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L’étrange meurtre de Raspoutine : mysticisme, complot et fin d’un empire

🗓️ 26/11/2025 · 02:59 · 👁️‍🗨️ 9 vues

Grigori Efimovitch Raspoutine, moine sibérien aux allures de prophète, n’a laissé personne indifférent. À la fois vénéré, craint, haï, adulé et calomnié, il est devenu en quelques années une figure centrale de la cour impériale russe. Mais dans la nuit glaciale du 29 au 30 décembre 1916, un groupe d’aristocrates russes décide de mettre fin à son influence jugée néfaste. Ce meurtre, entouré de mystères et de versions contradictoires, symbolise à lui seul l’effondrement d’un régime au bord du chaos. Retour sur l’un des assassinats les plus légendaires du XXe siècle.

Raspoutine : du paysan sibérien au conseiller du tsar

Né en 1869 dans le village reculé de Pokrovskoïe, en Sibérie, Grigori Raspoutine mène une jeunesse tumultueuse, marquée par la religion et le mysticisme. Il prétend avoir des visions, guérir par la prière, et entre dans une secte religieuse appelée les khlysts, connue pour ses pratiques extrêmes.

L’entrée à la cour impériale

En 1905, il est introduit à la cour du tsar Nicolas II et de la tsarine Alexandra Feodorovna, qui voient en lui un homme providentiel, capable de soulager leur fils Alexis, atteint d’hémophilie.

Grâce à sa capacité mystérieuse à calmer les crises du tsarévitch, Raspoutine gagne la confiance totale de la tsarine, jusqu’à influencer des nominations politiques et militaires.

Une figure controversée

Tandis que la cour le considère comme un saint, le peuple et l’aristocratie voient en lui un manipulateur aux mœurs douteuses. On l’accuse de relations intimes avec des femmes de la noblesse, de beuveries publiques et de débauche.

Le journal La Gazette de Petrograd écrit à son sujet :
"Raspoutine est une ombre malsaine qui hante les couloirs du pouvoir."

Le contexte : une Russie en crise

En 1916, la Russie est plongée dans le chaos. La guerre contre l’Allemagne fait rage, les pénuries se multiplient, et la population perd confiance dans le régime.

Beaucoup tiennent Raspoutine pour responsable de l’aveuglement du tsar. Sa mainmise sur les affaires politiques devient insupportable aux yeux de l’aristocratie et de l’armée.

Le complot se met en place

Le prince Félix Ioussoupov, héritier de l’une des familles les plus riches de Russie, décide de passer à l’acte. Il s’associe à plusieurs conspirateurs, dont le grand-duc Dimitri Pavlovitch, cousin du tsar, et Vladimir Pourichkevitch, député conservateur.

Leur but est simple : éliminer Raspoutine pour sauver la monarchie.

Le piège tendu

Le 29 décembre 1916, Raspoutine est invité au palais Moïka, résidence de Félix Ioussoupov à Petrograd (aujourd’hui Saint-Pétersbourg). On lui promet une rencontre galante avec l’épouse du prince, Irina.

Dans les sous-sols du palais, les conspirateurs préparent le meurtre.

Une mort digne d’un roman noir

Les versions divergent, mais la plus célèbre – celle racontée par Ioussoupov lui-même – est digne d’un thriller.

Le poison

On commence par lui servir des gâteaux et du vin empoisonnés au cyanure. Étonnamment, Raspoutine ne montre aucun signe d’empoisonnement. Il continue à discuter calmement, ce qui terrifie ses assassins.

Le premier tir

Face à l’inefficacité du poison, Ioussoupov lui tire une balle dans la poitrine. Raspoutine s’écroule. Les conjurés pensent qu’il est mort. Mais en remontant à l’étage, Félix décide de redescendre... et découvre Raspoutine debout, chancelant, les yeux brillants, hurlant :
"Tu n’as pas réussi à me tuer !"

Une fuite surnaturelle

Raspoutine tente alors de fuir dans la cour enneigée. On lui tire deux autres balles, dont une dans le dos. Il s’écroule, mais respire encore. Finalement, on le jette dans la Neva, le fleuve gelé.

Son corps est retrouvé quelques jours plus tard, et l’autopsie révèle qu’il est mort noyé, confirmant qu’il était encore en vie lorsqu’on l’a jeté à l’eau.

Mythe ou manipulation ?

Certaines sources remettent en question le récit de Félix Ioussoupov, jugé spectaculaire mais peu fiable. Certains historiens pensent que :

  • Le poison n’aurait pas été utilisé du tout.

  • Les tirs auraient été fatals immédiatement.

  • L’autopsie aurait été falsifiée pour ajouter à la légende.

Il est certain que Raspoutine a été tué violemment, mais les détails restent flous, volontairement exagérés pour nourrir le mystère.

L’onde de choc du meurtre

La mort de Raspoutine, loin de sauver la monarchie, précipite sa chute. Moins de deux mois plus tard, en février 1917, éclate la révolution russe. Nicolas II abdique, la dynastie des Romanov s’effondre.

Le rôle de Raspoutine dans la chute du tsarisme

Pour beaucoup, Raspoutine symbolise la décadence d’un pouvoir autocratique, incapable de s’adapter au monde moderne. Sa présence à la cour a miné la crédibilité du tsar, déjà affaiblie par la guerre et les crises internes.

Un député de la Douma déclara :
"Tant que cet homme vit, la Russie est perdue."

Une figure devenue légende

Après sa mort, Raspoutine devient un personnage mythique, objet de livres, de films, de chansons. Il incarne le mystère russe, le lien entre religion, pouvoir et folie.

Anecdotes et rumeurs posthumes

  • On dit que ses parties génitales auraient été conservées dans du formol, ce qui relève très probablement de la légende urbaine.

  • Sa fille Maria Raspoutine, exilée à Paris puis aux États-Unis, deviendra danseuse de cabaret, puis autrice de plusieurs mémoires.

Même en mort, Raspoutine fascine, divise, dérange.

Un meurtre aux échos éternels

L’assassinat de Raspoutine n’est pas seulement un fait divers : c’est un symbole de fin de règne, une illustration tragique de l’aveuglement des élites, et une parabole du pouvoir mal maîtrisé. Il demeure un mystère historique, entre fait établi et légende noire.

Son destin rappelle que l’histoire n’est pas toujours écrite par les puissants, mais parfois par ceux que l’on croyait fous, marginaux ou inoffensifs.