14 juillet 1789 : La Prise de la Bastille, symbole fondateur de la Révolution française

Le 14 juillet 1789, la prise de la Bastille bouleverse Paris et devient le symbole fondateur de la Révolution française.

🗓️ 14 juillet 2025 📁 Histoire et Civilisations | Les Mythes Fondateurs

Le 14 juillet 1789, une foule parisienne s’empare de la Bastille, forteresse royale devenue prison d’État. L’événement ne libère que sept prisonniers, mais sa portée politique est immense : pour la première fois, le peuple de Paris fait reculer le pouvoir monarchique par les armes. La chute de la Bastille devient rapidement le symbole de la fin de l’arbitraire royal, de l’entrée du peuple dans la Révolution française et de la naissance d’un nouvel imaginaire politique fondé sur la liberté et la souveraineté nationale.

14 juillet 1789 : La Prise de la Bastille, symbole fondateur de la Révolution française
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La prise de la Bastille, le 14 juillet 1789, est l’un des événements les plus célèbres de l’histoire de France. Elle occupe une place centrale dans la mémoire collective, au point que cette date est devenue celle de la fête nationale française.

Pourtant, la forteresse parisienne ne renfermait ce jour-là que sept prisonniers. Elle ne constituait pas non plus un objectif militaire décisif à l’échelle du royaume. Sa chute prend toute son importance par ce qu’elle représente : l’effondrement visible de l’autorité absolue du roi face à une population mobilisée.

La Bastille symbolise alors les lettres de cachet, les emprisonnements arbitraires et le pouvoir royal. En s’en emparant, les Parisiens ne détruisent pas seulement une prison. Ils portent un coup spectaculaire à l’un des emblèmes les plus redoutés de la monarchie.

La France de 1789 au bord de l’explosion

Une monarchie affaiblie par la crise financière

À la veille de la Révolution française, le royaume de France traverse une grave crise financière. L’État est lourdement endetté, notamment en raison des guerres menées au XVIIIe siècle et du soutien apporté aux insurgés américains pendant la guerre d’indépendance des États-Unis.

Les recettes fiscales ne suffisent plus à couvrir les dépenses du royaume. Le système d’imposition est profondément inégalitaire : le tiers état, qui représente l’immense majorité de la population, supporte une grande partie des taxes, tandis que la noblesse et le clergé conservent de nombreux privilèges.

Louis XVI et ses ministres tentent à plusieurs reprises de réformer les finances, mais se heurtent aux résistances des ordres privilégiés. Pour sortir de l’impasse, le roi convoque les états généraux, qui ne s’étaient plus réunis depuis 1614.

Leur ouverture, le 5 mai 1789 à Versailles, fait naître de grands espoirs. Les Français ont rédigé des milliers de cahiers de doléances dans lesquels ils expriment leurs plaintes et leurs souhaits : égalité devant l’impôt, réforme de la justice, fin de certains droits féodaux ou participation plus large aux décisions politiques.

Du tiers état à l’Assemblée nationale

Très vite, les députés du tiers état contestent le fonctionnement traditionnel des états généraux. Ils refusent le vote par ordre, qui permettrait au clergé et à la noblesse de s’unir contre eux, et réclament un vote par tête.

Le 17 juin 1789, les représentants du tiers état se proclament Assemblée nationale. Ils affirment ainsi représenter la nation tout entière, et non plus seulement l’un des trois ordres de la société.

Le 20 juin, trouvant leur salle de réunion fermée, les députés se rassemblent dans la salle du Jeu de paume à Versailles. Ils jurent de ne pas se séparer avant d’avoir donné une Constitution à la France. Cet épisode, connu sous le nom de Serment du Jeu de paume, marque une rupture fondamentale : le pouvoir politique ne serait désormais plus uniquement détenu par le roi, mais également par les représentants de la nation.

Louis XVI semble d’abord céder. Pourtant, des troupes sont progressivement concentrées autour de Paris et de Versailles. La population redoute alors une répression militaire contre l’Assemblée nationale.

Le renvoi de Necker met Paris en ébullition

Un ministre populaire congédié par Louis XVI

Le 11 juillet 1789, Louis XVI renvoie Jacques Necker, son directeur général des finances. Necker est populaire auprès d’une partie de l’opinion publique, qui le considère comme favorable aux réformes et à l’Assemblée nationale.

Lorsque la nouvelle arrive à Paris, le 12 juillet, elle est interprétée comme le signe d’un coup de force royal imminent. La tension monte immédiatement.

