Le nom d’Henri Désiré Landru évoque aussitôt un personnage sinistre, calculateur, devenu le symbole du tueur en série machiavélique de l’après-guerre. Entre 1915 et 1919, il attire des femmes seules via des annonces matrimoniales, les séduit, les dépouille, puis les fait mystérieusement disparaître. Son procès en 1921, suivi par toute la presse française, révèle un homme froid, méticuleux, niant tout jusqu’à la fin. Mais l’affaire Landru reste pleine de zones d’ombre, de documents mystérieux et de révélations troublantes. Enquête sur le dossier criminel le plus célèbre de la France du XXe siècle.
Le contexte : une France meurtrie, des femmes esseulées
La Première Guerre mondiale en toile de fond
Entre 1914 et 1918, des millions d’hommes partent au front. La société se féminise, et les femmes seules ou veuves sont nombreuses. Cette époque de fragilité sociale est propice à des figures comme Landru, qui saura exploiter les failles émotionnelles et économiques de ses victimes.
Les petites annonces comme piège
Landru publie des annonces matrimoniales dans divers journaux régionaux. Il se fait passer pour un veuf respectable, cherchant une compagne ou une gouvernante. Les femmes, souvent dans une situation précaire, répondent, séduites par l’idée de refaire leur vie.
Le mode opératoire glaçant du « Barbe-Bleue » de Gambais
Un processus rodé
Landru sélectionne ses victimes, les rencontre, gagne leur confiance, puis les emmène à sa villa de Gambais, dans les Yvelines. Là, elles disparaissent sans laisser de trace. Aucun cadavre ne sera jamais retrouvé.
Entre 1915 et 1919, dix femmes (et un enfant) disparaîtront de cette manière.
Une gestion comptable du crime
Landru tient des carnets méticuleux, listant les objets emportés, les sommes récupérées, les déplacements de ses victimes. Ces documents deviendront des pièces centrales de l’accusation. Il revend les meubles des disparues, falsifie leurs correspondances, et multiplie les fausses identités.
L’enquête : filature, indices et pièces à conviction
L’alerte de la famille de Célestine Buisson
C’est la disparition de Célestine Buisson qui relance l’enquête. Son fils, inquiet, mène ses propres recherches et remonte jusqu’à Landru. La gendarmerie commence à surveiller l’homme, déjà fiché pour escroqueries.
L’arrestation en avril 1919
Landru est arrêté à Paris, alors qu’il sort d’un magasin d’ameublement. Chez lui, on découvre des listes détaillées, des documents administratifs falsifiés, et surtout un carnet codé qui recense ses victimes, sous forme d’initiales.
Les perquisitions à Gambais révèlent un fourneau industriel, un poêle à bois anormalement endommagé, et des cendres contenant des ossements calcinés (identifiés comme humains).
Le procès Landru : théâtre judiciaire et couverture médiatique
Un procès historique à Versailles (1921)
Du 7 novembre au 1er décembre 1921, le procès d’Henri Désiré Landru se déroule devant une salle comble et une presse déchaînée. Le public, fasciné par cet homme banal et glacial, suit chaque audience avec passion.
Une défense ambiguë
Landru nie tout en bloc. Il refuse de répondre à certaines questions, tourne en dérision les accusations, multiplie les pirouettes verbales. Son avocat, Vincent de Moro-Giafferi, joue la carte du doute raisonnable, faute de corps retrouvés.
« Montrez-moi les corps ! » — clame Landru, usant de l’absence de preuves matérielles pour semer le doute.
La condamnation à mort
Malgré l'absence de cadavres, la cohérence des témoignages, la comptabilité des victimes et les objets personnels retrouvés suffisent à convaincre les jurés. Landru est condamné à mort le 30 novembre 1921.
Il est guillotiné le 25 février 1922 à la prison de Versailles. Il n’avouera jamais.
Documents et révélations autour de l’affaire
Le carnet codé de Landru
Conservé dans les archives judiciaires, ce carnet contient une liste d’initiales, de dates et de chiffres qui correspondent aux victimes et aux sommes dérobées. Ce document est au cœur du procès, bien qu’il n’existe aucune preuve directe reliant chaque initiale à une disparition.
Les restes humains dans les cendres
L’analyse des résidus du fourneau de Gambais révèle la présence de fragments d’os, de dents et de clous de chaussures, difficilement identifiables mais compatibles avec des restes humains. Ces éléments renforcent la thèse des incinérations clandestines.
Les objets retrouvés et les lettres falsifiées
Landru revend de nombreux objets appartenant aux disparues. Il imite aussi leur écriture pour faire croire à des départs volontaires. Ces documents falsifiés, croisés avec les lettres authentiques envoyées aux familles, constituent des preuves indirectes mais accablantes.
L’héritage d’un mythe criminel français
Une affaire qui fascine toujours
Landru est devenu une figure de la culture populaire. Son allure — petite barbe, costume soigné — et son intelligence froide nourrissent une fascination durable. Il inspire des œuvres de fiction, des pièces de théâtre, et même un film de Chaplin (Monsieur Verdoux).
Un précurseur du tueur en série moderne ?
Certains voient en Landru le premier tueur en série médiatisé de France, bien que d’autres affaires similaires aient existé auparavant. Ce qui frappe ici, c’est l’organisation méthodique, le mobile économique, et l’exploitation psychologique des victimes.
Landru : entre faits, légendes et mémoire judiciaire
Un siècle après sa mort, Henri Désiré Landru demeure un personnage trouble. Sa posture théâtrale au procès, son silence face aux preuves, et son refus d’avouer jusqu’au bout alimentent encore les spéculations. Était-il coupable au-delà de tout doute ? Les archives judiciaires et les documents du procès semblent l’attester. Mais l’absence de corps laisse planer une ombre de mystère. Quoi qu’il en soit, l’affaire Landru reste une page incontournable de l’histoire criminelle française.