2 novembre 1936 : comment la BBC a révolutionné la télévision il y a 90 ans

Le 2 novembre 1936, la BBC lance sa télévision régulière à haute définition. Découvrez les pionniers et les coulisses de cette révolution des écrans.

🗓️ 2 novembre 2026 📁 TV Médias et Culture | Télévision

Le 2 novembre 1936, quelques privilégiés découvrent les premières émissions régulières de télévision à haute définition de la BBC. Depuis Alexandra Palace, à Londres, ingénieurs, présentateurs et artistes expérimentent un média encore fragile. Quatre-vingt-dix ans plus tard, retour sur une journée qui a contribué à transformer notre manière de regarder le monde.

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2 novembre 1936 : Londres entre dans une nouvelle ère des images

Ce lundi 2 novembre 1936, à 15 heures, la BBC inaugure officiellement son service régulier de télévision depuis Alexandra Palace, au nord de Londres. Le présentateur Leslie Mitchell accompagne les premiers pas de cette aventure. Derrière les caméras, les équipes doivent réussir une opération encore exceptionnelle : transmettre des images animées et du son à des téléspectateurs installés à distance, puis renouveler l’expérience selon des horaires annoncés. La télévision existe déjà sous plusieurs formes expérimentales. Des démonstrations ont eu lieu, des programmes ont été transmis et différents pays explorent les possibilités du nouveau média. La portée de cette journée tient donc à une combinaison précise : un service public régulier, ouvert à la réception et proposant une image qualifiée de haute définition dans le vocabulaire technique des années 1930. L’expression peut surprendre. Elle ne désigne évidemment ni la Full HD ni les écrans 4K. À cette époque, passer des images rudimentaires des premiers dispositifs à plusieurs centaines de lignes représente pourtant un progrès considérable. Les visages deviennent plus lisibles, les gestes plus faciles à suivre et les spectacles davantage reconnaissables.

Une inauguration préparée depuis plusieurs mois

Le lancement officiel ne surgit pas sans répétition. Dès l’été 1936, des transmissions expérimentales sont organisées depuis Alexandra Palace, notamment pour le salon RadiOlympia. Elles permettent aux professionnels de présenter les récepteurs et aux équipes de tester leurs installations. Le 2 novembre marque le passage à une autre ambition : faire de la télévision un rendez-vous. Cette régularité est essentielle. Une invention peut impressionner lors d’une démonstration ; pour devenir un média, elle doit aussi proposer des programmes, former des équipes et donner au public une raison de revenir.

Alexandra Palace, un palais victorien transformé en laboratoire

Alexandra Palace n’a pas été construit pour accueillir des studios de télévision. Ce vaste lieu de loisirs et de spectacles possède cependant un avantage décisif : sa position sur une hauteur londonienne, favorable à l’installation d’un émetteur. La BBC s’y installe en 1935 et transforme l’aile orientale. D’anciennes salles deviennent des studios. Il faut également aménager des espaces de répétition, des locaux techniques, des bureaux et des installations électriques adaptés. Derrière l’apparente simplicité d’une personne parlant devant une caméra se cache une infrastructure entière. Tour et mât de transmission d’Alexandra Palace, lieu du lancement de la télévision de la BBC en 1936 Source : Oxyman, tour et mât d’Alexandra Palace, photographie de 2009, Wikimedia Commons. Licence CC BY-SA 2.0. Vue contemporaine du site historique ; attribution et partage dans les mêmes conditions en cas d’adaptation.

Deux studios pour deux solutions concurrentes

L’organisation des lieux révèle les incertitudes de cette période. Le studio A accueille le système Marconi-EMI ; le studio B est associé à la société Baird. Chaque solution impose son matériel et ses contraintes. Le centre de production devient ainsi un lieu de comparaison grandeur nature. Cette coexistence rappelle que l’avenir technique de la télévision n’est pas encore fixé. Plusieurs approches ont démontré leur efficacité, mais il faut désormais déterminer laquelle permettra de produire et de diffuser des émissions dans des conditions suffisamment fiables.

Baird contre Marconi-EMI : la bataille des 240 et 405 lignes

D’un côté, la société Baird propose un système à 240 lignes, reposant notamment sur des procédés mécaniques et sur un dispositif à film intermédiaire. De l’autre, Marconi-EMI défend une solution électronique à 405 lignes. Les deux systèmes sont utilisés en alternance, par semaines, au début du service régulier. Les lignes correspondent au découpage de l’image lors de son analyse et de sa restitution. Leur nombre contribue à la finesse des détails, même si la qualité finale dépend aussi de nombreux autres éléments. L’enjeu dépasse donc une simple comparaison de chiffres : les conditions de prise de vues et la facilité d’utilisation comptent également.

La télévision, une invention collective

John Logie Baird demeure une figure majeure de cette histoire. Ses démonstrations des années 1920 ont contribué à rendre crédible la transmission d’images animées. Mais attribuer toute la télévision à un seul inventeur effacerait les recherches menées dans plusieurs pays sur les cellules photoélectriques, les tubes cathodiques et les caméras électroniques. Les travaux d’EMI mobilisent notamment une équipe dirigée par Isaac Shoenberg. Le développement de la caméra Emitron participe à l’amélioration des prises de vues. En février 1937, le choix britannique se porte sur le système Marconi-EMI. La télévision électronique s’impose pour ce service. Photographie ancienne d’une image télévisée d’Oliver Hutchinson produite par le dispositif de John Logie Baird vers 1926 Source : Wikimedia Commons, photographie d’une image télévisée d’Oliver Hutchinson vers 1926. Domaine public selon la fiche du fichier. Document de faible définition, antérieur au lancement de 1936, illustrant les premiers essais.

