en place des équipements en 2022 ne correspond pas au début effectif des observations de BathyBot. Le CNRS annonce son réveil au printemps 2023, plus d’un an après son immersion.
Dans son communiqué du 11 mai 2023, l’organisme indique aussi que le système de déplacement du robot n’est alors pas opérationnel, après une longue période sans alimentation. Les caméras transmettent cependant leurs premières observations. Ce contraste rappelle une réalité de la
recherche : une mission peut produire des données utiles tout en rencontrant une limitation technique importante.
Observer les animaux et mesurer leur environnement
BathyBot a été imaginé scientifiquement par les équipes de l’Institut méditerranéen d’océanologie et développé techniquement avec la Division technique de l’INSU. Sa vocation est d’associer des observations visuelles à des mesures physiques et chimiques.
Température, salinité, courants, concentration en oxygène et flux de particules figurent parmi les paramètres présentés par le CNRS. Leur intérêt apparaît lorsqu’on les rapproche des images. Observer un organisme renseigne sur sa présence ; connaître simultanément les caractéristiques de l’eau aide à replacer cette présence dans son contexte.
Le fond marin, un milieu traversé par des échanges
Le plancher océanique peut sembler immobile sur une photographie. Pourtant, les courants, les particules et les organismes le relient à la colonne d’eau qui le surmonte. Les recherches associées à BathyBot et au développement du profileur Bathy-prof s’intéressent notamment à la matière organique et aux échanges à l’interface entre l’eau et les sédiments.
Ces travaux permettent d’aborder le fonctionnement des écosystèmes profonds autrement que par un inventaire d’espèces. Ils posent aussi des questions sur la circulation du carbone et sur l’activité biologique du fond. Les images constituent alors une pièce d’un ensemble plus large, complété par les capteurs et les analyses.
Pour comprendre ces phénomènes, la répétition des mesures compte autant que leur précision. Une valeur isolée décrit une situation. Une série d’observations permet de rechercher des variations et de comparer différents épisodes. C’est tout l’enjeu des observatoires océanographiques durables.
La bioluminescence : étudier une lumière produite par le vivant
L’un des objectifs les plus fascinants de BathyBot concerne la bioluminescence. À cette profondeur, la lumière du Soleil n’éclaire plus le paysage. Certains organismes produisent néanmoins leur propre lumière grâce à des réactions chimiques : ce phénomène concerne notamment des bactéries, des méduses, des crustacés et des poissons.
Selon les espèces, ces émissions lumineuses peuvent participer à la défense, à l’attraction d’une proie ou à la communication. Elles ne constituent donc pas seulement un spectacle : elles remplissent des fonctions dans les relations entre organismes.
Voir les signaux les plus discrets
BathyBot dispose d’une caméra hypersensible destinée à étudier ces manifestations lumineuses. Il s’agit d’un défi différent de celui d’une caméra éclairant un animal avec un projecteur : les scientifiques veulent aussi détecter une lumière émise par l’organisme lui-même.
Cette démarche invite à changer notre regard sur les profondeurs. L’obscurité pour l’être humain ne signifie pas l’absence de signaux pour les animaux qui y vivent. Des interactions peuvent échapper à une observation classique tout en jouant un rôle dans le fonctionnement de cet environnement.
Pour approfondir le mécanisme, consulter la présentation générale de la
bioluminescence sur Wikipédia.
BathyReef : suivre l’installation de la vie sur un récif artificiel
Le robot n’a pas été déployé seul. À proximité se trouve BathyReef, une structure en béton conçue pour offrir une surface colonisable aux organismes marins. Ce récif artificiel fait partie du dispositif expérimental.
L’objectif est de suivre l’arrivée et l’installation d’organismes sur un support connu. Quels êtres vivants s’y établissent ? Comment leur présence évolue-t-elle ? L’observation répétée doit permettre de documenter cette colonisation plutôt que d’en découvrir uniquement le résultat longtemps après l’immersion.
Il faut toutefois conserver la bonne échelle d’interprétation. Une structure artificielle représente un terrain d’étude particulier. Son observation peut éclairer certains processus écologiques, sans suffire à décrire à elle seule l’ensemble des fonds méditerranéens.
Rester pour mieux comprendre les abysses
BathyBot s’inscrit dans le développement des observatoires sous-marins connectés. Sa présence au sein du Laboratoire sous-marin Provence Méditerranée permet d’envisager une observation depuis la terre ferme, grâce aux infrastructures qui assurent les communications et l’alimentation des équipements.
Le changement est considérable : les
chercheurs peuvent chercher à suivre un milieu entre les campagnes en mer. Les expéditions restent nécessaires pour installer, entretenir ou réparer les instruments, mais l’acquisition de données peut se prolonger au-delà du passage d’un navire.
Le reportage du CNRS raconte ainsi davantage qu’une prouesse robotique. Il montre la patience nécessaire pour rendre visible un environnement difficile d’accès, les imprévus d’une installation et la complémentarité des métiers mobilisés. L’ambition de BathyBot tient dans cette continuité : apprendre à observer les profondeurs assez longtemps pour commencer à comprendre leurs changements.
Voir le reportage et prolonger l’exploration
Le film constitue une bonne entrée dans les coulisses de l’océanographie. Les premières images prennent une autre dimension lorsqu’on mesure le travail nécessaire pour les obtenir.
Voir « BathyBot : le robot des profondeurs | Reportage CNRS » sur YouTube — CNRS, 2023, durée : 7 min 20.
Références documentaires :
CNRS Images — BathyBot, le robot des profondeurs : fiche et transcription du reportage.
CNRS — BathyBot : réveil d’un robot dans les profondeurs de la Méditerranée, communiqué du 11 mai 2023.
Division technique de l’INSU — Présentation du projet Bathy-prof.
CNRS Le journal — L’océan, cet inconnu.