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L’Algérie française (1830-1962) de la conquête à l'indépendance

🗓️ 07/02/2026 · 6:46 · 👁️‍🗨️ 1 vues -

L’Algérie française (1830-1962) : un siècle et demi de colonisation, conflits et mémoires

L’Algérie a été pendant plus d’un siècle une colonie française, puis un territoire considéré comme partie intégrante de la République. Cette présence coloniale, commencée par une expédition militaire en 1830, s’achève dans la douleur par la guerre d’indépendance et l’exode de centaines de milliers de colons. Cette période charnière, faite de domination, d'inégalités, de révoltes et d'espoirs, continue de hanter les mémoires collectives des deux rives de la Méditerranée.

1830 : une conquête coloniale au nom de l'honneur

Le contexte de l’intervention française

La conquête de l’Algérie débute officiellement le 5 juillet 1830, lorsque les troupes françaises prennent Alger. Le prétexte : une insulte faite par le dey d’Alger à un consul français. Mais derrière cette justification diplomatique, l’enjeu est politique : Charles X, en difficulté, cherche une diversion en lançant une expédition coloniale.

La prise d’Alger marque le début d’une guerre de conquête brutale, avec pillages, exactions, et résistance farouche des populations locales. La colonisation se heurte notamment à l’émir Abd el-Kader, qui mène une guerre sainte (djihad) contre l’envahisseur jusqu’en 1847.

L’Algérie devient une colonie de peuplement

Une "France d’outre-mer" construite à marche forcée

Dès 1848, l’Algérie est divisée en trois départements (Alger, Oran, Constantine), et considérée comme une extension territoriale de la France. Elle devient une colonie de peuplement, ce qui la distingue des autres territoires de l’empire colonial français.

Des colons européens — appelés Pieds-Noirs — s’installent par centaines de milliers, bénéficiant de terres confisquées aux autochtones. Italiens, Espagnols, Maltais et Français constituent cette population privilégiée. En parallèle, les "indigènes musulmans" (majoritaires) sont soumis à un statut discriminatoire.

Citation d'Albert Camus, Pied-Noir d'Algérie :
« Entre la justice et ma mère, je choisis ma mère. »

Un système profondément inégalitaire

Deux peuples, deux législations

La colonisation s’accompagne d’un système de domination économique, sociale et politique :

  • Les colons jouissent de droits civiques complets, d’une instruction à l’occidentale et de la propriété foncière.

  • Les musulmans algériens sont considérés comme des sujets français, mais non des citoyens. Ils ne bénéficient pas du droit de vote (sauf exceptions), sont soumis au Code de l’indigénat (1881), et leur culture est marginalisée.

L’enseignement en arabe est freiné, les mosquées surveillées, les coutumes méprisées. L’Algérie devient un laboratoire du colonialisme républicain, mêlant modernité technique et inégalités structurelles.

Les premières révoltes : signes d’un refus durable

Des insurrections à répétition

Dès la fin du XIXe siècle, des révoltes éclatent régulièrement : insurrection des Ouled Sidi Cheikh (1864), révolte de Cheikh El Mokrani (1871). Elles sont systématiquement écrasées dans le sang.

Les massacres de Sétif, Guelma et Kherrata en mai 1945 (près de 30 000 morts selon des estimations non officielles).

Cela illustrent l’impossibilité d’un dialogue dans le cadre colonial. Cet événement est un tournant : il marque la fin des illusions pour de nombreux Algériens, convaincus que seule l’indépendance pourra garantir leurs droits.

Vers la guerre d’indépendance

Le soulèvement du FLN et la réponse militaire française

Le 1er novembre 1954, le Front de Libération Nationale (FLN) déclenche une série d’attentats dans plusieurs régions. C’est le début de la guerre d’Algérie, qui durera près de 8 ans. Tactiques de guérilla, attentats, embuscades, mais aussi répression féroce, torture, exécutions sommaires : le conflit est d’une violence extrême.

La France envoie plus de 1,5 million d’appelés pour tenter de maintenir l’ordre. Les grandes villes deviennent des lieux de combat : la bataille d’Alger (1957) symbolise la radicalisation du conflit.

1962 : fin de l’Algérie française

Les Accords d’Évian et la naissance d’un nouvel État

Le général de Gaulle, revenu au pouvoir en 1958, comprend progressivement que la solution militaire est vaine. Après plusieurs négociations et référendums, les Accords d’Évian sont signés en mars 1962, mettant fin à la guerre.

Le 5 juillet 1962, l’Algérie devient officiellement indépendante.

Mais cette indépendance se fait dans le drame :

  • Plus de 800 000 Pieds-Noirs fuient l’Algérie, parfois dans l’urgence et la peur.

  • Des milliers de Harkis, musulmans ayant combattu aux côtés de l’armée française, sont massacrés ou abandonnés.

  • La société algérienne sort traumatisée de la guerre, mais unie autour de sa souveraineté.

Héritages croisés et mémoire douloureuse

Une histoire encore à vif

L’Algérie française continue de peser lourd dans les relations entre la France et l’Algérie. Les questions mémorielles — reconnaissance des crimes, statut des Harkis, restitution d’archives, rapatriement de restes humains — demeurent sensibles.

Les générations nouvelles, en France comme en Algérie, redécouvrent cette histoire marquée par l’injustice, mais aussi par des destins mêlés. Littérature, cinéma, musées et débats publics font ressurgir les fantômes d’un passé qu’on ne peut ni ignorer, ni effacer.

Comme l’écrivait l’historien Benjamin Stora :

« Il n’y a pas d’histoire apaisée sans mémoire partagée. »