La campagne de 1805 : Napoléon face à la Troisième Coalition
Une Europe unie contre l'ambition impériale française
En 1805, Napoléon Bonaparte est empereur des Français depuis moins d'un an. Son couronnement, célébré le 2 décembre 1804 à Notre-Dame de Paris, a consacré l'ascension exceptionnelle de cet ancien général de la Révolution. Mais cette nouvelle puissance impériale suscite l'inquiétude des monarchies européennes. Le Royaume-Uni, l'Autriche et la Russie participent à la formation de la Troisième Coalition, destinée à contenir l'influence française sur le continent. Napoléon prépare initialement une invasion de l'Angleterre. Une importante armée est rassemblée au camp de Boulogne. Cependant, l'entrée en guerre de l'Autriche et l'arrivée annoncée des troupes russes l'obligent à modifier ses plans. En quelques semaines, les soldats français quittent les côtes de la Manche et se dirigent vers le Rhin. Cette réorientation stratégique donne naissance à l'une des campagnes les plus remarquables du Premier Empire.
La Grande Armée marche vers le Danube
En septembre 1805, Napoléon engage sa Grande Armée dans une vaste manœuvre visant à contourner les positions autrichiennes. Plutôt que d'attaquer frontalement les forces adverses, il cherche à couper leurs voies de communication et de retraite. La vitesse des marches françaises et la coordination des différents corps d'armée permettent de surprendre les Autrichiens. Ces derniers sont commandés, dans la région d'Ulm, par le général Karl Mack von Leiberich. Convaincu que les Français arriveront principalement par l'ouest, Mack voit progressivement ses communications menacées par les mouvements français plus au nord et à l'est. Napoléon cherche alors à enfermer l'armée autrichienne avant que les renforts russes ne puissent intervenir. Les opérations se concentrent en Souabe, dans le sud de l'Allemagne actuelle, autour d'Ulm, d'Elchingen, de Nördlingen et de Neresheim.
Joachim Murat, le cavalier audacieux de Napoléon
Parmi les principaux acteurs de cette campagne figure Joachim Murat, l'un des officiers les plus spectaculaires de l'épopée napoléonienne. Né le 25 mars 1767 à La Bastide-Fortunière, aujourd'hui Labastide-Murat, dans le Lot, il s'illustre pendant les guerres révolutionnaires avant de devenir l'un des plus fidèles compagnons d'armes de Bonaparte. En 1800, il épouse Caroline Bonaparte, sœur du futur empereur. Élevé à la dignité de maréchal d'Empire en mai 1804, Murat se distingue par son énergie, son courage et son talent dans le commandement des troupes montées. Ses uniformes richement décorés, ses panaches et sa présence impressionnante à cheval contribuent à construire sa légende. Mais derrière cette image flamboyante se cache un commandant capable de conduire de vastes opérations de cavalerie. Durant la campagne d'Ulm, Napoléon lui confie une responsabilité essentielle : exploiter les mouvements de l'ennemi, poursuivre les colonnes autrichiennes et contribuer à fermer les routes de retraite.
17 octobre 1805 : le combat de Neresheim
Neresheim, une position stratégique en Souabe
Le combat de Neresheim se déroule autour de la localité de Neresheim, située dans le Jura souabe, à l'est de l'actuel Bade-Wurtemberg. Cette région est traversée par plusieurs routes importantes reliant les villes et les vallées de Souabe. À l'automne 1805, elles présentent un intérêt militaire pour des troupes cherchant à se retirer ou à rejoindre d'autres formations. À cette date, la situation autrichienne est devenue particulièrement préoccupante. Les Français ont remporté plusieurs engagements et progressent dans l'encerclement d'Ulm. Le 14 octobre, la victoire française à Elchingen, remportée sous le commandement du maréchal Ney, a notamment contribué à resserrer l'étau autour des positions ennemies. Dans les jours suivants, les commandants autrichiens cherchent encore des possibilités de sortie. Plusieurs détachements tentent de gagner des régions moins exposées à la pression française. C'est dans ce contexte que les forces de Murat rencontrent des éléments autrichiens près de Neresheim.
