D’où vient Halloween ? Une histoire faite de plusieurs héritages
Chaque 31 octobre, les mêmes personnages reprennent possession des vitrines et des jardins : sorcières, fantômes, squelettes et citrouilles lumineuses. Leur familiarité pourrait laisser croire qu’Halloween possède une origine unique, facile à résumer. Son histoire ressemble pourtant davantage à un assemblage de
traditions transformées au fil du temps.
Le documentaire Les
mystères d’Halloween, réalisé par David Ryan et proposé par ARTE, invite à explorer ces racines européennes et leur voyage vers l’Amérique. Pour comprendre la fête actuelle, il faut suivre plusieurs fils : les traditions de Samhain en Irlande, les célébrations chrétiennes du début de novembre, les déplacements de populations et les pratiques festives nord-américaines.
Ces héritages se rencontrent sans former une chaîne parfaitement continue. Une lanterne photographiée au XXe siècle, un récit recueilli auprès d’une famille et un texte ancien ne renseignent pas sur la même époque. Les rapprocher permet d’éclairer une histoire ; les confondre risque de fabriquer une
tradition immuable qui n’a jamais existé sous cette forme.
Samhain : le passage vers la saison sombre
Dans le calendrier traditionnel irlandais, Samhain marque l’entrée dans l’hiver, au 1er novembre. Sa veille, Oíche Shamhna, correspond à la soirée d’Halloween. Le National Museum of Ireland présente cette période comme un moment important du cycle saisonnier, associé aux récoltes, aux repas et aux jeux.
Pour les communautés rurales, cette transition avait une dimension concrète. L’organisation de la vie dépendait du rythme des saisons, des ressources disponibles et des activités agricoles. L’arrivée de l’hiver constituait un changement majeur, auquel pouvaient se rattacher des rassemblements et des croyances particulières.
Les traditions irlandaises évoquent aussi un temps où les êtres de l’autre monde seraient particulièrement présents. Il faut lire ces récits comme des témoignages de croyances : ils racontent la manière dont des communautés interprétaient cette nuit, plutôt qu’ils ne décrivent des événements surnaturels établis.
Ce que les collectes de folklore permettent de connaître
L’
université de Maynooth rappelle l’intérêt d’une extraordinaire entreprise de collecte menée en Irlande en 1937 et 1938. Des dizaines de milliers d’écoliers ont interrogé leurs parents, grands-parents et voisins pour consigner des histoires, des usages et des superstitions.
Ces documents, conservés dans la Schools’ Collection et accessibles grâce au projet Dúchas, renseignent sur les traditions transmises dans les familles. Certains évoquent des jeux destinés à deviner un futur mariage ; d’autres décrivent de la nourriture laissée aux esprits pendant la nuit.
Ces archives donnent une profondeur humaine à Halloween. Elles montrent des gestes domestiques, des attentes et des souvenirs. Elles demandent aussi une précaution : une coutume recueillie dans les années 1930 ne peut pas être automatiquement attribuée aux habitants de l’Irlande antique.
Pourquoi Halloween se célèbre-t-elle le 31 octobre ?
Le nom même d’Halloween porte une empreinte chrétienne. Il vient de l’expression anglaise All Hallows’ Eve, la veille de la fête de tous les saints. La Toussaint est célébrée le 1er novembre ; la commémoration des fidèles défunts suit le 2 novembre.
Ces trois dates voisines ne désignent donc pas exactement la même célébration. La Toussaint honore les saints, tandis que le 2 novembre est consacré aux défunts. Halloween occupe la soirée qui précède cet ensemble de rendez-vous religieux.
Les traditions populaires ont évolué au contact de ce calendrier. La proximité des dates a favorisé des associations entre mémoire des morts, croyances locales et pratiques de veillée. L’histoire d’Halloween ne se comprend donc pleinement qu’en tenant compte de ses dimensions chrétiennes et des héritages qui les ont précédées ou accompagnées.
Des quêtes de nourriture avant les sacs de bonbons
Dans certaines régions britanniques, une pratique appelée souling consistait à demander de la nourriture autour des jours consacrés aux morts. Des gâteaux, les soul cakes, étaient associés à ces visites et aux prières pour les défunts.
