Une création belge pour un mythe américain
Né sous le crayon de Morris
Lucky Luke voit le jour en 1946 dans la revue Spirou, sous la plume du dessinateur belge Morris (Maurice de Bevere). À l’époque, la BD belge est en plein âge d’or, dominée par des géants comme Hergé ou Franquin. Morris, passionné par le western et le cinéma hollywoodien, imagine un cow-boy solitaire, silhouette fine et silhouette stylisée, qui incarne à la fois le justicier classique et la parodie du genre.
Inspiré du vrai Far West… et du cinéma
Morris s’inspire de Gary Cooper, James Stewart ou Clint Eastwood, mais aussi des légendes du Far West comme Wyatt Earp ou Wild Bill Hickok. Il pousse même le réalisme en intégrant des personnages historiques à ses aventures : Billy the Kid, Calamity Jane, Jesse James, et bien sûr, les frères Dalton (très librement adaptés).
Le rôle clé de Goscinny dans le succès de Lucky Luke
Une écriture comique et satirique
En 1955, Morris s’associe avec René Goscinny, déjà célèbre pour Le Petit Nicolas et bientôt pour Astérix. C’est un tournant décisif. Goscinny insuffle humour, second degré et références historiques dans les scénarios. L’univers de Lucky Luke devient plus riche, plus drôle et plus intelligent. Cette collaboration durera jusqu'à la mort de Goscinny en 1977.
Une critique du western à travers le rire
Avec Goscinny, les aventures deviennent aussi une critique subtile du mythe américain : bureaucratie ridicule, politiciens véreux, conquête de l’Ouest idéalisée... Rien n’est laissé au hasard. Lucky Luke devient le miroir bienveillant mais lucide d’un passé glorifié.
Le saviez-vous ? Anecdotes surprenantes autour de Lucky Luke
Il a vraiment arrêté de fumer !
Pendant des décennies, Lucky Luke est représenté avec une cigarette au bec, jusqu’à ce que les critiques sur le tabac s’intensifient dans les années 1980. En 1983, Morris décide de remplacer la cigarette par un brin d’herbe, un geste salué à l’époque par l’OMS. Un clin d'œil est même fait dans l’album Le Pont sur le Mississippi, où le cow-boy dit qu’il a "arrêté de fumer depuis des années".
Les Dalton ont existé, mais...
Les vrais frères Dalton étaient quatre hors-la-loi qui ont sévi à la fin du XIXe siècle. Dans la BD, ils sont transformés en personnages comiques et caricaturaux : Joe le colérique, William et Jack les suiveurs, Averell le grand benêt affamé. Dans un album (Hors-la-loi, 1951), Morris a fait mourir les vrais Dalton, avant d’introduire leurs "cousins", les plus célèbres de la série.
Lucky Luke est un des cow-boys les plus traduits au monde
Avec plus de 300 millions d’albums vendus dans le monde, Lucky Luke est traduit dans plus de 30 langues, y compris en chinois, islandais ou créole. Il fait partie des héros de BD francophones les plus exportés, aux côtés de Tintin et Astérix.
Un style graphique et narratif unique
Une silhouette reconnaissable entre mille
Grand chapeau blanc, chemise jaune, gilet noir, foulard rouge, jeans et bottes : le style de Lucky Luke est devenu un archétype visuel du cow-boy. Sa silhouette, mince et allongée, tranche avec les brutes épaisses qu’il affronte.
Des chevaux, des chiens… et des dialogues
Son fidèle cheval Jolly Jumper, "le cheval le plus intelligent de l’Ouest", est un personnage à part entière. Tout comme Rantanplan, le chien stupide de la prison, qui aura même droit à sa propre série dérivée.
Lucky Luke aujourd’hui : modernité et respect de la tradition
Après la mort de Morris en 2001, la série continue, reprise par Achdé au dessin et plusieurs scénaristes comme Laurent Gerra ou Jul. Le style reste fidèle, avec une volonté de moderniser les thèmes tout en respectant l’esprit originel.
Des albums récents à succès
Des albums récents comme La Terre promise (2016), qui aborde la question de l’immigration juive en Amérique, ou Un cow-boy dans le coton (2020), sur le racisme et l’héritage sudiste, montrent la capacité de Lucky Luke à se réinventer sans se trahir.
Un cow-boy immortel au galop de la mémoire
Lucky Luke est bien plus qu’un cow-boy de bande dessinée. Il est le fruit d’un métissage culturel entre la Belgique, la France et les États-Unis, entre humour et histoire. À la fois parodique et respectueux, intemporel et engagé, il continue de galoper dans les esprits comme un héros discret, fidèle à ses valeurs, et toujours du côté de la justice. Une véritable légende de papier.