La cavalerie française entre en action
Le 17 octobre 1805, les troupes placées sous le commandement de Murat affrontent des forces autrichiennes dans le secteur de Neresheim. Les Français obtiennent l'avantage et contraignent leurs adversaires à se replier. L'engagement est généralement présenté comme une victoire française dans les chronologies militaires de la campagne d'Ulm. Il faut toutefois distinguer ce fait établi des récits plus détaillés que l'on pourrait être tenté de reconstituer. Les sources synthétiques disponibles ne permettent pas toujours de fixer avec certitude les effectifs engagés, les pertes exactes ou la succession précise des charges de cavalerie. L'importance de Neresheim réside principalement dans son contexte opérationnel : les unités autrichiennes, déjà désorganisées, doivent faire face à la pression constante des forces françaises. La cavalerie joue alors un rôle particulièrement utile. Elle peut reconnaître les itinéraires, surveiller les mouvements adverses, intercepter des détachements et poursuivre les unités en retraite. Murat possède précisément les qualités nécessaires pour ce type de mission.
Une victoire qui accentue la désorganisation autrichienne
Le combat de Neresheim ne présente pas les dimensions d'une grande bataille rangée comparable à Austerlitz ou à Wagram. Il correspond davantage à un engagement s'inscrivant dans une succession de manœuvres, de poursuites et d'affrontements locaux. Ce type d'action occupe néanmoins une place essentielle dans l'art militaire napoléonien. Une armée peut perdre sa liberté de mouvement sans avoir subi une destruction complète sur un champ de bataille. En multipliant les pressions sur les routes et les colonnes ennemies, les Français compliquent les tentatives autrichiennes de réorganisation. Le succès de Murat à Neresheim participe à cette dynamique générale, même s'il serait excessif de lui attribuer à lui seul la capitulation d'Ulm, déjà rendue probable par l'ensemble des opérations françaises.
La stratégie de Napoléon : vaincre par la rapidité et l'encerclement
Pourquoi la campagne d'Ulm est-elle considérée comme un chef-d'œuvre militaire ?
La campagne d'Ulm est souvent étudiée comme un exemple particulièrement réussi de manœuvre stratégique. Napoléon ne cherche pas seulement à remporter une bataille. Il veut placer l'adversaire dans une situation où ses possibilités de résistance et de retraite deviennent extrêmement limitées. Pour cela, il s'appuie sur plusieurs principes : la rapidité de déplacement, la coordination des corps d'armée, la connaissance des axes de communication et l'exploitation immédiate des faiblesses ennemies. Le système des corps d'armée permet à la Grande Armée de marcher sur différents itinéraires tout en conservant la capacité de concentrer rapidement ses forces. Les maréchaux Soult, Ney, Lannes, Davout et Bernadotte, parmi d'autres commandants, participent à cette campagne complexe. Murat, avec la cavalerie, joue un rôle complémentaire en contribuant à la reconnaissance et à la poursuite. Napoléon démontre ainsi qu'une victoire peut être préparée bien avant l'affrontement principal, par la maîtrise du mouvement et des communications.
Le rôle de Murat dans la fermeture du piège
Une armée encerclée peut encore chercher à s'échapper en détachant des colonnes mobiles ou en exploitant des routes secondaires. Le travail de la cavalerie consiste précisément à repérer et à gêner ces mouvements. Pendant la campagne d'Ulm, Murat participe à cette mission de surveillance et d'interception, dans une situation militaire qui évolue rapidement. Il faut cependant rappeler que toutes les forces autrichiennes ne sont pas capturées. Certaines colonnes, notamment des éléments commandés par l'archiduc Ferdinand et le général Schwarzenberg, parviennent à s'échapper de l'encerclement. Cette nuance est importante : la campagne française est une réussite spectaculaire, mais elle n'aboutit pas à la destruction ou à la capture de chaque unité autrichienne présente en Souabe. La victoire de Neresheim prend donc tout son sens lorsqu'elle est replacée parmi les nombreux engagements ayant contribué à affaiblir la position de Mack.
