Charles de Gaulle incarne à lui seul une certaine idée de la France. Soldat, résistant, écrivain, chef d’État, il traverse le XXe siècle en laissant une empreinte indélébile sur l’histoire nationale et internationale. Du fracas des tranchées de 1914 à la fondation de la Ve République, en passant par l’appel du 18 juin 1940, son parcours relève à la fois de la tragédie et de l’épopée. Qui était vraiment cet homme que ses contemporains appelaient déjà « le Général » comme une évidence ? Retour sur l’itinéraire d’un géant.
De Gaulle : histoire d’un géant
Une jeunesse marquée par l’histoire et la foi
Né le 22 novembre 1890 à Lille dans une famille catholique et patriote, Charles de Gaulle grandit dans un environnement imprégné de culture et d’histoire. Son père, professeur de lettres, lui transmet le goût des grands récits nationaux. Très tôt, le jeune Charles développe une conscience aiguë de la grandeur et des blessures de la France, notamment après la défaite de 1870 face à la Prusse.
Élève à Saint-Cyr, il choisit la carrière militaire par vocation.
Déjà, il nourrit une réflexion stratégique originale, convaincu que les guerres modernes seront dominées par la mobilité et les blindés
— une intuition visionnaire qui ne sera reconnue que plus tard.
La Première Guerre mondiale : l’épreuve du feu
Lorsque la Grande Guerre éclate en 1914, de Gaulle est lieutenant. Blessé à plusieurs reprises, il est finalement fait prisonnier à Verdun en 1916. Il tente de s’évader à cinq reprises, sans succès. Cette captivité forge son caractère et sa détermination.
La guerre lui laisse une conviction profonde : la France doit se moderniser militairement. Dans les années 1930, il publie Vers l’armée de métier, plaidoyer pour une armée professionnelle mécanisée. Mais ses idées rencontrent peu d’écho dans une France traumatisée par le conflit.
18 juin 1940 : l’homme du refus
En juin 1940, la France est vaincue par l’Allemagne nazie. Alors que le maréchal Pétain demande l’armistice, de Gaulle, alors général à titre temporaire et sous-secrétaire d’État à la Guerre, refuse la capitulation.
Le 18 juin 1940, depuis Londres, il lance sur les ondes de la BBC un appel à poursuivre le combat. Peu entendu sur le moment, cet appel deviendra le symbole de la Résistance française. « La flamme de la résistance française ne doit pas s’éteindre et ne s’éteindra pas », proclame-t-il.
Il fonde la France libre et s’impose progressivement comme le chef incontesté de la Résistance extérieure. Son obstination lui vaut l’admiration de Winston Churchill, mais aussi des tensions avec les Alliés.
Le chef de la France libérée
En août 1944, Paris est libéré. De Gaulle descend les Champs-Élysées sous les acclamations. Il prend la tête du Gouvernement provisoire de la République française et engage d’importantes réformes : droit de vote accordé aux femmes, création de la Sécurité sociale, nationalisations stratégiques.
Cependant, en 1946, en désaccord avec le régime parlementaire qu’il juge instable, il démissionne. Il se retire à Colombey-les-Deux-Églises, dans sa demeure de La Boisserie, sans jamais renoncer à son idée d’une France forte.
1958 : la naissance de la Ve République
La crise algérienne et l’instabilité politique de la IVe République rappellent de Gaulle au pouvoir en 1958. Il accepte de revenir à condition de réformer les institutions.
La Constitution de la Ve République, adoptée par référendum, renforce considérablement les pouvoirs du président. De Gaulle est élu président en 1959. Il engage alors une politique d’indépendance nationale : développement de la force de dissuasion nucléaire, retrait du commandement intégré de l’OTAN en 1966, politique étrangère autonome vis-à-vis des États-Unis et de l’URSS.
Sa gestion de la guerre d’Algérie marque un tournant. Après avoir envisagé différentes options, il conduit finalement le pays vers l’indépendance algérienne en 1962, suscitant autant de soutiens que d’oppositions.
Mai 1968 : le géant contesté
En mai 1968, la France connaît une crise sociale et étudiante majeure. Manifestations, grèves générales, contestation de l’autorité : le pouvoir gaullien vacille.
De Gaulle disparaît brièvement à Baden-Baden pour consulter le général Massu, puis revient à Paris et prononce un discours ferme. Il dissout l’Assemblée nationale et remporte les élections législatives. Pourtant, son autorité est fragilisée.
En 1969, un référendum sur la réforme du Sénat et des régions est rejeté. Fidèle à sa parole, il démissionne immédiatement. Ce geste, rare en politique, témoigne de son attachement au suffrage populaire.
L’homme derrière le mythe
De Gaulle était un homme de haute stature — près d’1,96 mètre — ce qui renforçait son aura. Mais au-delà de l’image, il était aussi un écrivain talentueux. Ses Mémoires de guerre sont salués pour leur style littéraire puissant et leur souffle historique.
Il cultivait une certaine distance, voire une solitude assumée. « Toute ma vie, je me suis fait une certaine idée de la France », écrit-il en ouverture de ses mémoires. Cette phrase résume son engagement : servir une vision plus grande que lui-même.
Un héritage toujours vivant
Charles de Gaulle meurt le 9 novembre 1970 à Colombey-les-Deux-Églises. Conformément à ses volontés, ses obsèques sont simples. Pourtant, le monde entier rend hommage à celui qui incarna la France libre.
Aujourd’hui encore, son héritage structure la vie politique française. La Ve République demeure son œuvre institutionnelle majeure. Son nom est associé à l’indépendance nationale, à la souveraineté et à une certaine idée de l’autorité de l’État.
Des générations de responsables politiques, de droite comme de gauche, revendiquent son héritage. Son image continue d’habiter les débats contemporains sur la place de la France dans le monde.
Un destin hors norme au service de la France
Charles de Gaulle fut plus qu’un président : il fut une incarnation. Dans les heures les plus sombres de 1940 comme dans les crises de la modernité, il choisit toujours l’audace et la fidélité à sa vision. Géant par la taille, par la pensée et par l’histoire, il demeure l’une des figures les plus marquantes du XXe siècle.
Comprendre de Gaulle, c’est comprendre une part essentielle de l’âme politique française.