Au Palais-Royal, le journaliste et avocat Camille Desmoulins monte sur une table et appelle la foule à prendre les armes. Selon les récits, il brandit un pistolet et annonce que le renvoi de Necker constitue le signal d’un massacre préparé contre les patriotes.

Des manifestations parcourent Paris. Des bustes de Necker et du duc d’Orléans sont portés dans les rues. Des affrontements éclatent avec les troupes royales, notamment autour des Tuileries.

Une ville gagnée par la peur et la colère

Paris connaît alors une situation explosive. Les prix du pain sont élevés, les récoltes précédentes ont été mauvaises et de nombreux habitants souffrent de la faim ou de la précarité.

À la crise politique s’ajoute donc une crise sociale. Les rumeurs se multiplient : on parle de soldats étrangers prêts à attaquer la capitale, de complots aristocratiques ou de réserves de grains volontairement dissimulées.

Les Parisiens commencent à chercher des armes. Des groupes pillent des armureries et des postes de garde. Une milice bourgeoise se constitue afin de maintenir l’ordre et de défendre la ville. Elle deviendra bientôt la Garde nationale.

Le 14 juillet au matin : les Parisiens cherchent des armes

L’assaut contre l’hôtel des Invalides

Dans la matinée du 14 juillet 1789, plusieurs dizaines de milliers de Parisiens se dirigent vers l’hôtel des Invalides. Ils savent que des armes y sont entreposées.

Le gouverneur des Invalides refuse d’abord de distribuer les fusils. La foule finit néanmoins par pénétrer dans le bâtiment et s’empare d’environ 30 000 fusils, ainsi que de plusieurs canons.

Une difficulté demeure : les armes ne peuvent être utilisées sans poudre ni munitions. Or les Parisiens apprennent qu’une importante réserve de poudre se trouve à la Bastille.

La forteresse devient donc un objectif immédiat. L’assaut n’est pas initialement lancé pour délivrer des prisonniers, mais pour récupérer les réserves nécessaires à la défense de Paris.

La Bastille, forteresse au cœur de Paris

Construite à partir du XIVe siècle pour protéger l’est de Paris, la Bastille possède huit tours massives reliées par d’épais murs. Elle est entourée de fossés et accessible par des ponts-levis.

Sous l’Ancien Régime, elle sert notamment de prison d’État. Des personnes peuvent y être enfermées sur ordre du roi, parfois au moyen d’une lettre de cachet et sans procès public.

Des écrivains et des opposants célèbres y ont été détenus. Voltaire y est emprisonné à deux reprises au début du XVIIIe siècle. Le marquis de Sade y séjourne également, avant d’être transféré quelques jours seulement avant l’assaut du 14 juillet.

En 1789, la Bastille a perdu une partie de son importance carcérale. Elle demeure néanmoins, dans l’esprit des Parisiens, un symbole puissant du secret, de la répression et de l’arbitraire royal.

L’assaut de la Bastille

Des négociations longues et confuses

Dans la matinée, des représentants des Parisiens se rendent à la Bastille pour négocier avec son gouverneur, Bernard-René de Launay. Ils demandent le retrait des canons pointés vers les quartiers environnants ainsi que la remise des armes et de la poudre.

De Launay reçoit plusieurs délégations, mais refuse de livrer la forteresse sans ordre officiel. Les discussions se prolongent. À l’extérieur, la foule devient de plus en plus nombreuse et impatiente.

Vers le début de l’après-midi, des assaillants pénètrent dans la cour extérieure après avoir franchi ou abaissé une partie des accès. Des coups de feu sont tirés. Il demeure difficile de déterminer avec certitude qui ouvre le feu en premier.

Les défenseurs de la Bastille, composés principalement de soldats invalides et de gardes suisses, tirent depuis les tours et les remparts. Plusieurs assaillants sont tués ou blessés.

L’arrivée des gardes françaises

La situation bascule lorsque des soldats des Gardes françaises rejoignent les insurgés avec des canons. Ces militaires, qui disposent d’une véritable expérience du combat, installent leurs pièces face aux portes de la forteresse.

Le gouverneur comprend que la résistance devient difficile. Craignant un massacre et peut-être l’explosion des réserves de poudre, il accepte finalement de capituler en échange de la vie sauve pour la garnison.

Vers 17 h 30, les portes de la Bastille s’ouvrent. La foule envahit la forteresse. Après plusieurs heures de combats, la prison royale est tombée.