Un téléviseur Baird n’est pas forcément mécanique

Une confusion mérite d’être évitée : la marque d’un récepteur ne suffit pas à déterminer son fonctionnement. Les meubles Baird à couvercle miroir des années 1936-1937 peuvent utiliser un tube cathodique. Le Science Museum Group conserve ainsi un modèle T5, équipé d’un écran vertical dont l’image se regarde par réflexion. Ce curieux agencement répond à une contrainte matérielle : les tubes sont longs et doivent trouver leur place dans le meuble. Le miroir permet de rendre l’image visible au spectateur sans installer un appareil démesurément profond. L’objet évoque autant une pièce de mobilier qu’un équipement audiovisuel.

Que regardent les premiers téléspectateurs de la BBC ?

L’inauguration associe prises de parole officielles et divertissement. La chanteuse Adele Dixon interprète une chanson consacrée à la télévision. Le duo américain Buck and Bubbles participe également au programme. Pour présenter cette invention au public, la BBC s’appuie sur des artistes capables de capter immédiatement l’attention. Le nouveau média emprunte au music-hall, au théâtre et à la radio, tout en découvrant ses propres possibilités. Un spectacle pensé pour une salle ne se transpose pas automatiquement sur un petit écran. Il faut réfléchir au cadrage, à la proximité des visages et à ce que le téléspectateur distingue réellement.

Apprendre à produire pour le petit écran

Les premiers programmes constituent un terrain d’essai. Les magazines et les variétés côtoient des démonstrations pratiques. Picture Page, par exemple, fait défiler des personnalités et des invités aux profils très différents. La télévision cherche encore son rythme et ses sujets. Les équipes expérimentent aussi les prises de vues à l’extérieur. Les abords d’Alexandra Palace permettent de sortir les caméras sans trop s’éloigner des installations. Jardins, animaux et activités de plein air deviennent des sujets possibles. Le monde visible commence à élargir le répertoire du studio. Le couronnement de George VI, en mai 1937, donne une autre dimension à cette ambition. La couverture de la procession exige une organisation technique spécifique et montre l’intérêt du média pour les grands événements.

Un luxe pour quelques spectateurs avant de devenir un média populaire

En novembre 1936, la télévision reste très éloignée de l’équipement quotidien. La réception concerne surtout Londres et ses environs. Les appareils sont coûteux : Historic England évoque un prix d’environ 100 livres et rapporte une estimation basse de quelque 500 spectateurs pour l’inauguration. Ce chiffre doit être compris comme une estimation, pas comme une mesure d’audience moderne. La promesse d’un service public ne signifie donc pas encore un accès généralisé. Les premiers acheteurs doivent disposer des moyens nécessaires et vivre dans la zone couverte. Entre la prouesse technique et son adoption par une grande partie de la population, une longue étape reste à franchir. Téléviseur Baird de 1936 dans un meuble en bois avec couvercle miroir ouvert Source : Matt Brown, téléviseur Baird à couvercle miroir de 1936, Wikimedia Commons. Photographie de 2018, licence CC BY 2.0. Attribution obligatoire ; signaler toute modification.

La guerre interrompt cette première aventure

Le développement du service connaît une rupture majeure le 1er septembre 1939, lorsque la télévision britannique cesse ses émissions à l’approche de la guerre. La reprise intervient le 7 juin 1946. L’expansion d’après-guerre change ensuite l’échelle du média. La couverture s’étend, les usages se diversifient et les grands directs deviennent des événements collectifs. Le couronnement d’Élisabeth II, en 1953, représente l’un des jalons les plus marquants de cette nouvelle place de la télévision dans la société britannique.

Quatre-vingt-dix ans plus tard, une autre façon de regarder le monde

Le 2 novembre 2026 marque les 90 ans de l’inauguration d’Alexandra Palace. Cet anniversaire invite à regarder au-delà de la seule performance des appareils. En 1936, le changement tient aussi à une nouvelle relation entre un lieu de production et des spectateurs éloignés : des personnes peuvent assister, au même moment, à un spectacle qu’elles ne voient pas directement. L’histoire de la télévision est ensuite celle d’un élargissement : davantage de foyers, de territoires, de programmes et de manières de regarder. Le direct, la couleur, les satellites, puis la diffusion numérique ont successivement déplacé les possibilités du média. Revenir à Alexandra Palace permet de mesurer le chemin parcouru sans transformer ses débuts en légende. La télévision n’est pas née en une seule journée et sa popularité n’a pas été immédiate. Mais le 2 novembre 1936, la BBC a franchi un seuil essentiel : organiser durablement la rencontre entre des images transmises et un public. Une expérience encore réservée à quelques-uns annonçait un nouvel horizon culturel.

Sources et lectures complémentaires

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