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Louis XVIII et la Restauration des Bourbons

🗓️ 11/02/2026 · 47:09 · 👁️‍🗨️ 9 vues -

Après la chute de Napoléon Bonaparte, la France, épuisée par plus de vingt ans de révolutions et de guerres, cherche un nouvel équilibre. En 1814, puis définitivement en 1815 après Waterloo, Louis XVIII monte sur le trône et restaure la monarchie des Bourbons. Entre nostalgie de l’Ancien Régime et héritage révolutionnaire, son règne inaugure une période complexe : la Restauration. Un moment décisif où la France tente de concilier tradition monarchique et aspirations libérales.

Louis XVIII et la Restauration des Bourbons

Le retour inattendu d’un roi en exil

Louis XVIII, frère cadet de Louis XVI, n’était pas destiné à régner longtemps. Exilé pendant plus de vingt ans à travers l’Europe — de Coblence à Varsovie, puis en Angleterre — il observe de loin la Révolution française et l’ascension de Napoléon.

Lorsque l’Empire s’effondre en 1814 sous les coups des puissances européennes coalisées, les Alliés souhaitent rétablir la monarchie en France afin de garantir la stabilité du continent. Louis XVIII revient alors à Paris en avril 1814.

Mais le contexte a radicalement changé depuis 1789. Impossible de restaurer l’Ancien Régime tel quel. Les Français ont connu la Déclaration des droits de l’homme, la suppression des privilèges et un nouvel ordre social. Louis XVIII comprend qu’il doit composer avec cet héritage.

La Charte constitutionnelle de 1814

Le 4 juin 1814, le roi octroie la Charte constitutionnelle. Ce texte fondamental établit une monarchie constitutionnelle inspirée à la fois de l’Ancien Régime et du modèle britannique.

La Charte reconnaît plusieurs acquis de la Révolution :

  • L’égalité devant la loi

  • La liberté religieuse

  • Le maintien du Code civil

  • L’inviolabilité des biens nationaux

Mais elle affirme aussi la souveraineté royale : le roi détient le pouvoir exécutif, nomme les ministres et partage l’initiative des lois avec les chambres.

Le suffrage reste censitaire : seuls les hommes les plus riches peuvent voter. Environ 100 000 électeurs pour une population de près de 30 millions d’habitants. Cette restriction nourrit rapidement les critiques des libéraux.

Louis XVIII se présente comme un monarque « constitutionnel et paternel ». Il cherche l’équilibre, mais les tensions politiques sont profondes.

Les Cent-Jours : l’interruption napoléonienne

En mars 1815, Napoléon s’évade de l’île d’Elbe et débarque en France. En quelques semaines, il reprend le pouvoir. Louis XVIII fuit à Gand. Cette période, appelée les Cent-Jours, s’achève avec la défaite définitive de Napoléon à Waterloo le 18 juin 1815.

Le retour du roi est plus fragile qu’en 1814. La France est occupée par les armées étrangères et doit payer de lourdes indemnités de guerre. Le climat politique se radicalise.

La « Terreur blanche » et les divisions politiques

Après 1815, les ultra-royalistes, partisans d’un retour à une monarchie forte et traditionnelle, dominent la Chambre des députés. Cette assemblée, surnommée la « Chambre introuvable » par Louis XVIII lui-même tant elle est royaliste, réclame des mesures sévères contre les anciens révolutionnaires et bonapartistes.

Des violences éclatent dans le sud de la France : c’est la « Terreur blanche ». D’anciens soutiens de l’Empire sont persécutés. Le maréchal Ney, pourtant héros de l’Empire, est exécuté en décembre 1815 pour trahison.

Louis XVIII, plus modéré que les ultras, dissout la Chambre en 1816 afin de rétablir un certain équilibre. Il comprend qu’une politique trop réactionnaire pourrait rallumer les braises révolutionnaires.

Un règne d’équilibre fragile

Entre 1816 et 1820, la France connaît une période de relative stabilité. Le duc de Richelieu puis Élie Decazes dirigent le gouvernement. Les troupes étrangères quittent le territoire en 1818, signe du retour progressif de la France dans le concert des nations.

Sur le plan économique, le pays se reconstruit. La Révolution et l’Empire ont profondément transformé la société : une nouvelle bourgeoisie d’affaires émerge, profitant du développement industriel naissant.

Mais les tensions persistent entre trois grandes forces politiques :

  • Les ultra-royalistes

  • Les constitutionnels modérés

  • Les libéraux

L’assassinat du duc de Berry en 1820, neveu du roi et espoir dynastique, provoque un tournant conservateur. Les ultras reprennent l’avantage et imposent des lois restrictives sur la presse et le suffrage.

Une monarchie entre deux époques

Louis XVIII incarne une figure paradoxale. Physiquement affaibli — il souffre de la goutte et se déplace difficilement — il se montre politiquement habile. Pragmatique, cultivé, doté d’un certain humour, il sait que le monde a changé.

Il aurait déclaré : « Il faut savoir finir une révolution. » Cette phrase résume son ambition : tourner la page sans effacer totalement les transformations profondes qu’elle a engendrées.

La Restauration marque ainsi une tentative de synthèse entre tradition monarchique et modernité politique. Contrairement à son frère Charles X, qui lui succédera en 1824 et tentera une politique plus autoritaire, Louis XVIII cherche le compromis.

Héritage et conséquences à long terme

La Restauration pose les bases d’une vie parlementaire moderne en France. Même limité, le débat politique s’institutionnalise. La presse d’opinion se développe. Les idées libérales gagnent du terrain.

Cependant, les frustrations accumulées conduiront à la Révolution de 1830, qui renversera Charles X et instaurera la monarchie de Juillet sous Louis-Philippe.

Louis XVIII laisse donc un héritage ambivalent : il n’a ni restauré pleinement l’Ancien Régime, ni instauré une démocratie véritable. Mais il a permis une transition relativement pacifique après l’épopée napoléonienne, évitant à la France une nouvelle guerre civile.

Son règne apparaît aujourd’hui comme une étape charnière, un pont entre la Révolution française et les monarchies constitutionnelles du XIXe siècle.

Une tentative de réconciliation nationale

La Restauration des Bourbons ne fut ni un simple retour en arrière, ni une continuité révolutionnaire. Elle fut un compromis fragile entre mémoire monarchique et acquis révolutionnaires. Louis XVIII, roi pragmatique dans un siècle agité, tenta de réconcilier deux France opposées.

Son règne rappelle que l’histoire n’est pas faite uniquement de ruptures spectaculaires, mais aussi d’ajustements subtils et de transitions patientes. Entre trône et Constitution, la France expérimenta alors une nouvelle manière de gouverner qui influencera durablement son évolution politique.