Le bilan humain est lourd du côté des assaillants, avec près d’une centaine de morts selon les estimations généralement retenues, ainsi que de nombreux blessés. Les pertes sont beaucoup plus faibles parmi les défenseurs.

Le gouverneur de Launay tué par la foule

Une capitulation qui tourne au lynchage

Bernard-René de Launay est capturé et conduit vers l’Hôtel de Ville. Malgré la promesse de lui laisser la vie sauve, il est insulté et frappé par la foule.

Épuisé et persuadé qu’il va être tué, il aurait donné un coup de pied à l’un de ses gardiens. Il est alors massacré, puis décapité. Sa tête est placée au bout d’une pique et promenée dans les rues de Paris.

Jacques de Flesselles, prévôt des marchands de Paris, est lui aussi tué. La foule le soupçonne d’avoir trompé les insurgés et d’avoir voulu les empêcher d’obtenir des armes.

Ces violences montrent que la journée du 14 juillet ne fut pas seulement une célébration héroïque de la liberté. Elle fut aussi marquée par la peur, la vengeance et l’effondrement brutal de l’autorité.

Les sept prisonniers libérés

La foule découvre seulement sept prisonniers dans la Bastille : quatre faussaires, deux hommes considérés comme atteints de troubles mentaux et un aristocrate enfermé à la demande de sa famille.

Cette faible population carcérale sera ensuite utilisée par les adversaires de la Révolution pour minimiser l’importance de l’événement.

Mais la portée de la prise de la Bastille ne dépend pas du nombre de détenus libérés. Aux yeux des révolutionnaires, c’est le principe même de la prison d’État et de l’arbitraire monarchique qui vient d’être vaincu.

La stupeur de Louis XVI à Versailles

La nouvelle de la chute de la Bastille parvient rapidement à Versailles. Un échange célèbre aurait eu lieu dans la nuit entre Louis XVI et le duc de La Rochefoucauld-Liancourt.

Le roi aurait demandé : « C’est une révolte ? »

Le duc lui aurait répondu : « Non, Sire, c’est une révolution. »

Même si la formulation exacte de ce dialogue a pu être reconstruite ou embellie, elle résume parfaitement la portée historique de l’événement. Le 14 juillet ne constitue plus une simple émeute parisienne. Il marque un changement profond du rapport de force politique.

Louis XVI renonce à employer immédiatement la force contre Paris. Les troupes sont éloignées de la capitale et Jacques Necker est rappelé.

Le 17 juillet, le roi se rend à Paris. Il est reçu à l’Hôtel de Ville et accepte de porter la cocarde aux couleurs de la capitale, le bleu et le rouge, auxquelles est associé le blanc de la monarchie. Cette combinaison est traditionnellement présentée comme l’une des origines du drapeau tricolore français.

La prise de la Bastille accélère la Révolution

Le peuple devient un acteur politique

Avant le 14 juillet 1789, le processus révolutionnaire est principalement conduit par les députés réunis à Versailles. Après la chute de la Bastille, le peuple de Paris devient un acteur politique incontournable.

L’Assemblée nationale ne peut plus être facilement dissoute par la force. La monarchie comprend qu’une intervention militaire contre les députés provoquerait probablement une insurrection générale dans la capitale.

La création de la Garde nationale, commandée par La Fayette, illustre également la naissance d’un nouvel ordre politique. Cette force armée citoyenne doit protéger Paris tout en évitant le retour des troupes royales ou le développement d’un désordre permanent.

La municipalité parisienne est réorganisée. Jean Sylvain Bailly devient maire de Paris. Un pouvoir local révolutionnaire commence à remplacer les anciennes institutions municipales.

La Grande Peur dans les campagnes

La prise de la Bastille a des répercussions bien au-delà de Paris. Dans les provinces, les nouvelles circulent rapidement, souvent accompagnées de rumeurs exagérées.

À la fin du mois de juillet 1789, la Grande Peur se répand dans les campagnes. Des paysans craignent que des bandes de brigands, supposément payées par les aristocrates, viennent détruire les récoltes.

Dans plusieurs régions, les paysans attaquent des châteaux, brûlent des registres seigneuriaux et refusent de payer certains droits féodaux.

Cette agitation contribue à pousser l’Assemblée nationale à voter, dans la nuit du 4 août 1789, l’abolition des privilèges. Quelques semaines plus tard, le 26 août, elle adopte la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen.

La prise de la Bastille participe ainsi à une succession d’événements qui détruisent progressivement l’ordre social et politique de l’Ancien Régime.