English Heritage documente ces coutumes, qui appartiennent à une histoire plus large des échanges entre habitants, des chants et des quêtes saisonnières. Elles rappellent que parcourir un voisinage pour recevoir quelque chose n’est pas une invention récente.
Pour autant, la ressemblance avec les enfants d’aujourd’hui ne suffit pas à prouver une descendance directe. Les traditions peuvent se croiser, disparaître puis être réinventées sous des formes proches. L’histoire des bonbons mérite donc davantage qu’un raccourci reliant sans interruption le Moyen Âge à nos portes d’entrée.
Avant la citrouille d’Halloween, il y avait le navet
L’un des détails les plus surprenants de cette histoire se trouve dans les collections du National Museum of Ireland : une lanterne grimaçante associée à la tradition des navets creusés.
Le musée explique avoir reçu en 1943 une lanterne provenant d’une enseignante travaillant près de Fintown, dans le comté de Donegal. Elle précisait que ce type d’objet était fabriqué dans la localité autour de 1900. L’artiste du musée Eileen Barnes en a réalisé un modèle en plâtre peint.
La notice indique que des bougies étaient placées dans ces légumes pour effrayer les gens la nuit du 31 octobre. Voilà une tradition documentée qui déplace notre regard : le visage lumineux d’Halloween pouvait être taillé dans un légume bien différent de la grosse courge orange devenue emblématique.

Source :
Wikimedia Commons — photographie de Killim, 2023, sous licence
CC BY-SA 4.0. Photographie contemporaine, présentée sans modification.
Jack à la lanterne : un personnage de légende
Le nom Jack-o’-lantern est associé à des récits populaires mettant en scène un personnage condamné à errer. Dans la version résumée par le musée irlandais, Jack n’est accueilli ni au paradis ni en enfer et doit parcourir la campagne avec une lanterne.
Il s’agit d’un conte, dont les versions peuvent varier. Jack n’est pas un personnage historique identifié ayant inventé la citrouille d’Halloween.
La légende donne cependant un récit à un objet : une lumière solitaire devient celle d’un être privé de repos. Le légume creusé ne sert plus seulement à éclairer ; il porte un visage et une histoire.
Comment Halloween s’est transformée en Amérique
Au XIXe siècle, les migrations contribuent à transporter des traditions européennes de l’autre côté de l’Atlantique. Les départs depuis l’Irlande s’intensifient notamment pendant la Grande Famine, à partir du milieu des années 1840.
Les migrants emportent des souvenirs, des récits et des habitudes festives. Dans les sociétés d’accueil, ces éléments rencontrent d’autres usages et de nouvelles ressources. Le Commonwealth Museum du Massachusetts souligne le rôle des immigrants irlandais dans l’évolution d’Halloween et le remplacement des navets par des citrouilles.
Cette transformation matérielle est décisive pour l’image de la fête. La lanterne change de forme et de couleur. La courge orange devient progressivement l’un des signes les plus immédiatement reconnaissables du 31 octobre.

Source :
Wikimedia Commons — photographie de Toby Ord, 2003, sous licence
CC BY-SA 2.5. Image présentée sans modification.
Les cartes postales montrent une fête déjà réinventée
Les objets imprimés permettent d’observer cette évolution. Le musée américain The Henry Ford conserve des cartes d’Halloween du début du XXe siècle. Ses notices décrivent un mélange de traditions devenu spécifiquement américain à la fin du XIXe siècle.
Ces cartes réunissent des chats noirs, des sorcières et des scènes de jeux ou de mystère. Elles témoignent aussi d’un usage social : adresser des vœux saisonniers à ses proches.
La carte illustrée ci-dessous, attribuée à Frances Brundage et datée d’environ 1910, montre que l’imagerie d’Halloween circulait déjà sur des supports populaires bien avant les réseaux sociaux. Elle constitue un document sur son époque, pas une représentation des fêtes celtiques
anciennes.

Source :
Wikimedia Commons — Frances Brundage, vers 1910. Œuvre ancienne dans le domaine public.
« Des bonbons ou un sort » : une tradition aux origines discutées
Le trick or treat est aujourd’hui l’un des rituels les plus connus d’Halloween. Des enfants costumés parcourent le voisinage et réclament des friandises. Pourtant, expliquer précisément comment cette pratique s’est constituée demande de distinguer les ressemblances des preuves.