Du combat de Neresheim à la capitulation d'Ulm
20 octobre 1805 : l'armée de Mack capitule
Trois jours après le combat de Neresheim, la campagne d'Ulm atteint son dénouement. Le 20 octobre 1805, les forces autrichiennes encerclées à Ulm déposent les armes. Le général Mack se rend à Napoléon, accompagné d'une grande partie de son armée. Les effectifs capturés au cours de la campagne se comptent par dizaines de milliers. Les chiffres diffèrent selon que l'on considère la capitulation d'Ulm elle-même ou l'ensemble des combats et redditions de la campagne. Pour l'Autriche, la défaite est considérable. Une armée importante a été neutralisée avant même l'arrivée des principales forces russes. Pour Napoléon, cette réussite confirme l'efficacité d'une stratégie reposant sur le mouvement plutôt que sur un seul affrontement décisif. La célèbre formule attribuée à Napoléon selon laquelle il aurait vaincu l'armée autrichienne « avec les jambes de ses soldats » résume bien l'esprit de cette campagne, même si ses formulations exactes varient selon les récits historiques.
Une victoire française sans grande bataille générale
L'un des aspects remarquables de la campagne d'Ulm est que son résultat est obtenu par une série d'opérations plutôt que par une unique bataille rangée. Les succès de Wertingen, de Günzburg, d'Elchingen et les engagements autour de Neresheim participent à la dégradation progressive de la situation autrichienne. Cette succession de mouvements démontre l'importance des opérations dites secondaires dans une campagne militaire. Pour les soldats, pourtant, ces actions n'ont rien de secondaire. Les marches forcées, les mauvaises conditions météorologiques, la fatigue, les affrontements locaux et les incertitudes représentent des épreuves constantes. C'est aussi cette réalité quotidienne de la guerre qu'il faut garder à l'esprit derrière les cartes d'état-major et les récits de victoires impériales.
Après Neresheim, la route vers Austerlitz
Napoléon poursuit son offensive vers Vienne
La capitulation d'Ulm ne met pas fin à la guerre de 1805. Les forces russes continuent d'opérer à l'est, tandis que l'Autriche demeure engagée dans la coalition. Napoléon pousse donc son armée vers Vienne, qu'il fait occuper en novembre 1805. Les forces françaises poursuivent ensuite les armées austro-russes en direction de la Moravie, dans l'actuelle République tchèque. La campagne devient une course entre des armées qui cherchent à conserver leurs communications et à choisir les conditions de l'affrontement. Murat reste au premier plan des opérations de cavalerie. Son audace et sa rapidité constituent des atouts, même si ses décisions ne sont pas exemptes d'erreurs.
2 décembre 1805 : le triomphe d'Austerlitz
Le 2 décembre 1805, exactement un an après son sacre, Napoléon remporte la bataille d'Austerlitz contre les forces austro-russes. Cette victoire, souvent surnommée la « bataille des Trois Empereurs », devient l'un des plus grands succès militaires du règne. La cavalerie de Murat participe aux opérations de la journée, au sein d'une armée dont les différentes composantes doivent agir de manière coordonnée. Austerlitz entraîne un bouleversement majeur de l'équilibre européen. L'Autriche signe le traité de Presbourg le 26 décembre 1805, tandis que les transformations politiques provoquées par la victoire française contribuent à la disparition du Saint-Empire romain germanique en 1806. Le combat de Neresheim appartient ainsi à une séquence militaire dont les conséquences dépassent largement la petite ville allemande où il s'est déroulé.
Joachim Murat, de maréchal d'Empire à roi de Naples
Une carrière militaire exceptionnelle
Les succès de 1805 renforcent la réputation de Joachim Murat auprès de Napoléon. En 1806, il devient grand-duc de Berg et de Clèves. Deux ans plus tard, en 1808, Napoléon le place sur le trône de Naples. Murat devient alors roi de Naples, tout en conservant son tempérament de cavalier. Il continue de participer aux guerres napoléoniennes et s'illustre notamment lors de la campagne de Russie en 1812, où il dirige d'importantes forces montées. Cependant, son parcours politique devient de plus en plus complexe. Cherchant à préserver son royaume après les revers de l'Empire, il finit par se rapprocher des ennemis de Napoléon, avant de tenter à nouveau de défendre ses ambitions italiennes. Son destin se termine tragiquement le 13 octobre 1815, lorsqu'il est fusillé à Pizzo, en Calabre, après l'échec d'une tentative de reconquête du royaume de Naples. Dix ans presque jour pour jour séparent donc le combat de Neresheim de la mort de Murat.