La destruction de la forteresse et la naissance d’un mythe

La Bastille démolie pierre après pierre

Dès le lendemain de sa prise, la démolition de la Bastille commence. Elle est confiée à l’entrepreneur Pierre-François Palloy, qui comprend rapidement la valeur symbolique et commerciale de l’événement.

Palloy fait fabriquer des maquettes de la forteresse à partir de ses pierres. Certaines sont envoyées dans les départements français comme des reliques de la liberté retrouvée.

Des morceaux de chaînes, des pierres, des médailles et divers souvenirs sont distribués ou vendus. La Bastille devient ainsi l’un des premiers grands objets de mémoire de la Révolution française.

À son emplacement se trouve aujourd’hui la place de la Bastille. La colonne de Juillet qui s’y élève ne commémore cependant pas directement les événements de 1789, mais la révolution de juillet 1830.

Des vainqueurs célébrés comme des héros

Les participants à l’assaut sont désignés sous le nom de « vainqueurs de la Bastille ». Plusieurs centaines d’entre eux reçoivent des certificats, des décorations ou des récompenses.

Des récits héroïques sont publiés. Les représentations de l’événement montrent une foule unie renversant la tyrannie. Dans la réalité, les assaillants appartiennent à des milieux variés : artisans, commerçants, ouvriers, bourgeois, soldats ou habitants des faubourgs.

La mémoire révolutionnaire simplifie progressivement la journée. Elle transforme un affrontement confus et meurtrier en scène fondatrice : celle d’un peuple marchant collectivement vers la liberté.

Pourquoi le 14 juillet est-il devenu la fête nationale française ?

La Fête de la Fédération du 14 juillet 1790

Un an après la prise de la Bastille, le 14 juillet 1790, une grande cérémonie est organisée sur le Champ-de-Mars : la Fête de la Fédération.

Elle rassemble des délégations venues de toute la France. La Fayette prête serment à la nation, à la loi et au roi. Louis XVI jure lui aussi de respecter la Constitution en préparation.

Cette célébration se veut un moment d’unité nationale et de réconciliation. Elle offre une image plus pacifique que l’insurrection sanglante de 1789.

Le choix de la République en 1880

Le 14 juillet devient officiellement la fête nationale française en 1880, sous la Troisième République. La loi ne précise pas explicitement si elle commémore la prise de la Bastille de 1789 ou la Fête de la Fédération de 1790.

Cette ambiguïté permet de réunir deux héritages : l’insurrection populaire contre l’arbitraire et la célébration de l’unité nationale.

Depuis, le 14 juillet est marqué par des défilés militaires, des cérémonies officielles, des bals populaires et des feux d’artifice. Le défilé organisé à Paris est devenu l’une des manifestations les plus visibles de cette journée.

Une journée entre histoire, mémoire et symbole

La prise de la Bastille n’a pas, à elle seule, renversé la monarchie française. Louis XVI demeure roi jusqu’à l’abolition de la royauté en septembre 1792. Pourtant, l’événement modifie profondément la dynamique révolutionnaire.

Il démontre que le pouvoir royal peut être défié et vaincu. Il protège temporairement l’Assemblée nationale contre une intervention militaire. Il encourage les soulèvements dans les villes et les campagnes. Il accélère enfin la disparition des structures politiques et sociales de l’Ancien Régime.

À long terme, le 14 juillet 1789 devient une référence universelle. L’image de la foule renversant une forteresse inspire d’autres mouvements révolutionnaires en Europe et dans le monde.

L’événement rappelle également que les révolutions naissent rarement d’une seule cause. La prise de la Bastille résulte de la rencontre entre une crise financière, une pénurie alimentaire, une contestation sociale, un conflit institutionnel et la peur d’une répression militaire.

La Bastille est tombée, le peuple entre dans l’Histoire

Le 14 juillet 1789, les Parisiens ne savent pas encore que leur action deviendra l’un des symboles politiques les plus puissants de l’époque contemporaine. Ils cherchent d’abord des armes et de la poudre pour défendre leur ville. En quelques heures, ils font pourtant tomber une forteresse qui incarne l’autorité absolue du roi.

La prise de la Bastille transforme une crise politique en révolution populaire. Elle donne au peuple une place nouvelle dans la construction de la souveraineté nationale et annonce la disparition prochaine de l’Ancien Régime.

Plus de deux siècles après les événements, la forteresse a disparu, mais son nom demeure associé à la liberté, à la résistance contre l’arbitraire et à la capacité d’une population mobilisée à changer le cours de l’Histoire.

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