Dans une analyse publiée par l’American Folklife Center de la Library of Congress, le folkloriste Stephen Winick examine plusieurs traditions de visites costumées et de quêtes. Il souligne que la filiation directe entre souling britannique et trick or treat américain n’est pas démontrée.
Il présente notamment les travaux de Tad Tuleja, qui accordent une place importante aux anciennes mascarades de Thanksgiving dans l’histoire américaine de ces tournées. Plusieurs influences ont ainsi pu participer à la formation du rituel.
Une coutume moderne plutôt qu’un vestige intact
Cette diversité ne retire rien à l’intérêt d’Halloween. Elle montre comment une pratique peut se construire par emprunts et adaptations.
Les archives de presse réunies par la Library of Congress documentent également la place des farces dans les célébrations américaines. L’image actuelle d’une tournée enfantine essentiellement consacrée aux bonbons ne résume donc pas tous les usages antérieurs.
Le bon réflexe historique consiste à poser plusieurs questions : où la coutume est-elle attestée ? À quelle date ? Qui la décrit ? Une réponse précise, même partielle, est plus instructive qu’une origine unique affirmée sans preuve.
Halloween 2026 : une occasion de redécouvrir un patrimoine vivant
Cette histoire trouve un prolongement dans l’actualité culturelle. Dans le cadre de Cultúr 2026, programme accompagnant la présidence irlandaise du Conseil de l’Union européenne, plusieurs manifestations mettent à l’honneur Samhain et les traditions qui ont nourri Halloween.
Le programme officiel annonce notamment le Portlaoise Samhain Folklore Festival du 30 octobre au 1er novembre 2026. À Paris, une Samhain Party est annoncée au Théâtre de la Ville le 1er novembre, autour de la musique, de la danse et de la création artistique.
Ces événements rappellent que le folklore continue d’être raconté et interprété. Une fête peut conserver des références anciennes tout en accueillant de nouvelles formes de spectacle et de participation.
La prochaine fois qu’une citrouille s’allumera devant une porte, elle pourra ainsi évoquer plusieurs histoires à la fois : un navet creusé dans une communauté irlandaise, les traditions transportées par des migrants, une carte postale du début du XXe siècle ou une fête de quartier contemporaine. C’est dans ces transformations que se trouve une grande partie de la richesse d’Halloween.
À voir : Les mystères d’Halloween sur ARTE
Réalisé par David Ryan, le documentaire Les mystères d’Halloween propose un voyage entre traditions irlandaises, récits fantastiques et transformations américaines. Cette production franco-irlandaise de 2025 dure 91 minutes.
La fiche officielle consultée annonce une disponibilité jusqu’au 23 janvier 2027 :
regarder Les mystères d’Halloween sur ARTE.
La vidéo est également référencée sur
YouTube.
Pour une présentation générale et des pistes complémentaires :
Halloween sur Wikipédia.
Sources et références
ARTE — Les mystères d’Halloween : présentation officielle du documentaire, réalisation, durée et disponibilité.
National Museum of Ireland — Ghost turnip : notice sur les lanternes de navets, l’objet collecté en 1943 et la légende de Jack.
Université de Maynooth — Preserving Samhain: Halloween in the Schools’ Collection of Irish folklore : collecte de folklore et traditions familiales irlandaises.
Library of Congress — Halloween & Día de Muertos Resources : ressources historiques et folkloriques sur Halloween.
English Heritage — What are soul cakes and what’s their link with Halloween? : quêtes et gâteaux associés à la mémoire des défunts.
Stephen Winick, Library of Congress — Masking and Mumming for the Holidays, Thanksgiving Style! : analyse critique des filiations proposées pour le trick or treat.
Commonwealth Museum du Massachusetts — Halloween: History of a Holiday : immigration irlandaise et évolution américaine des lanternes.
The Henry Ford — Hallowe’en, circa 1910 : carte postale et histoire de l’imagerie festive américaine.
Library of Congress — Halloween Traditions to Follow: Tricks and Treats of the Season, 27 octobre 2026 : traditions documentées dans la presse ancienne.
Présidence irlandaise du Conseil de l’Union européenne — From Samhain to Halloween, Cultúr 2026 : manifestations culturelles annoncées en Irlande et en Europe.