Hiroshima et Nagasaki : les bombardements qui ont changé le monde
Le 6 et le 9 août 1945, deux villes japonaises, Hiroshima et Nagasaki, entrent tragiquement dans l’histoire comme les premières – et seules à ce jour – à avoir été ciblées par des bombes atomiques en temps de guerre. Ces événements marquent non seulement la fin de la Seconde Guerre mondiale, mais aussi le début d’une ère nucléaire où l’humanité prend conscience de son pouvoir d’autodestruction. Pourquoi ces bombardements ont-ils eu lieu ? Quels en furent les effets immédiats et les conséquences à long terme ? Cet article retrace les faits, analyse les motivations et dresse le lourd bilan humain et moral.
Contexte : la fin d’une guerre mondiale
Au printemps 1945, l’Allemagne nazie a capitulé. La guerre en Europe est terminée. Mais dans le Pacifique, le Japon continue de résister. Les forces alliées redoutent une invasion du territoire japonais, jugée extrêmement coûteuse en vies humaines.
L’opération Downfall : une alternative meurtrière
Les États-Unis prévoient l’opération Downfall, une invasion terrestre massive. Les estimations font état de plusieurs centaines de milliers de morts américains, et possiblement plus de 1 million de victimes japonaises. Dans ce contexte, l’usage d’une nouvelle arme, encore expérimentale mais dévastatrice, devient une option stratégique.
Le projet Manhattan
Dès 1939, face à la menace nazie, les États-Unis, le Royaume-Uni et le Canada lancent le projet Manhattan, un programme secret pour développer la première bombe atomique. Ce projet mobilise plus de 130 000 personnes et coûte près de 2 milliards de dollars de l’époque.
Le 16 juillet 1945, la première explosion nucléaire testée, nommée Trinity, a lieu dans le désert du Nouveau-Mexique. Le président Harry Truman déclare alors :
"Nous avons découvert la plus terrible arme de l’histoire du monde."
Hiroshima : le 6 août 1945 à 8h15
Le bombardier Enola Gay décolle de la base de Tinian avec à son bord la bombe "Little Boy", à base d’uranium 235. Sa cible : Hiroshima, une ville de 350 000 habitants, centre militaire et logistique majeur.
L’explosion
À 8h15, la bombe explose à 580 mètres d’altitude, libérant une énergie équivalente à 15 000 tonnes de TNT. La température au sol dépasse les 4000°C. En une seconde, le centre-ville est anéanti.
Le bilan immédiat
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70 000 à 80 000 morts sur le coup.
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Plus de 140 000 morts fin 1945, à cause des brûlures, irradiations, effondrements, blessures non soignées.
Des témoignages glaçants évoquent des ombres humaines imprimées sur les murs par la chaleur, des personnes marchant le visage fondu, des enfants hurlant dans un silence absolu.
Nagasaki : le 9 août 1945
Trois jours plus tard, une seconde bombe, "Fat Man", à base de plutonium, est larguée sur Nagasaki, ville industrielle et portuaire de 260 000 habitants. La bombe devait initialement viser Kokura, mais des nuages poussent l’équipage à se rabattre sur Nagasaki.
Une ville partiellement protégée
Nagasaki, plus vallonnée que Hiroshima, limite l’effet destructeur. Mais l’explosion tue 40 000 personnes instantanément. Fin 1945, le nombre de morts atteint environ 80 000.
Pourquoi ces bombardements ?
Les raisons invoquées restent controversées. Voici les principales :
Mettre fin rapidement à la guerre
Les États-Unis souhaitaient forcer une capitulation immédiate du Japon. Le 15 août, l’empereur Hirohito annonce la reddition, mettant fin à la guerre. Pour certains historiens, les bombes ont évité davantage de morts que l'invasion.
Impressionner l’URSS
La guerre froide commence à poindre. Démontrer la puissance nucléaire sert aussi d’avertissement stratégique à Staline, en vue de l’après-guerre.
Justifier l’investissement
Le projet Manhattan a coûté une fortune. L’arme devait prouver son efficacité pour justifier cet effort.
Mais d’autres historiens, comme Howard Zinn, critiquent cette vision :
"Les bombardements d’Hiroshima et Nagasaki n’étaient pas nécessaires à la victoire. Ils ont été utilisés comme une démonstration de pouvoir."
Conséquences humaines et sanitaires
Les bombardements atomiques ne tuent pas seulement instantanément. Les survivants, appelés hibakusha, endurent des souffrances à long terme.
Les effets de la radiation
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Leucémies, cancers, malformations congénitales.
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Perte de cheveux, brûlures internes, dégradation cellulaire.
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Stigmatisation sociale au Japon, les hibakusha étant perçus comme "contaminés".
Un survivant raconte :
"Je ne suis pas mort ce jour-là. Mais je meurs un peu chaque jour depuis."
Un traumatisme collectif
Les deux villes ont été reconstruites, mais portent encore les cicatrices.
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Le dôme de Genbaku à Hiroshima est devenu mémorial de la paix.
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Le musée d’Hiroshima accueille plus de 1 million de visiteurs par an.
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Des survivants témoignent dans les écoles, les forums internationaux, pour maintenir la mémoire vivante.
Un tournant dans l’histoire du monde
Les bombardements d’Hiroshima et Nagasaki ont changé la nature même de la guerre.
Le début de l’ère nucléaire
La bombe atomique devient une arme de dissuasion massive. La guerre froide sera dominée par la menace nucléaire, avec des crises majeures comme celle de Cuba en 1962.
Traités et désarmement
Face à la terreur suscitée, plusieurs traités tentent de réguler l’arme nucléaire :
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TNP (Traité de non-prolifération) signé en 1968.
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Traité sur l’interdiction des armes nucléaires, adopté en 2017.
Mais aujourd’hui encore, plus de 13 000 ogives nucléaires sont stockées dans le monde.
Ce que l’humanité ne doit jamais oublier
Hiroshima et Nagasaki ne sont pas seulement des faits historiques. Ils représentent un avertissement permanent. La puissance destructrice de l’homme dépasse parfois son humanité.
Comme le disait Albert Einstein, impliqué indirectement dans la lettre à Roosevelt qui initia le projet Manhattan :
"Le monde ne sera pas détruit par ceux qui font le mal, mais par ceux qui les regardent sans rien faire."
L’histoire de ces deux villes devrait inciter à la prudence, au dialogue, et à la paix. Pour que jamais, une telle tragédie ne se reproduise.