Un chef de guerre devenu personnage de légende
Murat reste l'une des figures les plus reconnaissables de l'épopée napoléonienne. Ses tenues spectaculaires, son goût du risque et ses charges de cavalerie ont profondément marqué les représentations artistiques du Premier Empire. Mais sa légende doit être distinguée de la réalité historique. Un commandant de cavalerie ne remportait pas seul les campagnes et les combats : les résultats dépendaient aussi des reconnaissances, des officiers subalternes, des soldats et de l'intervention des autres armes. Cette distinction permet de mieux comprendre le combat de Neresheim. Murat y apparaît comme un acteur important d'une opération collective, et non comme le seul artisan du succès français en Souabe.
Neresheim aujourd'hui : un lieu discret de l'histoire napoléonienne
Une ville allemande au riche passé
Aujourd'hui, Neresheim est une petite ville du Bade-Wurtemberg, connue notamment pour sa remarquable abbaye bénédictine. L'abbaye de Neresheim, dont l'église baroque est associée à l'architecte Balthasar Neumann, constitue l'un des principaux monuments patrimoniaux de la région. La ville conserve ainsi un patrimoine qui dépasse largement l'histoire des guerres napoléoniennes. En 1805, le paysage de cette région était composé de petites localités, de terres agricoles, de voies de communication et de reliefs qui influençaient les déplacements des armées. Comprendre la topographie de ces lieux permet de mieux saisir les difficultés rencontrées par les soldats, les cavaliers et les convois militaires.
Pourquoi cette victoire est-elle peu connue ?
Dans la mémoire collective, les guerres napoléoniennes sont dominées par quelques grandes batailles : Marengo, Austerlitz, Iéna, Wagram, Borodino ou Waterloo. Les combats plus modestes, comme celui de Neresheim, passent souvent au second plan. Pourtant, ils aident à comprendre le déroulement réel des campagnes. Les grandes victoires sont rarement le résultat d'un seul événement. Elles sont préparées par une multitude d'actions locales, de mouvements et de décisions. Neresheim témoigne précisément de cette histoire moins spectaculaire, mais essentielle. Étudier ce combat revient à observer la guerre napoléonienne à une échelle différente : celle des routes, des détachements, des poursuites et des occasions saisies par les commandants.
17 octobre 1805 : une petite victoire au cœur d'un immense succès napoléonien
Le combat de Neresheim, remporté par les Français sous le commandement de Joachim Murat le 17 octobre 1805, s'inscrit dans les derniers jours de la campagne d'Ulm. Sans avoir l'ampleur des grandes batailles napoléoniennes, cet engagement illustre l'efficacité de la pression exercée par la Grande Armée sur les forces autrichiennes déjà encerclées ou en mouvement. Trois jours plus tard, la capitulation d'Ulm consacre la réussite de la stratégie de Napoléon. Quelques semaines après, Austerlitz parachève une campagne qui transforme durablement l'équilibre politique de l'Europe. Neresheim rappelle qu'une grande victoire militaire se construit aussi par une succession de combats méconnus, où la rapidité, la coordination et la maîtrise du terrain comptent autant que la gloire des champs de bataille.
Sources historiques et pour aller plus loin
Wikipédia – Combat de Neresheim : présentation de l'engagement du 17 octobre 1805.
Wikipédia – Joachim Murat : biographie du maréchal d'Empire et roi de Naples.
Wikipédia – Campagne d'Allemagne de 1805 : contexte des opérations.
Wikipédia – Bataille d'Ulm : encerclement et capitulation autrichienne.
David G. Chandler, The Campaigns of Napoleon, Macmillan, 1966.
Wikimedia Commons – Joachim Murat : portraits et représentations historiques.
